L’été dernier, le gouvernement annonçait l’expérimentation de la mise à disposition de protections hygiéniques gratuites dès septembre 2020 dans des établissements du second degré et dans les universités. Mais alors où est-ce qu’on en est en de cette opération en Alsace, et plus précisément à Strasbourg ? 


La précarité menstruelle, soit le manque d’accès aux protections hygiéniques pour des raisons financières, touche 1,7 millions de femmes en France, selon une étude de l’Ifop réalisée en 2019. D’année en année, de plus en plus de personnalités et d’associations mettent le sujet sur le devant de la scène politique. À l’avant-garde sur cette problématique, l’Ecosse a d’ailleurs été le premier pays au monde à rendre les protections périodiques entièrement gratuites en novembre dernier. 

Quant à la France, on vous en avait parlé cet été, la ministre Marlène Schiappa et la secrétaire d’État Christelle Dubos annonçaient l’expérimentation de la gratuité des protections hygiéniques dans plusieurs lieux collectifs et ce, dès le mois de septembre 2020, pour un budget d’1 million d’euros. L’opération devait concerner différentes catégories de la population, comme les femmes détenues ou sans-abris, mais également les élèves de collèges et lycées et les étudiantes. On a donc voulu savoir où en était cette fameuse expérimentation en Alsace. Résultat : pas bien loin pour le moment. 

© Pixabay / Patricia Moraleda


Qu’est-ce qui a été fait depuis ? 

Suite à cette annonce, l’académie de Lille a été la première à lancer l’expérimentation fin 2020, en rendant disponibles des protections au sein d’une quarantaine d’établissements du second degré relevant de l’éducation prioritaire.

Le 4 décembre dernier, alors qu’il est interviewé par le média Brut, Emmanuel Macron répond à une question posée par une internaute au sujet de la gratuité des produits hygiéniques. Il assure alors : C’est un sujet sur lequel j’ai demandé qu’on avance. […] C’est quelque chose qui, au premier semestre de l’année prochaine [2021], aura une réponse très concrète. Et en effet, seulement dix jours plus tard, le ministre de la Santé Olivier Véran et la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes Élisabeth Moreno, annoncent qu’ils portent à 5 millions d’euros le budget alloué par l’État pour lutter contre la précarité menstruelle en 2021. Soit 4 millions supplémentaires ajoutés au 1 million qui étaient déjà prévus à cet effet. Cette augmentation conséquente du budget doit permettre de développer les dispositifs déjà mis en place en 2020, notamment dans les collèges et les lycées en éducation prioritaire, qui devraient donc être les premiers établissements scolaires concernés par cette politique publique.

« Nous nous attaquons à un tabou, dénoncé par les associations et rappelé par le président de la République. Les règles ne sont pas un sujet de honte. La précarité menstruelle, si, et il est de notre devoir collectif de venir en aide à des centaines de milliers de femmes qui n’ont pas accès aux protections menstruelles et de soutenir les associations mobilisées dont je souhaite saluer le travail quotidien. C’est à la fois une question de santé publique et de solidarité !  » indique Olivier Véran dans un communiqué.

C’est finalement dans la région de l’Ile de France que les choses semblent s’accélérer. Alors qu’une trentaine de lycées avaient expérimenté la distribution de protections hygiéniques, la région va passer à la vitesse supérieure dès le printemps 2021, en installant des distributeurs dans 465 lycées publics de région parisienne


Et à Strasbourg alors ? 

À l’université de Strasbourg, en dehors des actions directement menées par l’AFGES ou les personnels de l’Unistra, aucune expérimentation n’a débuté dans le cadre de cette politique publique. Eve Ballorain, chargée de projets à la mission Egalité-Parité de l’université de Strasbourg confirme : Nous avons, bien sûr, connaissance de cette démarche mais nous n’avons pas été sollicitées dans ce sens pour le moment.” 

Même son de cloche du côté de la sénatrice du Haut-Rhin Patricia Schillinger, qui est depuis plusieurs années particulièrement engagée dans la lutte contre la précarité menstruelle et a largement permis que le sujet soit étudié au gouvernement, notamment grâce à la rédaction d’un rapport intitulé “Précarité menstruelle : Changeons les règles”, remis à Marlène Schiappa en octobre 2019. À sa connaissance, rien n’a pour le moment été mis en place au niveau local. Et d’après la sénatrice, la crise sanitaire y est certainement pour quelque chose : “C’est sûr que suite à la Covid, les choses ont été retardées. […] Je pense que c’est vraiment dû au virus. On a tous été sonnés.” Elle ajoute : “Les universités étant fermées, c’est sûr que peut-être que ce sujet n’était pas d’actualité, mais ça n’excuse pas que nous devons maintenant vraiment avancer en 2021 sur ça.” La sénatrice se dit inquiète à ce sujet et n’exclut pas la possibilité d’aborder le sujet dans le cadre d’une question au gouvernement, “surtout en ce moment, parce que les étudiants n’ont que très peu de moyens.

© Christelle Hoffarth

En outre, Patricia Schillinger salue aussi le travail des associations locales qui se sont déjà engagées sur ce terrain-là. Et en effet, les bénévoles alsaciens n’ont pas attendu que l’expérimentation de gouvernement arrive jusqu’à Strasbourg pour lutter contre la précarité menstruelle. L’AFGES par exemple, a organisé en partenariat avec le Crous pas moins de sept distributions de protections hygiéniques réutilisables depuis la rentrée et distribue aussi des protections jetables chaque mercredi, au cours des distributions de premières nécessités qui ont lieu de 9h à 17h au Minotaure, situé 1 boulevard de la Victoire.


Quelle est la prochaine étape ?

Quant à la suite, Patricia Schillinger se veut rassurante “La bonne chose, c’est qu’il y a quand même un budget qui a été voté et c’est vrai qu’avec ces 5 millions d’euros, ça va quand même définir des endroits des sites et des lieux où cette expérimentation sera faite en 2021 et c’est super.” Dans les mois à venir il faudrait donc définir clairement les lieux strasbourgeois qui pourraient être concernés. Mais alors à quelle échéance peut-on envisager une mise à disposition plus vaste ? D’ici 3 ans, la sénatrice du Haut-Rhin espère que toutes les toilettes de femmes en France proposeront des protections hygiéniques en libre-service. Même si elle reconnaît : “On est encore loin de ça naturellement. Et on ne peut pas cibler tous les publics de la même façon.” 

Dans son rapport, Patricia Schillinger formule d’ailleurs plusieurs propositions concrètes sur le type de dispositif à mettre en œuvre selon l’établissement et les populations concernés. Elle précise qu’aujourd’hui, une élève dans un collège ou lycée doit encore passer chez l’infirmière lorsqu’elle est dans l’urgence. Pour elle, l’idéal serait donc de trouver dans chaque toilette pour fille, une distribution libre et simplifiée.On n’a pas besoin d’avoir toutes les marques, mais il faut pouvoir à n’importe quel moment avoir à sa disposition un change.” précise-t-elle. Mais pas seulement : Il faut aussi qu’en parallèle, les établissements mettent à disposition de quoi se laver, car j’ai constaté selon les retours que j’ai eus, qu’il n’y a pas assez de papier, de savon, de serviettes, alors que personne ne se pose la question de trouver des distributeurs de capotes dans les toilettes des garçons !”. Installer des distributeurs gratuits dans les toilettes des établissements strasbourgeois semble donc être la solution la plus adéquate. Reste aux établissements de le placer à l’endroit le plus approprié, qui permettrait notamment de ne pas exclure les hommes transgenres, qui peuvent également avoir leurs règles.  

© AFGES

Enfin, la sénatrice pointe également l’importance de la pédagogie autour du sujet des règles : “Il faut qu’il y ait aussi des formations encadrées destinées aux élèves, on ne peut pas juste distribuer sans que derrière on ne fasse pas de la pédagogie, sur l’hygiène, la prévention, l’éducation sexuelle en général et surtout tous les troubles liés aux règles ça doit accompagner la distribution.

La gratuité des protections hygiéniques à Strasbourg dans tous les établissements du secondaire et les universités, ce n’est donc pas pour tout de suite. Mais on espère bien que les 5 millions du gouvernement amèneront à des expérimentations locales, permettant enfin, de soutenir les Strasbourgeoises touchées par la précarité menstruelle.  



© Photo de couverture : Capture d’écran du documentaire 28 jours / écrit et réalisé par Angèle Marrey

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