C’est l’histoire d’un artiste plasticien-vidéaste et d’un designer d’objets et ébéniste, partis un mois à bord d’un voilier pour explorer le Grand Nord afin d’y chasser les aurores boréales. Une quête un peu saugrenue, menée par Jésus s.Baptista et Philippe Zappadu, deux amis strasbourgeois qui n’avaient encore jamais connu le grand froid. Profitons de la récente restitution de leur travail commun – un documentaire-manifeste, « Eau, métal, lumière », et une installation immersive ARSANEQ V.2 –, pour briser un peu la glace.



Un duo un peu givré

« Au début, on voulait bosser sur la nuit, la lumière, les aurores boréales. […] On a fait une fixette là-dessus. Suivre les traces des écrits d’un scientifique « Nicolas Rouyer », grâce à une boîte et à un procédé mystique avec la glace, les icebergs, […] et de capturer dans cette boîte une aurore boréale. ». Jésus s.Baptista est un raconteur d’histoires. Ce pitch de départ, écrit avec son ami Philippe Zappadu, les a embarqués dans une aventure qu’aucun n’aurait prédit, quelques mois plus tôt. Leur objectif ? « Créer une fiction, un conte poétique ancré dans le folklore local », écrit Zappadu sur son site.


Tout part d’abord d’une rencontre en soirée techno, organisée au club d’aviron de Strasbourg en juin 2018. Alors qu’ils travaillaient déjà tout deux au FabLab, le duo fait la connaissance de la directrice artistique du projet ATKA. Une association créée par un explorateur, François Bernard – dit « Ben » – dans l’optique de faire découvrir au plus grand nombre, les régions polaires. À l’aide de son voilier d’expédition, nommé ATKA, navigable en eaux glaciales, cet alpiniste de grand vol et guide de haute montagne expérimenté, embarque artistes, sportifs ou enfants qui rêvent d’aventures. En janvier 2019, pour une résidence artistique de trois semaines qui a changé leur vie, ce fut le tour de Jésus et Zappadu.

Le voilier ATKA
©Jésus s.Baptista


À lire ou relire : À la rencontre de Jésus, l’artiste strasbourgeois qui met de la lumière dans la nuit


Garder la tête froide

Entourés par une petite équipe de quatre personnes, ils découvrent alors un quotidien bien différent du leur, dans la baie d’Oqatssut, en terre groenlandaise. La vie sur le voilier, la banquise à perte de vue, et le premier village à plusieurs heures de marche dans la neige…


Les journées sont rythmées par le soleil qui se fait rare : un créneau serré de 10h à 14h30. Pour les deux artistes, et surtout Jésus, le photographe-vidéaste de la paire, chaque minute pour shooter est précieuse.

Dès 14h30, retour au voilier. Pour monter le projet, écrire à deux les scènes du lendemain, organiser les tournages à venir. Et puis : vivre le quotidien du bateau et de l’équipage. Une petite routine intimiste, à se partager l’étroit salon commun avec leurs couchettes, pour dîner et regarder des films, le soir, avec l’équipage.


La journée, c’est une toute autre histoire. À côté du boulot, il faut se forcer à boire, sous peine de souffrir de déshydratation sévère. Les corps gelés des deux Strasbourgeois ne sont pas habitués aux températures… Dehors, tu ne sors pas sans ton équipement technique. Et dedans ce n’est pas forcément mieux. Malgré un poêle, le voilier ne chauffe pas à plus de 7-8 degrés, et ils ne quittent jamais leurs doudounes. « Tu ne bois pas beaucoup car t’as pas chaud. T’as froid mais t’as quand même soif, t’as mal au crâne, tu t’en rends pas vraiment compte. » témoigne Jésus. Victimes du phénomène de l’onglée, les malaises et autres symptômes liés au froid sont fréquents, au début. Puis, petit à petit, la quête des aurores boréales devient celle… de l’eau.

Les priorités ont changé. Cette denrée, si précieuse, qui les entoure, est pourtant difficile à se procurer. Pour boire, cuisiner, et seulement ça, il faut « péter de l’eau des icebergs au piolet, et les faire fondre dans une marmite sur le poêle du bateau ». Les douches sont rares : elles sont prises au village, difficile d’accès ; et les pauses toilettes sont en partie faites dehors, dans le froid glacial.


Un documentaire élémentaire

De cette résidence polaire, Jésus repart avec un nouveau cap dans sa création et la définition de son parcours artistique. Lui qui axe depuis plusieurs années son travail sur la question de l’identité, la versatilité de l’eau, qui existe sous différentes formes le fascine. Liquide, gazeuse ou solide, comme dans ces grandes étendues de banquise, elle devient l’un des axes majeurs de sa recherche.

Manifeste de leur séjour, la vidéo « Eau, métal, lumière » sortie ce mois-ci – disponible à la demande et dont vous pouvez découvrir le trailer ci-dessous –, sort sans hasard aucun, deux ans après ce voyage, comme une date anniversaire pleine de sens.

Dans de magnifiques séquences, on y découvre : Philippe Zappadu au premier plan, la vie dans le voilier, ainsi que leurs explorations et expérimentations dans cet univers si particulier où le silence infini de la banquise règne.


Depuis la captation de ces images, l’intérêt porté par Jésus à ses trois « composants » que l’on retrouve dans le titre, ne faiblit pas. Nous parlions de l’importance de l’eau ; Jésus explique celle qu’à aussi le métal, à ses yeux. C’est celui du bateau qui les protège, du bâton qui les guide sur la banquise – afin de vérifier qu’elle est solide – et encore celui du piolet, pour chercher l’eau. Et la lumière, évidemment. La raison de leur départ aux extrémités de notre Terre. Cette lumière qui, là-bas, se fait rare, puis magique, la nuit venue.

Des matériaux utilisés, aux types de lumière recherchés, jusqu’à « l’écriture symbolique autour de l’eau », pour le plasticien, il y a un avant et un après ATKA.

©Jésus s.Baptista


Insolite monolithe

Leur installation, deuxième projet de restitution, se fait de retour en France. « L’installation qui résulte du film, qui résulte de l’expérience qu’on a vécue là-bas. »,commente Jésus.


Une première version est testée, ainsi qu’un premier montage du film, en juin 2019 à la Makerland festival de Metz, mais « rien ne fonctionnait vraiment, [car] sortie au forceps ».
« Quelques mois de maturation supplémentaires » plus tard, la V2 voit le jour : ainsi naît Arsarneq V.2. « Un monolithe de glace qui enferme en son cœur une aurore boréale ».

Un travail à plusieurs mains, comme le film, où Zappadu donne vie aux idées de Jésus. Ce dernier le décrit comme un designer qui « aime raconter des histoires dans des objets », ici à travers le monolithe capable d’emprisonner les formes mouvantes captées et créés par Jésus.
En parallèle, Amadeo Savio, en conçoit la bande sonore. Nouveau partenaire de création, le DJ et producteur strasbourgeois le rejoint désormais sur tous ses projets, le suivant sur « la movance de l’eau, du mysticisme et la personnification de cette recherche identité ».


Le résultat ? Une œuvre curieuse, envoûtante, à découvrir on l’espère, dès la reprise de la vie culturelle. En attendant, pour une plongée dans l’univers froid et mystique de « Eau, métal, lumière », il ne vous reste qu’à contacter l’un ou l’autre de ses auteurs, Jésus ou Zappadu.
Ça va cailler dans vos chaumières !


Le projet
Arsaneq sur YouTube
Le teaser de « Eau, métal, lumière »

Jésus s.Baptista
Son site
Pour le contacter :
Instagram
Facebook

Philippe Zappadu
Son site

Amadeo Savio
Instagram

ATKA
Leur site


© Photo de couverture : Jésus s.Baptista

Fanny Soriano

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