Heïdi Soupault, une jeune étudiante strasbourgeoise de 19 ans, a rédigé une lettre ouverte directement adressée au président de la République Emmanuel Macron. Un texte très personnel publié sur le groupe Facebook « Étudiants de Strasbourg« , qui semble en dire beaucoup sur l’état d’esprit de ces jeunes, étudiants ou non, dont le Covid-19 a chamboulé l’existence.

© L’Auberge Espagnole / Cédric Klapisch 2002

Lettre ouverte au président de la République Emmanuel Macron

Monsieur le Président,

À dix-neuf ans, j’ai l’impression d’être morte. Pourtant, il neige sur Strasbourg aujourd’hui. De jolis flocons virevoltent dans le ciel. Je les observe au chaud dans mon appartement, mais ça ne me fait rien. La neige émerveille quand elle vient habiller les cheveux bruns, atterrir sur les langues des enfants, ou s’écraser sur le manteau d’un passant imprudent. Je souris, nostalgique, mais je n’ai aucune raison de sortir. Je dois travailler. Je n’ai que ça à faire non ? C’est tout ce que l’on me demande, la seule activité qu’on m’autorise. J’ai dix-neuf ans et mon bureau c’est ma chambre. C’est aussi mon lieu de repos, d’appel, de film, et même parfois de cuisine. Tout se confond dans mon esprit. Rentrer chez moi après une journée d’amphithéâtre n’est plus satisfaisant, les cours c’est ma chambre, ma chambre c’est les cours.


La réalité, Monsieur le Président, c’est que je n’ai plus de rêves. Tous mes projets s’écroulent les uns après les autres, au même rythme que mon moral décline. Au début c’était drôle, au début c’était nouveau. Ça ne devait pas être long, nous étions prêts à faire preuve de solidarité malgré notre deuxième semestre qui s’écroulait et nos amitiés qui s’effritaient. Mais là, stop. Il n’y a plus rien d’amusant. Relativiser ça va un temps. Nous ne sommes pas des machines, vous ne pouvez pas nous demander de travailler et de la fermer. J’adore mes études mais je stagne, la productivité est à des années-lumière de moi, j’essaye de me reprendre mais c’est pire chaque jour. Parfois, je pleure devant mon ordinateur. Ma vie n’a aucun sens et mon avenir est bouché. Je ne me projette pas trop loin, pour me protéger, pour tuer l’espoir avant qu’une autre de vos mesures ne viennent le faire à ma place. Si on n’a ni espoir, ni perspective d’avenir à 19 ans, il nous reste quoi ? Pour ma part, un trou noir de « peut-être », et des nœuds dans la tête que les aspirines ne démêlent pas. Je sais que je ne suis pas la seule, et je sais que je fais partie de ceux qui vont bien. Beaucoup sont en décrochage scolaire, en perte d’estime de soi, en
souffrance. Ces jeunes qui vont mal, c’est l’avenir du pays Monsieur le Président, et vous le fragilisez, vous le fêlez, vous le négligez. Un étudiant s’est jeté du quatrième étage à Lyon il y a quelques jours. Une information qui passe, simple dommage collatéral d’une pandémie mondiale. Mais si nous les étudiants ne sommes pas mentionnés à la prochaine allocution, si des alternatives ne sont pas trouvées, si personne n’a la décence de nous faire retourner au moins en travaux dirigés, ce sont des centaines d’étudiants que vous retrouverez écrasés sur le bitume. On existe bordel, faut-il qu’on meure pour que vous vous en rendiez compte ? Le paradoxe serait amusant s’il n’était pas meurtrier. La majorité ne sautera pas rassurez-vous, mais la morosité nous aura rongé jusqu’à l’os.


Je suis consciente que la récession creuse son sillon, mais les indicateurs économiques ne sont pas les seuls à devoir être soutenus. Nous ne demandons pas la réouverture des bars et des boîtes de nuit, mais simplement d’aller en cours. Les centres commerciaux sont bondés, les gens se marchent dessus, et on ose nous dire qu’on ne peut pas se rendre en cours, ne serait-ce qu’en demi-groupe dans le respect des mesures barrières ? Ce n’est tout simplement pas entendable, pas acceptable. Si tout ce que je viens de dire ne vous secoue pas, n’oubliez jamais que c’est aussi un pan entier de l’électorat que vous ignorez. Je comprends la difficulté du travail qui est le vôtre, Monsieur le Président. Mais pour une fois je pense à moi, à nous, et je dis merde à la solidarité. On a fait notre part.

Maintenant, rendez-nous un bout de vie.

Bien à vous,

Heïdi Soupault – Une morte-vivante


8 COMMENTAIRES

  1. Bonjour à Mlle Heidi.
    Étant né en 1961, originaire du Nord, j’ai de très bons souvenirs de ma jeunesse, lorsque je jouais dans la neige. Et à 19 ans, j’étais libre, avec mon épouse, connue à l’âge de 13 Ans.
    Il est vrai, que le comportement du gouvernement est dérangeant, et interrogateur. Pour les masques, le vaccin, etc…
    Mlle Heidi, s’il vous plaît, tournez-vous vers Dieu, croyez-moi, s’il vous plaît, si je vous affirme que Dieu existe. Je n’ai pas perdu la tête, je vous l’assure. Puisque vous avez énormément de temps, priez Dieu chaque jour, repentez-vous pour les mensonges, que vous avez dits, pour les péchés que vous avez commis, pour le Mal que vous avez faits, volontairement ou non, pardonnez aux personnes qui vous ont faits du Mal, mais soyez sincère, ou sinon, ça ne fonctionnera pas, croyez moi Mlle Heidi, et qu’avez-vous à perdre, rien, mais tout à gagner, croyez-moi. Et si jamais, vous, ou une personne attrape le Covid, priez notre Seigneur Jésus Christ, et vous verrez que la personne guérira grâce à Dieu. Mais soyez sincère.
    J’espère, Mlle, que Dieu soit avec vous, et vous verrez, votre vie, votre désespoir face au Covid, ne sera plus pareil. Faites le bien, (je suis sur que vous êtes une bonne personne), aidez ce que vous pouvez.
    Merci, Mlle Heidi, d’avoir pris le temps de lire.
    Pascal

  2. Cessez donc de vous plaindre en permanence.
    Nous les anciens faisions 2 années de service militaire forcé et convinés
    Toujours vivants aujourd’hui…….
    L’avenir est pour vous et devant vous.
    Alors un peu plus de patience et de courage c’est l’occasion d’étudier sérieusement et de se retrouver
    entre étudiants dans vos chambres ce qui n’est pas interdit…..

    • Ah maintenant que vous le dites ca va mieux !
      Merci, heureusement que vous êtes là monsieur, pour nous rappeler que la vie d’avant c’était plus dur…
      Le service militaire, y’a que ca de vrai, travail famille patrie.
      C’est vrai qu’on peut enfin se concentrer sur nos études, maintenant que nos petits cerveaux d’inconscients ne sont plus tentés par les bars et les boîtes de nuit. Après tout, il nous la rend plus facile, la vie, ce covid non ?

      Quel avenir, celui qui nous attend, devant nous ? Un avenir où nos projets sont repoussés, annulés, oubliés ? où les nôtres, ceux qui n’ont pas tenu, n’ont pas survécu, et ceux qui arrivent à s’accrocher, mais à quel prix ? Un avenir qui nous appartient, certes, mais qui se construit aujourd’hui même sans même considérer aucun avis venant des étudiants. On nous oublie, on préfère parler de nos chères remontées mécaniques que les suicides de nos jeunes. Et on s’attend à ce qu’on prenne la suite en main, avec le sourire s’il vous plaît, la vie d’autrefois c’était quand même plus dur…

      Pour ce qui est d’être patient, encore faudrait-il avoir quelque chose à quoi s’accrocher alors on essaie, on fait de notre mieux.

      Vous savez monsieur, aujourd’hui on parle de la santé mentale, on se questionne sur nos états, on essaie d’aller mieux.
      On se plaint pas, on parle pour que les choses avancent.

    • certes il n’est pas interdit de se retrouver entre étudiants dans les chambres mais le virus circule toujours et il est donc mieux d’un point de vue sanitaire de rester chacun chez soi.

    • Je vais vers mes 50 ans et je m’excuse pour le commentaire du boomer qui ferait mieux de la fermer et d’écouter ce que dit la jeunesse plutôt que de relativiser du haut de son expérience qui ne vaut rien du tout en la matière.

  3. Bravo à cette étudiante …..elle dit tout haut ce que tous les étudiants pensent et ressentent.
    Laissez vivre notre jeunesse et nos étudiants …..toutes ses mesures condamnent leur vie, leur avenir et l avenir de notre pays

  4. Totalement d’accord avec votre lettre. Vous avez tout mon soutien moral, il faut se battre pour que ce monde change, vous avez raison de vous révolter face à l’absurde. La connaissance, la vie étudiante devrait être pris autant en considération que les commerces et les autres écoles qui elles sont ouvertes!

    ♡ Courage à vous et à tous les étudiants ♡

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here