Comme dans toute la France, des opposants à la loi sécurité globale ont manifesté à Strasbourg ce samedi 28 novembre. Près de 4000 personnes se sont réunies pour dire non à ce qu’ils considèrent comme « une atteinte à la liberté d’informer » qui compliquera la diffusion d’images des forces de l’ordre, alors même que des violences policières ont été prouvées dans les derniers jours grâce à des vidéos. Des militants d’ultradroite ont attaqué le cortège et frappé plusieurs manifestants. En fin de journée, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène.


À 13h15, presque 1000 personnes sont déjà rassemblées place de la République. Karima, soignante, prend la parole au micro : « Cela fait deux ans que des mouvements sociaux se succèdent et qu’on constate des violences policières. Comment ils répondent à ça ? Avec la loi sécurité globale ! » Cette dernière est l’objet d’une mobilisation nationale ce samedi 28 novembre. Des sociétés de journalistes, la Ligue des Droits de L’Homme, de nombreuses ONG, associations et collectifs ont appelé à rejoindre les cortèges pour lutter contre un texte qui « rendra difficile la diffusion d’images de policiers pour les médias et les activistes. »

Karima © Thibault Vetter

Charles, gilet jaune, est également présent. Il est scandalisé, mais guère étonné par la tournure des événements : « Le récit néolibéral parle de moins en moins au gens, car ce système crée mécaniquement de la misère à cause de la concentration des richesses. 26 personnes ont autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Cette organisation touche à sa fin, c’est le vieux monde. De nombreux philosophes et sociologues prédisaient une montée de l’autoritarisme des gouvernements comme le notre pour réprimer la contestation qui augmente. Qu’est ce qui justifie de passer une telle loi en procédure accélérée maintenant ? Comme s’il n’y avait pas d’autres priorités. »


« Sans vidéos, comment Michel Zecler se serait-il défendu face aux témoignages des policiers ? »

Vers 13h40, environ 3000 personnes sont là. Le cortège part en direction du Palais universitaire. Des slogans contre les forces de l’ordre sont scandés : « Tout le monde, déteste la police », « Baissez vos armes, on baissera nos téléphones. » Une trentaine de journalistes, photographes et vidéastes prennent des images. Vincent travaille dans l’éducation nationale. Il sort pour les grandes manifestations. Celle-ci était trop importante pour qu’il la loupe :

« Rien que cette semaine, deux événements indiquent qu’il est fondamental d’avoir des images de l’action des forces de l’ordre. Il y a eu la répression sur les migrants à Paris lundi soir et le cas du producteur de musique Michel Zecler, tabassé par des policiers samedi dernier. Sans images, comment aurait-il pu se défendre alors que c’était sa parole contre celle des agents des forces de l’ordre. »


Des hooligans d’ultradroite ont attaqué le cortège

Alors que le cortège se trouve sur le quai des Bateliers, vers 14h15, dix personnes vêtues de noir frappent des manifestants. Des membres de l’organisation antifasciste Jeune Garde Strasbourg et des journalistes les identifient. Ils font partie des Strasbourg Offender, un groupe de hooligans d’ultradroite. Ceux-ci quittent finalement la manifestation en courant, poursuivis par une partie de la foule. La police lance des grenades lacrymogènes et reste en position. Des slogans antifascistes seront ensuite criés jusqu’à la fin du rassemblement. Les manifestants sont presque 4000 à 14h30.

Julien, ancien militant contre le Grand contournement ouest de Strasbourg (GCO, une autoroute en construction, ndlr), est lui aussi présent. Selon lui, souvent, lors d’actions sur le chantier, la présence de caméras a permis d’apaiser les tensions. Mais il ne s’inquiète pas seulement à cause de l’article 24, celui lié à la diffusion d’images de policiers. Il craint aussi d’autres articles de la loi, notamment ceux qui permettront de « surveiller des contestataires à l’aide de drones. »

© Thibault Vetter


Du gaz lacrymogène en fin de manifestation

La manifestation arrive place de l’Étoile à 15h15. Le parcours déclaré en préfecture est terminé. Une grande partie de la foule décide de faire trois cent mètre de plus pour aller devant l’Hôtel de Police au 34 route de l’Hôpital. Les forces de l’ordre bloquent le cortège un peu avant. Certains arrivent à se faufiler et à déployer une banderole devant le commissariat. Les CRS lancent une grenade de désencerclement, ainsi qu’une dizaine de salves de gaz lacrymogène en 15 minutes. Les manifestants sont tenus à distance mais renvoient certains palets qui émettent le gaz vers les forces de l’ordre. 2 canettes et un cailloux sont lancés également.

© Thibault Vetter

Ils est 15h30. Des insultes fusent contre les policiers et les gendarmes. Beaucoup de personnes se plaignent de n’avoir entendu aucune sommation avant l’usage de la force. Un policier a bel et bien réalisé la procédure (3 sommations, ndlr), mais quasiment personne n’avait la possibilité de l’entendre, les grenades lacrymogènes étant tirées, pour certaines, à cent mètre. Le face à face dure 45 minutes. Des manifestants tentent d’interpeller les forces de l’ordre sur leurs pratiques. Finalement, le cortège se disperse totalement vers 16h30. De nouvelles mobilisations contre la loi sécurité globale sont déjà prévues, à commencer par mercredi 2 et samedi 5 décembre.

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