Ces temps de confinement nous permettent de nous poser un peu plus. De prendre davantage le temps de réfléchir et de se poser des questions. Et peut-être que certains d’entre vous réfléchissent à Strasbourg, notre belle ville, qui a de jolis secrets à nous faire découvrir, au détour de ses quartiers. Pour vous la faire connaître encore davantage et vous faire un peu voyager durant cette période compliquée, voici une série sur différents quartiers strasbourgeois : aujourd’hui, allons découvrir le quartier du Neuhof, quartier souffrant de ses clichés mais réservant bien des surprises.


Excepté sa réputation de quartier chaud, lui valant même le surnom de « quartier haut-les-mains », difficile pour moi de dire que je connaissais réellement le Neuhof avant ces dernières années. Depuis quelque temps néanmoins, c’est le quartier où vit mon frère et ainsi, par de maintes occasions, j’ai pu circuler dans le quartier et en connaître certains coins. La forêt, la piscine de la Kibitzenau, l’Espace Django… que de lieux arpentés en course à pied ou en vélo. Des lieux qui montrent un Neuhof différent de sa seule mauvaise réputation et qui, comme le quartier d’Hautepierre, mérite que l’on aille un peu plus loin, en s’intéressant à son histoire.


Le Neuhof, histoire ancienne de Strasbourg

Premièrement, et on le verra pas mal dans la suite de cet article, le Neuhof est un quartier assez vert. Cela est dû à son positionnement, puisqu’il est bordé par le Rhin Tortu, situé dans la plaine inondable du Rhin, et qu’il est recouvert d’une épaisse forêt. Le quartier est bien loin de l’image de blocs austères. Par ailleurs, son nom donne directement la couleur, verte en l’occurrence : en allemand, Neuhof se divise en deux mots, pour donner « Neue Hoff », soit « nouvelle ferme ».

Celle-ci est fondée en 1424 à Strasbourg et sera totalement rachetée par la Ville plus d’un siècle plus tard. Ce qui fait que le Neuhof en tant que tel, fait partie de Strasbourg depuis 1647. Pendant un moment, le lieu sera même occupé par des pêcheurs de saumon ! Une petite anecdote à raconter lors des prochaines fêtes de Noël.

Grâce à la construction de deux écoles et deux églises, le Neuhof entre dans la cour des Grands au 19ème siècle, en devenant un quartier à part entière de Strasbourg. C’est le début des bonnes choses puisqu’à partir de 1885, le quartier bénéficie d’une ligne de tramway, ce qui le relie d’autant plus à notre ville. Pour l’anecdote, cette ligne fonctionnera jusqu’en avril 1960. Le début d’une mauvaise passe pour le quartier, mais on y reviendra plus tard.


Un paysage en mosaïque

Grâce à notre DeLorean, avançons un peu le temps et rendons-nous au 20ème siècle. Le siècle du bâti. Le Neuhof connaît en effet plusieurs périodes de construction, qui vont durablement transformer le quartier. Et qui lui confère bien plus de nuances que sa réputation de quartier de grands blocs.

La première, c’est le développement de la cité-jardin Stockfeld. En 1910, ce sont 450 logements qui sont construits, complétés vingt ans plus tard par 250 autres. Aujourd’hui, lorsque l’on se promène au sein de la cité-jardin, on se sent comme dans un petit village médiéval, avec pas mal de verdure. Complètement coupés de la route et des voitures, qui sont pourtant très proches. Ce n’est pas étonnant si le « vieux Stockfeld » est inscrit depuis 1997 à l’inventaire complémentaire des Monuments historiques.

Bien évidemment, le Neuhof c’est aussi les grands blocs plus traditionnels. Le relogement massif qui touche le quartier commence dans les années 30, mais c’est surtout des années 50 aux années 70 que les cités d’habitat social se construisent. Entre 1950 et 1972, ce sont plus de 4 000 logements sociaux construits au Neuhof, qui double sa population et devient la plus forte concentration d’HLM de l’agglomération strasbourgeoise. En plus, de part et d’autre de l’avenue du Neuhof, au nord du quartier, ont été construits dans les années 1960 nombre de logements sociaux organisés en barres et tours. Un vaste ensemble que l’on peut retrouver à Hautepierre ou Cronenbourg et qui se trouve aujourd’hui dans un état parfois peu reluisant.


Un quartier qui se dynamise mais qui reste très pauvre

Pourtant, depuis le début du 21ème siècle, des travaux sont menés pour désenclaver le Neuhof, et notamment sa partie nord, la plus proche de la ville. Le tram, après plus de 50 ans d’absence, revient dans le quartier, au terminus de la ligne C en 2007. Désormais, le centre-ville est à 25 minutes en tram. Comme par enchantement, l’habitat commence également à s’améliorer dans la partie nord, avec des immeubles plus récents, notamment rue des Colverts. Et avec l’Espace Django, qui s’est installé en 2010, le quartier connaît une dynamique favorable.

Toutefois, cela ne règle pas le problème de la pauvreté, qui s’est même aggravé ces dernières années, avec un taux de chômage avoisinant les 30 %, alors que celui de Strasbourg est à 18.6 %. Logiquement, le revenu médian n’est pas très haut, puisqu’il s’établit dans le quartier Neuhof à 7 270 euros/an soit 606 euros par mois, ce qui le place dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Sachant que le revenu médian de Strasbourg est à 18 580 euros, ça vous pose le problème de la pauvreté au sein du quartier.

En outre, il est aussi considéré comme un quartier de reconquête républicaine, c’est-à-dire avec une présence policière de proximité accrue. Et en se promenant dans le Neuhof, on observe que l’ancien et le vétuste côtoient aujourd’hui le neuf, avec seulement une route qui les sépare.


Aviation et mise au vert

Le Neuhof ne peut cependant pas se résumer aux grands blocs de sa partie nord. Le quartier fait tout de même honneur à l’origine de son nom puisque il y a également pas mal de verdure. Et même un aérodrome ! En effet, à l’est du quartier se trouve, perdu dans la nature, l’aérodrome du Polygone. Réservé aux futurs Maverick comme aux intéressés par l’aviation de loisir, il regroupe également trois écoles : parachutisme, vol à voile et vol moteur. Désormais, vous savez que vous pouvez vous envoyer en l’air au Neuhof.

© Nicolas Kaspar / Pokaa

Pour les amateurs de la terre, le Neuhof a également de quoi faire. Sa forêt, réserve naturelle nationale, est immense, avec ses 757 hectares. Pour les runners du dimanche, il est d’ailleurs très facile de s’y perdre lorsqu’on part courir dans GPS – testé et non approuvé par mes mollets. On y trouve plusieurs sentiers pour plusieurs ambiances, entre balades sportives ou plus contemplatives. On peut admirer également un lavoir, où se retrouvent pour pêcher de nombreux jeunes, pour rendre hommage aux pêcheurs de saumons d’autrefois. Enfin, ses étendues de vert à perte de vue en font l’endroit parfait pour aller prendre l’air et se promener le long de l’eau.

Là encore, on se sent totalement coupé du monde extérieur. Et si l’on s’y enfonce assez loin, on pourra même tomber sur l’ancienne voie ferrée vers Kehl, qui a été transférée au sud du Neudorf au tout début du 20ème siècle, participant à l’isolation du quartier. Enfin, on pourra également se promener dans la Ganzau, une zone aussi verte, avec sa ferme pédagogique, ses passages pour les chevaux et son training club canin, qu’elle est résidentielle. Une dernière preuve que le Neuhof est plus complexe qu’il en a l’air.

Quartier dynamique depuis le début du 21ème siècle mais toujours très pauvre, le Neuhof possède plusieurs facettes qui font de lui un quartier difficile à cerner. D’un côté ses grands blocs, de l’autre ses espaces verdoyants. Un quartier qui a une histoire liée à Strasbourg depuis plus de 600 ans. Et on espère que la Ville s’en souvienne, elle qui a prévu les 1,3 milliards pour rénover sept quartiers populaires, dont le Neuhof. Parce qu’il y a déjà eu des choses faites, mais il en reste beaucoup à faire.


Montage en couverture : Chloé Moulin et Nicolas Kaspar

3 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,

    Dans votre article « cite-jardin-et pauvrete*gros-blocs etc..la date d’arrêt du tram est fausse.

    Le 30 avril 1960, la dernière ligne de tramways urbaine, la ligne 4/14/24 du Neuhof à Hœnheim, est à son tour arrêtée..

    Cordialement
    Clarisse FOLLIOT

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