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Calligraphie, Posca et lettrage : on a rencontré « Le Studiographe » dans son atelier

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Le Studiographe, c’est le nom d’artiste de Bastien Grélot, un jeune et heureux papa de 37 ans. Sa came à lui, c’est le graffiti, le lettrage, le dessin et la calligraphie. L’art des mots et des lettres, qu’elles s’expriment sur un mur, une feuille de papier ou le tableau noir de l’Université dans laquelle il enseigne. Car faire danser les lettres, c’est pour lui une histoire de transmission. Une forme de culture qui aujourd’hui s’expose aussi bien dans de prestigieux musées que sur les pages Instagram les plus suivies. Rencontre avec un artiste strasbourgeois amoureux des lettres et de leurs attributs.

Des débuts précoces

Son premier graffiti, Bastien l’a fait à 10 ans. Un âge où je roulais encore avec un drapeau orange accroché à mon vélo histoire que ma maman me voit de loin. Bastien, lui, à l’heure de fêter pour la première fois un âge à deux chiffres, repeignait déjà les murs de Nancy, sa ville d’origine. Du graff réalisé bien évidemment en vandale, en pleine nuit et non autorisé. On se lève la nuit pour asperger de la peinture sur des murs, on y met de la couleur, on raconte une histoire et surtout : on frissonne. Dix ans et déjà des envies d’interdit, de créativité, d’adrénaline et de couleurs. Une sacré précocité. Plus tard, en troisième, à un âge extrêmement avancé, Bastien s’y est mis à fond. Il graffait déjà la nuit, désormais il le faisait aussi le jour, jusqu’au lycée où ses professeurs lui ont permis de créer un club de graff, une aubaine. En seconde, Bastien était le king de la récré, avec son option art pla’, son visage candide, la plupart des profs dans sa poche, un talent pour la création. Il devait être sacrément énervant.

Strasbourg : le début d’une histoire d’amour

En 2002, Bastien Grélot s’en va direction Strasbourg pour ses études. À son arrivée, il décide d’entrer en fac d’art pla’ et il y restera deux ans. Mais les bancs de l’école, ce n’était a priori pas son truc : « Je suis resté deux ans en fac d’art pla’. Pour être honnête, je n’étais pas souvent en classe, mais ma passion est restée intacte. Alors j’ai bossé et je me suis instruit de toutes les manières possibles sur l’art. Je ne savais pas trop comment franchir les étapes, alors je me suis dit : Bastien, soit tu fais l’école des Beaux-Arts ou les arts déco, c’est-à-dire rentrer dans le rang (tout ce que je ne voulais pas), soit je garde ma passion immaculée, ma naïveté, et je me développe en solo sans que l’on m’impose telle ou telle forme d’expression. Je voulais par-dessus tout décider de l’ensemble du processus créatif, et il faut l’avouer, je me faisais un peu chier. »

L’idée de devenir professeur est entrée dans sa tête, alors il s’est inscrit en Histoire de l’art, tout en travaillant à coté à temps complet. Il engrange des connaissances et renforce sa théorie jusqu’au Master. Mais au moment de passer son mémoire (un sujet sur le graffiti, pour lequel aucun prof ne se sentait qualifié pour l’aider dans ses recherches tellement c’était un art méconnu), un coup du sort l’éloigne des bancs de l’école. C’était en 2011 et il raconte sa prise de conscience : « Je me suis dis, « tu as 28 balais, quitte à faire des choix, si tu dois faire une seule chose dans ta vie, fais ce que tu aimes le plus, ce pourquoi tu es réellement doué. » »

Tout fraîchement tombé amoureux de la calligraphie, Bastien se lance dans une formation professionnalisante en Lorraine. Celle-ci a duré neuf mois, et en 2012, ce fut le saut dans le grand bain. Il était temps de faire de l’art un métier et qu’il s’installe dans la durée. Et là-aussi : aussitôt dit, aussitôt fait.

Un artiste-enseignant

Aujourd’hui, Bastien est artiste, graffeur et calligraphe… Avec une grosse partie dédiée à l’enseignement. Il enseigne le graffiti à l’Université populaire après avoir donné des cours de calligraphie pendant deux ans. Il propose également des ateliers intitulés « De la calligraphie au graffiti, apprendre à dessiner l’écriture« . Des ateliers ouverts à tous les âges qui rendent hommage aux lettres et à leurs formes, à leur sens, dévoilent leur histoire. Des cours pratiques et ludiques qui célèbrent la linguistique et la beauté de l’écriture. On y apprend l’invention de l’écriture gothique qui est liée à l’invention de la plume métallique, le sens des ligatures, des signes spéciaux, du arobase (entre autre), comment les lettres se sont rapprochées les unes des autres pour créer des scripts et des phrases à la lecture « condensée »… Les mots, les lettres et l’Histoire qui en est liée sont une source inépuisable de culture et de richesses.

Ses cours, il va également les proposer directement en milieu scolaire en proposant aux établissement des résidences artistiques. Il crée des fresques avec les enfants, puis une autre le lendemain dans une autre ville, il part à la rencontre de l’Autre dans toute sa différence pour lui apprendre à aimer les mots, leur faire exprimer quelque chose dont le sens perdure… : « Je saisis leur attention avec le graffiti. À l’ère du numérique et d’Instagram j’essaye de leur transmettre l’importance de l’écriture manuscrite. Dans l’étymologie du mot écrire il y a le mot gravé. J’essaye alors de leur faire comprendre que les paroles s’envolent mais que les écrits restent, et que la meilleure manière d’immortaliser des propos, c’est de les écrire, de les graver sur de la pierre (ou sur les murs) comme les anciens le faisaient à l’époque. Bon d’accord, ils gravaient souvent sur des plaques en pierre pour compter les moutons, pas pour se dire des mots d’amour, mais le sens est là ! ».

Il n’y a pas d’âge pour le lettrage

Ses cours, Bastien les proposent aussi bien à des CE2 ou des lycéens en phase de passer le bac qu’à des personnes à l’âge plus avancé. Il enseigne à la maison du troisième âge, propose des cours à domicile à des particuliers, intervient dans des centres pour autistes, enseigne dans des centres éducatifs fermés pour les jeunes délinquants et propose des ateliers de calligraphie à des personnes migrantes. Il m’en touche quelques mots : « Ce projet avec des personnes migrantes était très enrichissant. Ils apprenaient le français et ne savaient pas écrire. On écrivait avec des qalams, une sorte de roseau séché, et ils étaient hyper à l’aise, ça les a éclatés de revoir ça et on s’en est très bien sorti. »

Et l’artisanat dans tout ça?

Bastien est un artisan, un vrai créatif. Il crée aussi des pièces qui ont une utilité pratique : des faire-parts, des menus, des plans de table, des diplômes, de la restauration d’anciens écrits calligraphiés, des enseignes pour les commerces, de la signalétique ou encore des vitrines pour Louis Vuitton. Il crée aussi une partie artistique pure en faisant des dessins chez des gens, sur des immeubles, de la facilitation graphique, des tableaux. Tout ce qui touche de près ou de loin aux lettres, à travers une jolie diversité de techniques et d’approches artistiques. Bastien se considère donc comme « lettreur », un mot valide au scrabble. Son créneau, c’est la personnalisation, l’inverse de la création en chaîne : ce qu’il aime, c’est créer des pièces uniques, toutes différentes, et bien sûr de ses propres mains.

© Bastien Pietronave / Oeuvre : Le studiographe

Des milliers d’oeuvres et de murs sont passées sous ses feutres. Depuis quelques temps, Bastien prend le temps de créer davantage, de revenir un peu aux sources du graff vandale, notamment en repeignant des bornes électriques avec de bonnes vieilles paroles de NTM ou en peignant ses humeurs du moment dans son atelier. Il s’est établi dans une ville qu’il aime avec un boulot qu’il ne troquerait pour rien au monde et pour couronner le tout : il est soutenu par sa femme Yasmine et ses deux enfants. Les monstres les plus mignons du globe qui s’amusent déjà avec les stylos, les bombes, les laques et autres poscas de leur papa. L’avenir du graffiti a décidément de beaux jours devant lui.


Le Studiographe / Bastien Grélot

Le site du Studiographe
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