Cet été, nous sommes partis à la rencontre des petites bêtes avec lesquelles nous cohabitons sur le vaste territoire alsacien. Pour préserver la faune alsacienne, il faut d’abord la connaître. Alors qu’ils s’agisse d’espèces menacées ou parfois considérées comme nuisibles, elles partagent toutes ce même lopin de terre et méritent à ce titre une attention toute particulière. Deuxième rencontre : la loutre d’Europe.

La loutre d’Europe vit en général sur un territoire de 5 à 15 kilomètres de rives le long d’un cours d’eau qui lui sert également de garde-manger. Cet animal solitaire se nourrit de diverses espèces de poissons comme les anguilles, les truites ou encore les épinoches. Au début du XXe siècle, on estime que près de 50 000 loutres d’Europe était réparties sur toute la France. Mais la population chute drastiquement et elles ne sont plus qu’un millier en 1980. Et pour trouver le responsable, pas besoin de chercher bien loin comme l’explique Anthony Chuet, directeur-adjoint du NaturOparc à Hunawihr : “Généralement, la disparition des espèces est toujours liée à un élément principal : l’Homme. Après ça peut être soit des actions directes, soit des actions indirectes. [Pour la loutre], les actions directes, c’était la chasse. C’était un prédateur, un carnivore donc forcément, c’est un animal qui avait une très mauvaise image. On l’accusait de tout ce qui était négatif, de tout ce qui posait problème.

Il rappelle d’ailleurs qu’à l’époque, on accusait les loutres de piller les rivières car elles mangeaient plus de dix kilos de poisson par jour, alors qu’en réalité, si on assistait à la disparition des poissons, c’est simplement parce que les humains avaient déjà pollué et dégradé l’environnement et par conséquent, ces fameux cours d’eau. En plus de la chasse, la destruction de l’habitat de la loutre et la pollution de son environnement ont donc largement contribué à la disparition de l’espèce : “On l’a chassée, on l’a piégée et on dégradait parallèlement son habitat. Aujourd’hui, on estime à environ 2 000 individus la population des loutres d’Europe en France.

© Pixabay / pixel 2013


Une tentative de réintroduction en Alsace

Dans les années 80, la situation de la loutre est critique. Elle a quasiment disparu sur une bonne partie de la France. À l’époque, on ne sait pas si l’espèce va survivre ou bien complètement disparaître. Les dirigeants du NaturOparc envisagent alors de mettre en place un centre d’élevage afin de réintroduire des loutres dans la région. Et c’est seulement en 1991, que l’élevage naît enfin : “Il aura fallu quelques années pour mettre tout ça en place et puis aussi une étude préparatoire. On ne réintroduit pas comme ça, du jour au lendemain des animaux dans la nature, il faut aussi des autorisations. Et donc il fallait forcément déposer un dossier auprès du ministère de l’Environnement, chose qui a été accordée et les animaux ont pu être réintroduits à partir de 1998.” se souvient Anthony Chuet. Entre 1998 et 2001, six loutres ont été réintroduites en milieu naturel, dans le Ried de Centre Alsace. 

Un bilan malheureusement bien loin de celui envisagé au départ : “Il faut savoir que sur le projet initial c’était un accord de vingt loutres qui était prévu dans un premier temps. Plus, un renforcement de population le plus rapidement possible. L’idée étant d’arriver le plus rapidement possible à une population viable dans le temps sans intervention humaine. Donc il y avait cet espoir de pouvoir réintroduire autour de plusieurs dizaines d’individus sur la région Alsace.” Cette réintroduction devait aussi permettre à des micro-populations isolées, de pouvoir être à nouveau connectées, pour éviter qu’elles ne disparaissent. Mais finalement, le programme n’ira pas plus loin. La loutre est un prédateur carnivore, et son retour est loin d’enchanter tout le monde. Nombreux sont ceux qui s’opposent à sa réintroduction. Mais par chance, la loutre, a su créer la surprise puisqu’elle fait naturellement son grand retour en France depuis quelques années.


Au bord de l’extinction, la loutre fait pourtant son grand retour

Interdite à la chasse depuis 1972 et protégée depuis 1981, la loutre d’Europe a su profiter du répit octroyé par cette protection légale, pour repeupler progressivement certaines régions françaises. Anthony Chuet confirme, que l’espèce n’est pourtant pas passée loin de l’extinction : “Il y a pleins de pays en Europe ou proches de chez nous où eux sont passés par la phase où il y a eu la disparition totale de l’espèce, donc ça veut dire que dans certains cas, l’homme est capable quand même de détruire directement et à 100% certaines espèces. Heureusement, en France, la situation est différente. Dans les années 90, on a observé des mouvements de recolonisation notamment en Bretagne et en Loire-Atlantique. Des populations se sont aussi reconnectées entre elles, comme celle du littoral atlantique et celle présente dans le Massif central. 

Ces populations préservées ont permis le retour naturel de l’espèce sur le territoire. Néanmoins, au niveau local, la population semble encore beaucoup trop loin pour espérer retrouver des individus naturellement dans la nature alsacienne. Mais au vu de l’accroissement des populations et si les conditions favorables sont réunies, il n’est pas exclu d’envisager un retour de la loutre d’Europe dans la région du Grand Est. 


Au NaturOparc de Hunawihr : reproduction et sensibilisation 

Aujourd’hui, le NaturOparc ne fait plus de réintroduction : “Elle n’a plus de sens puisqu’on assiste à ce retour de l’espèce et il faut aussi permettre, quand cela est possible, un retour naturel de l’animal.” explique Anthony Chuet. Le parc a donc choisi de se concentrer sur l’élevage et la sensibilisation à la loutre d’Europe. Seul un petit cheptel reste donc présent en enclos et ces animaux se destinent à être échangés avec d’autres structures d’élevages ; ou pour de la reproduction, ou pour de la présentation au public. Le programme d’élevage (EEP) auquel participe le NaturOparc consiste justement à élever des espèces en captivité afin que celles-ci ne soient plus prélevées dans la nature pour d’éventuels problèmes de conservation. Il s’agit par exemple de pouvoir la présenter et sensibiliser ainsi les publics aux risques de sa disparition.

Ainsi, certains individus sont directement nés au NaturOparc à Hunawihr, dans l’objectif d’en perpétuer la reproduction. Gladys Le Velly, soigneuse au parc précise que la mise en couple entre les individus demande beaucoup d’attention :Il faut savoir que c’est une espèce qui est très solitaire en milieu naturel. Donc quand il y a la période de reproduction, il y a la rencontre entre mâle et femelle, mais une fois que l’affaire est faite, c’est la femelle qui s’occupe des petits par la suite et le mâle retourne sur son territoire. Donc tout ce qui est mise en couple, c’est toujours un peu délicat pour qu’ils s’entendent bien et qu’il n’y ait pas de choses graves.À Hunawihr, mis à part deux loutrons mâles et le couple visible par les visiteurs, les individus sont toujours séparés, et mis dans des enclos individuels car ils sont très territoriaux et solitaires.

© Pixabay / Schwoaze


Un plan national d’action en faveur de la loutre d’Europe

La loutre d’Europe commence donc à recoloniser lentement les territoires sur lesquels elle était présente. Mais de nombreux facteurs compliquent encore son développement. Voilà pourquoi des actions de sensibilisation et de conservation sont encore nécessaires. Depuis 2009, le ministère de l’Environnement collabore avec la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) dans le cadre d’un vaste Plan National d’Actions en faveur de la loutre d’Europe. Un premier plan d’actions a été suivi entre 2010 et 2015. Et un second devra tenir des objectifs pour les dix prochaines années, de 2019 à 2028. Le but ? Accompagner le retour de la loutre d’Europe afin qu’elle se réapproprie entièrement son territoire originel et cohabite le plus sereinement possible avec l’humain. 

Le plan détaille notamment plusieurs actions. En premier lieu, le suivi de l’évolution et de la répartition de l’espèce en France, mais aussi des menaces auxquelles elle doit faire face afin de les réduire. La mortalité routière est aujourd’hui l’une des principales causes de la mortalité chez les loutres. Pour éviter cela, il est possible d’aménager des passages à loutre d’Europe sous la chaussée. Les loutres peuvent également être abattues ou bien piégées si elles sont confondues avec un ragondin ou bien lors d’un acte de braconnage. Elles peuvent aussi être tuées par des chiens ou encore empoisonnées. Dans ces cas-là, le plan peut ainsi prévoir l’interdiction de certains pièges à proximité des cours d’eau, mener des opérations de sensibilisation auprès des chasseurs et des pêcheurs, renforcer les contrôles et augmenter les capacités ou développer des centres de soins sur le territoire. C’est grâce à l’ensemble de ces actions concrètes, qui seront mises en place au cours des prochaines années, que l’on pourra inciter la loutre à reconquérir notre belle région.

© Pixabay / rudyanderson

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