Dans de nombreux domaines, l’Alsace est pionnière et il s’avère que cela a un peu ruisselé sur le Grand Est. En effet, notre région va devenir la première à expérimenter l’ouverture à la concurrence complète de petites lignes ferroviaires. Dans une situation post-déconfinement, cette décision pourra avoir, entre autres, des conséquences sur le tourisme local. Petit point.

Le contexte de l’ouverture à la concurrence

Lors de la séance plénière du 9 juillet dernier, la région Grand Est par son président Jean Rottner (Les Républicains) a acté l’ouverture à la concurrence pour la gestion des infrastructures et la circulation sur la ligne Nancy-Contrexéville, mais surtout, plus important pour nous les Strasbourgeois, pour un ensemble de tronçons entre Strasbourg et Épinal formant la liaison qui sera nommé « Bruche-Piémont-Vosges». Comme un nom de chocolat pour cette nouvelle sucrée.

Gare de Strasbourg @Vivien Latuner

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut revenir en 2018, date de la loi pour un nouveau pacte ferroviaire. Cette loi a de cela de start-up nation qu’elle autorise l’ouverture à la concurrence du transport intérieur de voyageurs. Et comme le néo-libéralisme n’est jamais très loin, un an après, juste pour Noël, la loi d’orientation des mobilités votée le 24 décembre permet aux régions de se faire transférer la gestion de « lignes d’intérêt régional ou local à faible trafic ». Ce qui signifie qu’elle a la possibilité de lancer des appels d’offres pour l’exploitation de lignes sur des réseaux de trains subventionnés (TER, Intercités), qui ne seraient plus forcément gérés par la SNCF.

Dès lors, trois régions ouvriront prochainement certaines de leurs petites lignes ferroviaires à la concurrence : les Hauts-de-France, la région PACA et donc le Grand Est. Si vous cherchez un point commun le voici : tous les Présidents de ces régions sont de droite.

Quelles futures conséquences pour Strasbourg ?

Néanmoins, l’heure n’est pas aux considérations politiques, et ce même si la libéralisation du service public, avec la politique « privatisons les gains et nationalisons les pertes » n’est pas une donnée très rassurante. Cette mise en concurrence de la ligne « Bruche-Piémont-Vosges » va par exemple fortement impacter la vallée de la Bruche, un territoire plein de surprises, puisque le but affiché est de moderniser les lignes pour les rendre plus attractives et accessibles aux habitants des villes, et notamment Strasbourg.

© Coraline Lafon pour Pokaa

Dans l’esprit, cet objectif de modernisation de lignes peu ou plus utilisées peut se révéler être une vraie aubaine pour le tourisme local, qu’il faut encourager après le coronavirus. Ce sera également intéressant dans une optique de redynamisation du train, alors que l’avion bat de l’aile – lolilol – et que la voiture est de plus en plus pointée du doigt. Les deux premiers lots seront soumis à un appel d’offres vers la fin de l’année et les grands gagnants seront désignés entre 2022 et 2023, pour une reprise en grande pompe entre 2024 et 2025. On a donc encore du temps pour se poser les bonnes questions et rester attentifs sur ce grand projet, dont on ne saisit probablement pas encore toutes les conséquences. Enfin, le tout coûtera la coquette somme de 1 800 200 euros.

Si on en a encore pour 5 ans pour observer les futures conséquences de cette décision, l’information est d’importance. Une ligne TER passant par Strasbourg va être ouverte à la concurrence, ce qui pourrait dynamiser à nouveau tout un territoire qui a énormément de choses à offrir. Reste à voir dans quelles conditions l’appel d’offres sera effectué, pour pas qu’un projet louable dans l’idée se transforme en des petits cadeaux du public au privé.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here