Le déconfinement a débuté depuis maintenant deux semaines et on vit entre bonheur de pouvoir reprendre une vie « normale », angoisse que l’épée de Damoclès d’un reconfinement envisagé soit toujours au-dessus de nos têtes et attente des annonces du gouvernement le 2 juin, pour entamer la deuxième phase du déconfinement. Ce mélange d’émotion et de sentiments contraires nous rend tous plus sensibles à ce qu’il se passe autour de nous. Alors quand on apprend que 400 personnes se sont réunies un dimanche après-midi pour un match de foot, forcément, cela déchaîne passions et réactions. On revient alors sur cet événement en essayant d’expliquer ce que ça implique pour Strasbourg, calmement et posément.

Que s’est-il passé ?

Hier, dimanche 24 mai, près de 400 personnes se sont réunies au stade Paco-Matéo, dans le quartier des Poteries, pour une rencontre de foot inter-quartiers. Ce rassemblement s’est réalisé à la suite d’un appel sur Facebook lancé quelques jours plus tôt, le vendredi 22 mai. Certains riverains ont fini par alerter les policiers de la tenue d’un tel rassemblement, et les forces de l’ordre sont arrivées, mais n’ont pas pu empêcher le déroulement de la rencontre. L’adjoint au maire chargé du Sport Serge Oehler a réagi hier soir en promettant des sanctions envers les responsables, encore non-identifiés, et encore une fois ce matin à travers le post Facebook ci-dessous.

Ce qui s'est déroulé ce week-end est d'une irresponsabilité et d'une gravité sans commune mesure. Il nous appartient à…

Gepostet von Serge Oehler am Montag, 25. Mai 2020

Les DNA ont été les premiers à relayer l’information dans la soirée de dimanche, reprise depuis par tous les médias nationaux. Alors que Strasbourg avait fait la Une au niveau national quelques jours avant pour la décision de rendre obligatoire le masque dans la Grande Île, c’est une autre forme de lumière qui est alors projetée sur notre ville. Pas sûr qu’elle accepte le logo « Capitale des matchs de foot non-autorisés ».

Pourquoi est-ce un problème ?

Cette question pourrait sembler rhétorique au vu de toutes les interdictions qui existent encore dans nos modes de vie en ces temps de déconfinement. Néanmoins, cela peut être intéressant de se questionner plus précisément sur ce que ce genre de rassemblement signifie pour Strasbourg.

Une étude anglaise sur un match de football le 12 mars dernier

En premier lieu, rassembler autant de personnes dans une situation sportive qui favorise les contacts n’est évidemment pas recommandé en ces temps de respect des gestes barrières.

À ce sujet, et à plus grande échelle, est sortie une étude anglaise du National Health Service (NHS), le système de santé anglais, révélant que le déplacement de 3 000 supporters de l’Atlético de Madrid en Angleterre pour le huitième de finale de Ligue des champions contre Liverpool, le 12 mars, aurait entraîné « 41 décès supplémentaires » liés au Covid-19. De plus, un autre match de Ligue des champions avait été désigné comme bombe virologique, celui opposant l’Atalanta à Valence, alors que la Lombardie a depuis payé le prix fort de l’épidémie de coronavirus.

Bien évidemment, l’échelle strasbourgeoise n’est pas la même lors de ce match de quartier, mais ces rassemblements de personnes prennent le risque de provoquer de nouvelles contaminations, qui plus est dans des quartiers populaires, qui ont vécu pour la plupart un confinement plus difficile que la moyenne, au vu de leurs conditions de vie. Mais aussi des quartiers populaires qui de facto vivent dans des appartements souvent exigus et favorisant donc l’impossibilité de respecter des gestes barrières.

Strasbourg en zone rouge

Ce match s’est déroulé de manière « sauvage », sans autorisation du club propriétaire du stade. Surtout, alors que les rassemblements de plus de 10 personnes dans l’espace public sont interdits, c’est un risque de « mini-bombe virale » sur un territoire situé en zone rouge.

Strasbourg est encore en effet en zone rouge, et cela jusqu’au 2 juin minimum. Cependant, depuis quelques jours, les indicateurs sont passés au vert, dénotant un relâchement de la tension hospitalière. Ce qui signifierait que le mardi 2 juin, nouvelle phase du plan de déconfinement, le Bas-Rhin pourrait repasser en zone verte, ce qui permettrait la réouverture des parcs et jardins.

Les bars ne sont pas encore autorisés à rouvrir. Nelson, un jour je te retrouverai.
© David Lévêque / Pokaa

Dès lors, ce type de rassemblements pourrait compromettre la viabilité de notre territoire et de nos services hospitaliers, ce qui retarderait la reprise d’activité économique. Et alors que la future crise économique se fait de plus en plus grande, il serait catastrophique qu’elle fusionne avec la reprise à plus grande échelle de la crise sanitaire. Un risque qui a fait déclarer Serge Oehler à l’Agence France Presse : « Je suis effaré par l’irresponsabilité de ces « adulescents ». On a le sentiment qu’ils ne risquent rien, qu’ils se sentent forts et en pleine santé. Ils ne se rendent pas compte du cluster qu’on risque d’avoir ». Ce dernier craint d’ailleurs « un deuxième confinement ».

Quels sont les chiffres à suivre ?

Un deuxième confinement serait en effet obligatoire si certains chiffres ne sont pas bons. Un premier point positif est néanmoins que le virus circule beaucoup moins aujourd’hui sur le territoire alsacien qu’au début du confinement. Grâce à ce dernier, l’indicateur R0, c’est-à-dire le nombre de personnes que contaminerait un patient atteint du coronavirus, est passé sous le seuil de 1, pour atteindre 0,7 en France. Pour faire plus simple, 100 personnes atteintes en contamineraient 70, qui par la suite en contamineraient 49 et ainsi de suite. Ce R0 doit donc rester inférieur à 1, pour que l’épidémie reste sous contrôle. En cas d’absence de mesure de contrôle néanmoins, ce R0 serait à 3 et pourrait même grimper plus haut.

Lié à cela, il faudra aussi surveiller le nombre de personnes hospitalisées et celles en réanimation. Les médecins alsaciens sont épuisés parce qu’ils ont payé un lourd tribut durant le confinement. Il faut continuellement avoir à l’esprit qu’ils ne sont pas surhumains et qu’ils ont besoin de repos. Ces deux dernières semaines, les hospitalisations et les personnes en réanimation ont lentement diminué, jusqu’à revenir à un taux gérable pour le personnel soignant.

Au dimanche 9 mai, il y avait encore 101 personnes en réanimation dans le Bas-Rhin. Au 24 mai, il n’y en avait plus que 51 personnes, pour une capacité initiale de 122 lits. Ces quinze derniers jours sont les derniers effets du confinement et doivent être appréciés avec prudence. C’est aussi pour cela que Strasbourg pourra repasser en vert le 2 juin. Ce match de foot ayant rassemblé plus de 400 personnes tombe mal alors que l’on rentre dans une semaine décisive en termes de chiffres.

Il est en effet admis que la période d’incubation du coronavirus est de 14 jours. Dès lors, on devrait connaître les premiers effets du déconfinement dans les jours qui suivent. Et il faudra attendre encore un peu plus longtemps pour connaître les effets de ce rassemblement.

Le coronavirus est une vraie épreuve pour tous les médias, puisque c’est quelque chose dont les effets sont à analyser sur un temps long et non pas sur des événements ponctuels. On peut toutefois dire que, quoiqu’elle ait donné, cette idée n’était pas la plus responsable au monde, puisque le fait de contaminer ou non des gens se réalise sur sa volonté propre. Alors gardons cela à l’esprit et surtout surveillons les chiffres de cette semaine, en France et dans le Bas-Rhin.

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