MB14 est un touche-à-tout fasciné depuis l’adolescence par le beatbox, le chant, le rap et un éventail de pratiques lui permettant d’aiguiser ses capacités vocales et musicales. Perfectionniste et idéaliste, il crée ses morceaux note par note, avec une parfaite maîtrise. Du 100 pourcent vocal, des rythmes aux instruments, en passant par le chant. Finaliste de la saison 5 de « The Voice », il a été sacré champion du monde de beatbox par équipe en 2018 avec son groupe Berywam avant de prendre son envol en solo. « Ambitus » son premier EP est un condensé qui reflète à merveille sa personnalité riche et généreuse. Une palette de couleurs et de créativité. On y retrouve la spontanéité de ceux que la passion anime.

As-tu commencé à t’intéresser à la musique à travers le rap?

MB14 : J’ai commencé le rap à l’adolescence, j’ai écrit mon premier texte à 12 ans. J’enregistrais sur Audacity, je prenais des instrus qu’un pote m’avait filé en bluetooth parce que je n’avais pas Internet. Faire du rap et l’enregistrer sur mon ordi, c’était ma première expérience répétée de création de musique. Après j’ai débuté le beatbox et c’est là que j’ai commencé à vraiment chanter. Parce que c’est à ce moment-là que je me suis intéressé à la voix et à comment elle fonctionnait. Le beatbox c’est faire de la musique, le rap c’est surtout de l’écriture. Quand j’écrivais, j’étais focalisé sur ce que j’écrivais et sur comment j’allais l’enregistrer, le rapper, le kicker… Mais avec le beatbox je me suis plus axé sur la création de la musique, les sons, et c’est là que j’ai compris qu’il était important de savoir chanter. Pour pouvoir imiter des sonorités en beatbox, pour pouvoir nourrir la création musicale.

Mais il faut des capacités vocales de base? J’imagine que n’importe qui ne peut pas faire de beatbox?

MB14 : Si, n’importe qui peut faire du beatbox parce que c’est quelque chose d’anatomique avant tout. On a tous des lèvres, des dents, une langue, des cordes vocales. On a tous le même appareil. C’est ce que les gens vont en faire qui va être différent. Tout le monde est capable de projeter de l’air à travers les lèvres en faisant comme un « pou » en en rajoutant la syllabe F. Ce qui va faire de toi un beatboxer confirmé, c’est ce que tu vas faire artistiquement de tous ces sons que tu apprends.

Oui mais ce n’est quand même pas commun de s’intéresser au beatbox, surtout aussi jeune. Qu’est-ce qui t’as fasciné dans cette pratique?

MB14 : Depuis que je suis petit j’ai toujours aimé faire des imitations, des bruitages. J’imitais mes profs quand j’étais au collège. J’ai découvert le beatbox avec un groupe qui s’appelait « Naturally 7 ». Ils avaient fait une reprise du standard de Phil Collins « In the Air Tonight », version hip-hop, soul. et ça passait beaucoup sur NRJ, Skyrock, Fun radio. Puis parfois comme un tic je faisais des petits bruitages. Au lycée, un jour je me suis dit plutôt que de n’en faire que dans le couloir du lycée, ou tout seul, je vais regarder un peu sur Youtube. J’y ai visionné un tas de vidéos et je suis devenu accro.

Et du coup tu faisais ça tout le temps?

MB14 : Oui tout le temps. Tous les jours. Mes potes en avaient marre, mes parents en avaient marre. Je ne faisais que ça. Quand tu découvres un truc comme ça, ça te change la vie. C’est comme si j’avais trouvé une pratique pour me canaliser et me stimuler. Quand j’étais petit, j’avais des tics, une tendance hyper active et dispersée. Le fait de faire du beatbox canalise cette tension et ça permet d’en faire quelque chose de créatif. Puis l’imitation j’ai toujours trouvé ça intéressant. Moi qui imitait mes profs, j’en suis arrivé à imiter des sonorités d’instruments. J’avais un espèce de tiroir sans fond, sans limite. Où je pouvais m’amuser et stimuler ma créativité. Je n’arrivais plus à décrocher, je n’ai jamais réussi, j’en vis aujourd’hui. Au début, ça dérangeait beaucoup de gens car ils ne voyaient pas ça d’un œil sérieux. Quand tu fais des bruitages avec ta bouche, c’est cool ça va 5 minutes, mais c’est seulement lorsque j’ai commencé à faire du beatbox plus sérieusement, des morceaux, des concerts, des battles, The Voice, que l’on m’a pris un peu plus au sérieux. C’est ma passion, mon moteur quotidien. Et aujourd’hui c’est mon métier.

Crédit photo : Emma Schneider

Au delà du fait que tu sois capable de créer les sons avec ta bouche, tu as aussi une voix superbe qui frôle aussi bien les graves que les aigus. En plus, tu chantes des styles de musiques totalement différents, c’est parce que tu as des goûts très variés ou il y a des chansons qui se prêtent mieux que d’autres au beatbox ?

MB14 : C’est un peu mon atout et ma faiblesse, je m’intéresse à beaucoup de styles de musique. Je ne suis pas non plus un digger, je n’ai pas une culture musicale exceptionnelle. J’ai surtout baigné dans un univers rap, hip-hop mais c’est vrai que je me suis intéressé également au reggae, comme au rock ou à la musique classique. J’en ai énormément écoutée. Ça m’est arrivé de rester des heures branché sur Radio Classique. A un moment je n’écoutais que ça, tous les jours. Je voulais apprendre à chanter dans le style lyrique, donc j’ai pris des cours de chant, mais j’ai aussi beaucoup écouté pour être un peu dans l’imitation. Ecouter comment les chanteurs et chanteuses lyriques chantent pour comprendre les codes de leur musique et pouvoir les réutiliser. Que ce soit dans mes reprises ou mes compos, j’essaye de mettre un peu de tous les styles. Par exemple dans mon set de ce soir, tu entendras un morceau hip-hop avec des influences arabes et du rap. Le morceau d’après, ce sera une reprise d’Imagine Dragons avec un rythme hip-hop mais aussi une sonorité de guitare électrique à un moment, accompagnée de chœurs lyriques et de chants mi-pop, mi-rap. Puis je ferai un morceau de reggae. Pour moi c’est important d’avoir plein de couleurs, une palette variée, et plein de choses à proposer. C’est peut-être la peur de m’ennuyer ou la peur d’ennuyer les gens. Je suis content quand chacun peut ressortir avec au moins un truc qu’il a kiffé dans mon set. J’aime tellement de choses différentes que je sais que ça ne touchera pas tout le monde uniformément. Certains aiment quand je rappe, d’autre quand je beatboxe. D’autres quand je chante, mais pas forcément quand je beatboxe. Dans la vie je suis curieux, je suis assez sociable.

Pourquoi avoir intitulé ton EP « Ambitus » ?

MB14 : « Ambitus » c’est un mot latin qui désigne l’écart entre la note la plus basse et la note la plus haute d’un instrument ou d’une voix. Ça me représente bien. Lorsque je me suis intéressé au chant, je voulais absolument apprendre à chanter grave comme aigu. L’ouverture me fascine. En plus dans « Ambitus » il y a MB, et le mot est composé de 7 lettres. 7X2 ça fait 14 et 14 c’est mon nombre fétiche. J’aime ce côté synchronicité.

Avant de te lancer en solo, tu faisais partie du groupe Berywam. Pourquoi l’avoir quitté?

MB14 : Même si on s’amusait beaucoup, qu’on a fait plein de vidéos, de concerts, au bout d’un moment je me suis rendu compte que j’avais envie d’avoir le temps et l’énergie pour pleinement m’investir dans mon projet solo. Vers la fin, je travaillais sur mes projets mais du coup je n’en donnais pas assez au groupe. Donc les gars me disaient : « Tu ne t’investis pas assez. » On s’est tous dit qu’il fallait peut-être que j’arrête.

Mais ton départ n’a créé aucune embrouille?

MB14 : Non, on est toujours très amis. On se voit juste moins. Ils ont leur vie, j’ai la mienne.

Et aujourd’hui tu ne regrettes pas d’être parti?

MB14 : Non, même si aujourd’hui le groupe marche très bien, et qu’ils font des trucs de fous. Je me dis que peut-être ils ne les feraient pas si je n’étais pas parti. Déjà, « Incroyable talent » en France, on nous l’avait proposé plusieurs fois mais je ne voulais pas y participer car j’avais déjà fait « The Voice ». Aussi, Beasty, le nouveau membre qui a pris ma place, a une identité très hip-hop, soul, jazz. Il a apporté quelque chose qui manquait au groupe. Avec et sans moi, Berywam correspond à deux entités différentes. Quand j’y étais on était plutôt dans un style « covers », « harmonies ». J’adore les harmonies. C’était plutôt un groupe de beatbox qui chante beaucoup alors que désormais c’est vraiment un groupe de beatbox pur. Je pense que si il se passe tout ça pour eux maintenant que je n’y suis plus, c’était la bonne voie. Il y a un sens à toute chose, ce n’est pas pour rien si aujourd’hui le groupe marche autant. En parallèle, je travaille sur mon projet et il se passe plein de choses positives pour moi aussi, donc je suis très content. On se sent tous mieux comme ça. Le seul truc qui me manque ce sont mes potes. Les concerts qu’on a fait ensemble, tous les pays qu’on a sillonné, on a presque vécu ensemble. Donc c’est plutôt ce pan de ma vie qui pourrait me manquer. Mais c’était la bonne décision.

C’est le directeur de casting de « The Voice » qui est venu te contacter?

MB14 : J’ai un pote qui est amiénois et qui avait fait le casting. Il n’a pas été pris mais ils lui ont demandé si il connaissait des gens dans le coin qui auraient le profil pour participer. Il leur a parlé de moi, du coup ils ont regardé mes vidéos sur Youtube et ils m’ont envoyé un message sur Facebook. Au début, j’étais hyper réticent. Et maintenant le fait d’avoir fait de la télé, ça m’a appris un peu plus l’envers du décor. A la base, j’étais très méfiant. J’ai quand même participé aux auditions. Ça s’est joué à un moment où plein de signes m’ont montré que je devais le faire. A la base, je devais partir aux Etats-Unis. J’avais un projet de groupe a capella qui devait se faire, mais ma demande de Visa a été refusée. Dans la même semaine, Berywam qui n’existaient pas encore m’ont demandé de participer avec eux aux championnats de France de beatbox, puis deux autres groupes m’ont proposé de travailler avec eux. C’était au mois d’août 2015, et à la même période il y avait tous ces éléments qui me disaient : « Reste en France ». Du coup, j’ai intégré Berywam, j’ai fait « The Voice ». Et ce qui est marrant c’est que l’audition à l’aveugle de « The Voice » est arrivée 5 jours avant notre passage aux championnats de France avec Berywam. En gros, mon voyage « The Voice » et mon trajet Berywam ont commencé à 5 jours d’intervalle. Heureusement, que je suis resté. Et que les producteurs de « The Voice » m’ont autant convaincu de le faire.

Finalement ça t’a bien aidé de participer à l’émission?

MB14 : Ça a changé ma vie clairement. Je me dis que j’ai 25 ans et que j’ai la chance d’avoir réalisé des rêves. C’est toujours difficile d’être satisfait dans la vie quand tu as des objectifs, des buts à atteindre. On a gagné les championnats du monde de beatbox avec le groupe, j’ai fait « The Voice », des concerts en France, à l’étranger, j’ai visité plein de pays, je gagne ma vie avec ça depuis 4 ans. Clairement sans « The Voice », j’aurais pu faire certaines choses, mais pas autant. Ça aurait été beaucoup plus dur, beaucoup plus long. C’est une chance de ouf.

Crédit : Emma Schneider

Comment as-tu construit ton premier EP et de quoi parle t-il?

MB14 : Ce que je voulais qu’on retienne de cet EP-là, c’est ma diversité musicale et mon ouverture musicale et vocale. Il y a 6 titres originaux et une compo. J’ai essayé de mettre une grosse plage de notes dessus, des infrabasses, des notes très aiguës, du rap, des harmonies lyriques, plein de sonorités. J’ai voulu faire un EP varié. J’aurais pu aller encore plus loin, mais ce n’est qu’un EP et je voulais tout de même qu’il ait une structure, une couleur sombre, un peu hivernale. C’est pour ça que je l’avais sorti en novembre. Je trouve que ça s’écoute bien, quand on rentre du travail, ou des cours et qu’il fait déjà nuit, que les lampadaires sont allumés. Dans une ambiance très nocturne. J’y parle de beaucoup de choses. Par exemple de la difficulté à trouver sa place dans une industrie musicale qui pousse à se comparer beaucoup aux autres. Les likes, les radios, les médias, c’est bien pour la promo des artistes, mais c’est dur d’y trouver sa place et de rester fidèle à soi-même, de faire ce qu’on veut et de garder la confiance en soi. J’ai eu une expérience maison de disques, j’y ai rencontré des gens supers, mais ce n’était pas ma place. Il faut être très identifiable, or moi j’ai envie de faire de tout. Un album où il y aura du rap, du reggae, de l’électro…

Tu as fait quelques collaborations aussi, notamment avec Edgär?

MB14 : Oui, ce sont des artistes amiénois, qui eux pour le coup sont très branchés pop, électro. J’ai ajouté un couplet de rap sur leur morceau. J’ai réalisé aussi une vidéo avec les sœurs Berthollet, violoniste et violoncelliste. Et on a fait une reprise de Stromae avec un côté un peu classique, opérette. J’ai déjà fait une cover du « Lion est mort ce soir », sur un album réalisé par Louis Chedid en hommage à Henri Salvador. J’ai aussi chanté une reprise de la BO de Pocahontas sur un album « We Love Disney ». Enfin, tu vois, j’ai vraiment touché à plein de choses. A côté de ça, j’ai participé à des battles de beatbox, des morceaux de rap. J’aime faire plein de choses différentes.

Ce serait quoi ta collaboration idéale?

MB14 : Il n’y a pas de collaboration idéale. Il y a cependant des gens avec qui j’adorerai collaborer, je pense notamment à Nekfeu. C’est un rappeur que je kiffe de ouf. C’est un des meilleurs qu’on ait jamais eus en France. J’aime bien Scylla aussi, c’est un rappeur belge, lui c’est mon rappeur préféré. Je l’ai vu 4 fois en concert, et les 4 fois j’avais les larmes aux yeux. Que ce soit ce qu’il écrit, ce qu’il chante, ou la musique qu’on lui compose, ses instrus sont incroyables. Sinon, bon je vise haut, je vois loin (rires), il y a des artistes que je kiffe et qui sont trop connus, genre Ed Sheeran. Je suis sûr que si on collaborait, on ferait une dinguerie. Mais c’est Ed Sheeran… Il doit avoir dix mille demandes de collaborations. Après d’un autre côté, je pense que c’est un mec qui doit marcher au feeling. Même si il a une demande de quelqu’un qui n’est pas connu, je suis sûr que si il kiffe, il fera un truc. Un jour peut-être… Je préfère l’espérer que de ne pas y croire, parce qu’en vrai tout est possible dans ce monde. Il faut croire, ça ne coûte rien. Maître Gims ça me tenterait aussi. Il y a des choses qu’il fait que je n’aime pas du tout, d’autres que j’adore. Mais ce mec, c’est un putain de chanteur. Puis il y a aussi plein de potes rappeurs à Amiens avec qui j’ai envie de faire des morceaux, mais c’est une question de temps, de planning et d’inspiration.

Indéfiniment mon coup de cœur de l’album

Si tu pouvais organiser ton propre festival, tu le ferais où et avec qui?

MB14 : C’est prévu, un jour je le ferais. Je ne sais pas quand, car ça demande des sous. Puis je suis un connard, qui aime bien tout contrôler. Ma musique je l’écris, je la compose, je l’enregistre avec ma voix. Quand il s’agit de faire le montage, la structure, les arrangements. Même le mix je commence à m’y mettre. Pareil, pour la pochette de l’EP, je savais exactement ce que je voulais. Les clips c’est pareil, j’ai bossé avec un pote à moi qui s’appelle Féfé à Ivory Concept, et limite des fois je tenais la caméra. Il pétait des câbles. Si je faisais un festival, et je le ferais un jour, je me connais, je vais certainement déléguer à certaines personnes pour gagner du temps ou de l’énergie mais au fond je vais vouloir tout faire et tout penser. Ce serait un rêve cependant d’organiser un festoch et d’y inviter des artistes que je kiffe. Mais pour ça il faut avoir un nom, des moyens. Tu vois un mec comme Demi-Portion? C’est un rappeur de Sète. Ce mec n’est pas forcément très connu du grand public, et pourtant quand il fait son festival, il ramène v’la les têtes du rap français. Parce qu’il doit avoir beaucoup de réseau, qu’il est respecté dans le milieu… Le jour où j’organise un festoch je veux pouvoir faire du sale. Ramener un Nekfeu, des putains de beatboxers…J’ai envie de faire grandir ma carrière pour moi, mais aussi pour ce que je pourrais en faire pour les autres. Que ce soit pour organiser des festivals, mener des actions sociales… Quand j’aurais plus les moyens, j’aimerai monter une asso, une fondation, pour aider les autres.

Si tu devais trouver un titre à ta vie actuelle?

MB14 : « Je ne sais pas ». C’est bien comme titre (rires), ou alors « Le calme avant la tempête ». J’ai eu une réunion hier avec mon manager, si tous les projets qu’on a aboutissent en 2020, je n’aurais plus de vie sociale. Si tout se passe bien je vais devoir bosser tout le temps. Je n’aurais plus le temps d’aller chiller avec mes potes, je pense que les vacances c’est pareil je peux oublier. J’ai été qualifié dans deux catégories pour le plus gros battle de beatbox du monde en avril. Je vais avoir pas mal de concerts. On m’a proposé deux-trois projets qui vont me prendre beaucoup de temps et en plus je dois faire mon album et le finir pour la fin d’année. Depuis que j’ai commencé ma carrière, que j’ai vécu « The Voice », ma vie m’intéresse plus que les films. C’est ça qui est ouf. J’aimais bien regarder des films parce que je suis un fan de cinéma, mais aujourd’hui je n’en regarde plus trop car ma vie m’intéresse beaucoup plus.

Crédit photo : Emma Schneider

Un film qui t’a marqué?

MB14 : Le film de ma vie c’est  » Forrest Gump ». Cette année, j’ai vu « Hors Normes », j’ai bien aimé. J’ai vu « Les Misérables », forcément tout le monde en parle. C’est un très bon film. J’ai également regardé  » The Irishman », très bien ficelé. Al Pacino, De Niro ce sont des acteurs que j’adore. Donc les voir réunis et en plus avec Joe Pesci, c’est parfait.

Puis c’est Scorsese quoi.

MB14 : C’est vrai que tu reconnais la marque de Scorsese. Tu as déjà vu les Affranchis ? J’avais l’impression de voir un peu une version des Affranchis en plus long, en moins gangster.

Ils sont plus vieux aussi.

MB14 : Ça me fait mal de les voir vieillir comme ça. C’est là que tu te dis: « Wow le temps passe ». Scarface, c’est un de mes films préférés, vraiment, je le met dans mon top 10. On regarde Scarface avec un Al Pacino qui a la quarantaine dedans, et aujourd’hui il a 79 ans. Le film a 36 ans. Le temps passe et on va tous mourir. Dans quelques années, De Niro et Al Pacino ils meurent. T’imagines que De Niro il a eu un Oscar en 72 pour « Raging Bull », c’est quand même l’année où ma mère naissait. Ma mère ! C’est ouf, le mec c’est un dinosaure. Mais en tout cas, le titre de ma vie ce serait :  » Pas le temps », ou quelque chose en rapport avec le temps.

Après tu es assez jeune et tu as déjà réalisé pas mal de choses.

MB14 : Oui j’en suis conscient. J’ai des amis de mon âge, qui se cherchent encore dans la vie. Puis j’ai le don pour avoir des gens autour de moi qui ne sont pas très heureux. Ou des gens qui n’ont pas de chance. Certains de mes amis proches ont une vie difficile, mes parents ont une vie chaotique. Je me dis qu’à 25 piges, j’ai la chance de faire un métier que j’aime, c’est ma passion, je gagne bien ma vie. Dans ma communauté je suis connu et respecté. J’ai plein de projets. Je suis content. Mais j’ai un côté aussi où je perds vite confiance en moi. On vit dans une ère où on se compare beaucoup, avec Instagram, Facebook, Youtube, on peut comparer les vues, comparer les likes. On peut quantifier l’amour que les gens nous portent. Calculer la régularité de cet amour-là, c’est ouf. C’est un poison pour l’ego. Même si des fois je me dis que j’ai fait des trucs de ouf, que j’ai de la chance, le lendemain je peux être pas bien en me disant : « Lui il a fait ça et moi moins … » Je me sens comme une merde. J’ai un ego en dents de scie. J’essaye de me rappeler que malgré tout c’est cool, j’ai déjà tout ça. J’ai mon propre emploi du temps, je peux me lever à 15 h si je veux, c’est un luxe dans cette vie. Se dire que t’es pas obligé de travailler pour un patron, et vivre bien quand même. Je ne manque de rien, je ne suis pas très dépensier. C’est un miracle et c’est pour ça que je suis très content. Merci à toi d’ailleurs de faire cet interview.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour ce soir?

MB14 : De ne pas être trop stressé, je me connais. Mismo ça va taper, et moi je passe ensuite avec mon looper. Ça veut dire que je dois tout faire tout seul. Je n’ai pas de back-up, tout repose sur mes épaules, et ça me met beaucoup de stress. J’espère que je ne vais pas paniquer, car je perds un peu mon contrôle vocal dans ces cas-là.


RETROUVE SON EP « AMBITUS » JUSTE LA


>> Propos recueillis par Emma Schneider<<

Merci à Mohammed (alias Rodin) pour sa gentillesse.

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