A l’heure où le Marché de Noël de Strasbourg met encore en avant des créations made in China, Pokaa mise sur l’artisanat strasbourgeois. La créatrice du jour : Lisa Débat, jeune céramiste passionnée qui a posé son tour de potière, aux abords de l’Ill, dans un bel atelier-boutique aux couleurs douces.

Tombée dans la marmite

Dans la famille d’artisans, je demande la fille : Lisa Débat, originaire du coin de La Petite Pierre, dans les Vosges du Nord, où ses parents maroquiniers tenaient une boutique et dont le frère est lui-même un créatif. Sensibilisée par ses parents, elle le fut plus encore par sa mère, qui avait installé au sein du commerce familial une galerie exposant des artisans travaillant le bois, le verre… et la céramique. L’épaulant dans le travail de sélection des artisans, d’installation, puis de tenue de la boutique, elle s’est tout naturellement dirigée vers le métier de céramiste. En lien avec la matière, et au contact direct de la clientèle.

Sortie d’un bac en Arts appliqués, elle enchaîne sur une Licence en illustration en Belgique. C’est pourtant l’univers de la céramique qui l’appelle : des stages chez des potiers à tour de bras et un CAP à se faire les bras sur un tour de potier plus tard, la voilà céramiste.

Son atelier-boutique

A peine diplômée, coup de pot : l’occasion de reprendre cet atelier-boutique d’un potier avec qui elle avait travaillé, quai Charles-Altorffer. En un tour de main, la transmission se fait, et en janvier 2017, elle s’installe à son tour et elle se lance dans ses propres créations.

Les pieds dans le plat

Ayant vu l’émergence d’un nouveau style en céramique – notamment avec le travail de Charlotte Heurtier, une Strasbourgeoise que ses parents exposaient déjà –, elle n’a d’ailleurs eu que peu d’appréhension à l’idée de s’installer, elle aussi, et de démarrer sa production, voyant qu’une place était à prendre.

Reprendre les clefs d’un ancien atelier de potier florissant avec pignon sur rue fut rassurant car cela semblait être viable de s’installer ici. Ne se sentant pourtant pas légitime au début, elle a persévéré, et petit à petit, grâce aux retours des gens, de la clientèle, elle s’est adaptée à la demande, a creusé. La partie commande, où elle crée aux côtés du client une future vaisselle est d’ailleurs très grisant pour elle.

D’ailleurs, son attrait pour ce métier réside aussi dans l’indépendance qu’a l’artisan, à ses yeux, dans sa démarche : « tu gères tout du début à la fin ». Elle est « sa propre patronne » : elle décide de ses créations, de son rythme de production, et des projets sur lesquels elle souhaite ou non travailler. Il y a quelques temps, c’était d’ailleurs l’équipe de Pokaa qui poussait les portes de son atelier pour lui proposer de réaliser des tasses à l’effigie de son logo. Le petit perroquet trône désormais sur la table de quelques membres de la team, et si tu es attentif, tu les as peut-être déjà croisé au détour d’une story Insta.

La tasse de Lisa Débat qui fait l’unanimité chez Pokaa

La main à la pâte

Mais avant tout cela, comment trouve-t-on son style, sa patte ? Eh bien, en mettant la main à la pâte : elle m’explique que le fait de venir tous les jours à son atelier-boutique, l’a obligée dès le début à travailler sans relâche ses créations. Faire des recherches de formes, d’essais. Si c’est « en forgeant qu’on devient forgeron », c’est en cherchant son style, qu’on le trouve.

Après avoir commencé par de la porcelaine avec des décors, des dessins, elle se met à bosser autour de l’émail – les couleurs sur les pièces, le vernis – et m’explique que « c’est infini : tu peux avoir tout type d’effets, de couleurs, en fonction de la cuisson, de ce que tu mets dedans… ». Puis, elle trouve sa déclinaison actuelle : la gamme du vert, du rose et du bleu, et celle avec le liseré.

Elle qui avait choisi la porcelaine pour son aspect graphique – son blanc faisant ressortir les couleurs –, favorise désormais le grès blanc, et le grès pyrité, qui résulte d’un ajout de particules de fer qui donne un aspect tacheté à la pierre. Ce sont d’ailleurs, au final, les aspérités offertes par le second qui l’intéressent désormais. Alchimiste, elle s’amuse avec les mélanges. De terre, d’émaux.

Des bols en cours de séchage

Pédagogue, elle me détaille les particularités de chacune des techniques, des pierres. M’explique le recyclage de la matière non utilisée. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » disait Lavoisier. En poterie, Lisa m’apprend que « tout ce qui n’est pas cuit, peut être utilisé à l’infini ». En simplifié : les chutes sont récupérées, mises dans des bacs d’eau pour liquéfier la terre à nouveau, terre qu’elle mettra ensuite sur un plâtre, afin qu’il absorbe l’humidité. Et petit à petit, elle retravaille cette matière jusqu’à obtenir une consistance qu’elle peut reprendre pour de nouvelles créations. Une technique longue et laborieuse. L’artisanat, c’est une multitude de savoirs-faire passionnants, souvent ignorés, à transmettre.

La communauté des aficionados

Bonne nouvelle : la céramique témoigne depuis peu d’un réel engouement de la part du public, qui s’intéresse non seulement aux créations des artisans, mais également à leurs techniques. Lisa ouvre d’ailleurs son atelier aux débutants pour des cours afin de « faire passer un bon moment aux gens et leur donner un aperçu de ce qu’est, tourner ».

La céramique attire donc à nouveau. « C’est redevenu à la mode… Les cours sont complets rapidement, et sur Instagram, c’est la folie de la communauté potière ». Pour le second phénomène, elle m’explique que les artisans, souvent solitaires derrière leur tour, ne se rencontraient jusqu’alors que lors des marchés. Grâce à Instagram, ils ont trouvé une nouvelle manière de croiser leurs regards sur la profession, découvrir le travail des uns et des autres, et exposer leur propres créations, et ainsi voir l’évolution du travail de potier.

Surtout que « la poterie se mourrait dans des styles plus anciens, plus traditionnels qui ne plaisaient pas forcément à notre génération, et là, il y a un renouveau de dingue à Strasbourg. Y en a PLEIN ». Enthousiaste que « ça reprenne vie », elle cite la présence de céramistes/potiers au Générateur, au Marché OFF et dans la Team Etsy, et note que « chacun a sa place ».

De quoi encourager la création locale, et d’autres jeunes à se lancer dans l’artisanat. …A votre tour, donc !


Pour en découvrir plus sur Lisa Débat :
(son travail et les cours de poteries)
Son site
Instagram
Facebook

Son atelier-boutique
5, Quai Charles Altorffer, 67000 Strasbourg


>>Fanny Soriano<<

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