Nous les avions déjà rencontrés en juillet au Festival Décibulles alors que leur tournée d’été touchait à sa fin. Cette semaine, c’est à la Laiterie que le rendez-vous a été donné pour démarrer la tournée d’automne du « Bon Entendeur Show ». Les garçons semblent un peu nerveux avant cette première ; c’est uniquement car ils ont le souci du détail, la volonté de bien faire. Ils créent leurs mixtapes, y intègrent des extraits d’interviews, et proposent une scénographie et des visuels travaillés, de manière aussi précautionneuse que l’on manipulerait un trésor retrouvé. Ils sont un peu comme des archéologues, fouillent le passé à la recherche de pépites oubliées, les restaurent, les dépoussièrent, puis les remettent au goût du jour.

Comment est né Bon Entendeur ? Et pourquoi Bon Entendeur ?

Coco : En 2012, Arnaud à trouvé le nom « Bon Entendeur », ça vient de l’expression « A Bon Entendeur ». On se dit souvent qu’on devrait trouver un truc plus original à raconter mais il n’y en a pas. Il a commencé à faire des playlists de sons qu’il aimait bien sur une chaîne Youtube, très vite rejoint par Pierre. Mais ils se sont fait striké leurs chaînes, du coup ils se sont mis ensemble. Arnaud a acheté un nom de domaine, puis ils ont mis des playlists sur le site. En septembre 2013, première mixtape, qui mettait DSK, j’allais dire à l’honneur mais pas vraiment, c’était un peu ironique au départ. Et après ça je les ai rejoint. Depuis 2013, il y a eu une cinquantaine de mixtapes. C’est grâce à ça qu’on a réussi à fédérer une communauté. C’est un peu notre marque de fabrique aujourd’hui.

Justement, il y a cette particularité chez Bon Entendeur, d’intégrer des extraits d’interviews. C’est venu comment cette idée?

Arnaud : C’est venu à un festival de Calvi, où on a entendu un Dj passer un discours, et je trouvais l’idée vraiment cool. On a passé un discours de DSK comme une blague et on en a fait une mixtape. Les gens qui nous suivaient pour les playlists qu’on faisait ont tout de suite accrochés. Donc on s’est dit qu’on avait plein d’idées d’autres discours à mettre en musique, de personnalités françaises, charismatiques, avec une voix qui peut être intéressante. On a fait Depardieu ensuite puis petit à petit on a continué comme ça.

Coco : Au départ, il n’y avait que des voix en intro, puis on s’est dit que ce serait marrant d’en mettre aussi à la fin. Et ensuite au milieu. Petit à petit on a tiré le fil comme ça, et maintenant il y en a un peu tout le long, pour faciliter les transitions…

Au début vous utilisiez des interviews d’archives et maintenant vous en faites vous même c’est ça ?

Coco : Tout à fait, on a commencé avec PPDA en 2015, « l’Optimisme » où il a accepté de nous rencontrer. C’était très bref et on était pas familiers avec l’exercice, on a fait ça en 15 minutes chrono à Radio Classique à l’époque. Et une fois que PPDA a accepté de jouer le jeu, c’était plus facile pour nous de proposer aux autres personnes car on avait un exemple qui faisait un peu foi, qui montrait ce qu’on voulait faire. Depuis il y en a de plus en plus qui joue le jeu et c’est tant mieux. On a eu la chance de rencontrer Oxmo Puccino, Richard Bohringer, Pierre Niney, Beigbeder, Nathalie Baye… Et il y en a d’autres à venir, donc on est supers contents d’avoir pu transformer le modèle de « on va récupérer les audios » à des interviews exclusives.

Vous allez contacter les personnalités pour leur demander du coup ?

Pierre : On les contacte. Il n’y a pas de formule, parfois c’est les réseaux sociaux, parfois grâce à des connaissances communes et soit ils nous donnent rendez-vous dans un lieu et on arrive avec notre petite équipe de techniciens, ingé sons, photographes etc. Soit on loue un studio dan le 20 ème pour avoir une prise de son parfaite.

Le concept que vous proposez est bien accueilli ?

Coco: Ce qu’il apprécient je crois, quand ils regardent le travail qu’on a déjà fait, c’est qu’on met à l’honneur la personnalité. A aucun moment on a un rôle de journaliste classique qui va parfois poser des questions un peu pièges ou difficiles. L’idée c’est de mettre la personnalité en avant, donc c’est un exercice qui flatte un peu l’ego, je pense. Ce n’est pas désagréable, puis on les prévient aussi que ce ne sont pas vraiment des questions, c’est plus une sorte de discussion-fleuve. Et nous on vient piocher dedans. L’exercice est plutôt bien reçu.

J’ai lu quelque part que Jean Reno avait découvert une de vos mixtapes contenant sa voix, lors d’une soirée, et qu’il avait adoré.

Pierre : Qu’il a dansé dessus c’est vrai apparemment, alors peut-être pas toute la soirée (rires).

Coco : C’était un dîner de famille avec sa compagne et son beau-frère. Ce dernier, qui est beaucoup plus jeune que lui, nous écoutait, et a mis la mixtape « dédiée » à Jean Reno lors de ce dîner. On raconte cette anecdote souvent pour illustrer le fait que c’était difficile à l’époque de convaincre les agents des personnalités, qu’on cherchait à contacter, de la viabilité de ce qu’on pouvait leur proposer. Typiquement dans le cas de Jean Reno, on avait reçu un non de la part de la personne qui le représentait. Et du coup on cite cet exemple là pour montrer qu’en fait Jean Reno avait apprécié la mixtape alors qu’il n’en avait jamais entendu parler. Il nous a demandé ensuite de lui envoyer le vinyle, puis il nous avait envoyé une photo de lui le tenant. Donc on l’a posté sur Instagram et on était super contents de recevoir ça, super touchés.

Il y a une personnalité en particulier que vous aimeriez vraiment intégrer dans une mixtape ?

Pierre : Il y en a tellement. Ça dépend de l’actualité, de l’humeur, de la saisonnalité. Pendant longtemps on a voulu Jean Dujardin, c’est vrai qu’on adorerait le faire, ça fait tellement longtemps qu’on jette cette bouteille à la mer. J’aimerais bien moi depuis récemment faire Quentin Dupieux, car je pense qu’il aurait des choses intéressantes à raconter. Et du coup à transmettre dans une mixtape.

Arnaud : J’aimerais bien faire Fabrice Lucchini, pour sa manière de parler, sa diction, ses idées. Je l’adore. Ça pourrait être hyper intéressant en musique.

Coco : Comme l’a dit Pierre, il faudrait que je réactualise un petit peu. Je ne compte plus les bouteilles jetées à la mer en ce qui concerne Marion Cotillard. Mais c’est une personnalité que j’aurais beaucoup aimé croiser en interview. Sinon Leïla Bekhti que j’aime beaucoup aussi.

Crédit photo : David Levêque

Vous venez de sortir un nouvel album intitulé « Aller-Retour », pourquoi ce nom ?

Coco : On s’est cassé la tête un peu là-dessus. C’est difficile à trouver un nom d’album, c’était la première fois qu’on s’y essayait. On s’est arrêté sur le mot aller-retour parce qu’on trouvait que ça voulait dire pas mal de choses. Déjà dans les époques. On va chercher des sons dans les années 60-70 et on les re-proposent de nos jours en 2019 dans une version un peu plus actuelle. Aller-Retour entre les styles et les sonorités aussi. Et puis Aller-Retour dans les univers des personnalités qu’on a pu rencontrer, parce qu’il y a un journaliste en la personne de PPDA, un acteur avec Pierre Niney, et quelqu’un du monde de la littérature. Enfin, Aller-retour, pour le clin d’œil à la nationale 7 qu’on peut voir sur la jaquette avec les vacanciers qui se croisent entre la période de juillet et août. Voilà ça résume bien tous les univers qui se croisent.

Vous avez réussi à vous entendre tous les trois sur ce titre là ?

Arnaud : Oui c’était assez compliqué, on avait plein d’idées. On a mis presque un an à trouver le nom, on a pris autant de temps à faire l’album qu’à trouver le titre.

Il s’est construit comment cet album, il y a eu des difficultés ?

Arnaud : Ça a été long mais surtout c’est un format assez hybride parce que d’un côté on a des mixtapes et de l’autre on fait des remix de vieilles musiques. On avait pas envie de laisser de côté un des aspects de ce projet pour faire un album qui ne ressemble qu’à une partie. Ça ne nous convenait pas spécialement. L’idée c’était d’arriver à jongler entre ces deux aspects, et de faire un album qui contiendrait et des productions originales avec des voix de personnalités et des remixs de musiques. Déjà de réfléchir à la forme que prendrait l’album et de se mettre d’accord sur ce format. Après une fois que les bases étaient posées ça a été long mais pas spécialement compliqué. C’est un cheminement qui est surtout long parce qu’il faut se mettre d’accord sur les morceaux qu’on va reprendre. Il y a beaucoup d’étapes, ça nous a pris presque un an de faire cet album, à partir du moment où on a signé et publié. Ça s’est bien passé, on s’est bien entendu et on est contents du résultat. C’est quelque chose qu’on assume, et c’est fidèle à ce qu’on voulait.

Vous avez un attachement particulier aux musiques des années 60-70, ça représente quoi pour vous ces musiques-là ?

Pierre : Il n’y a pas que la musique, même l’époque. Tout ce qui englobe les années 70.

Oui on le voit dans vos visuels par exemple.

Pierre : C’est ça, il y a plein de choses dans les années 70 qui nous plaisent.

Arnaud : Musicalement c’est très riche, il y a énormément de choses à faire, de courants de musique différents. Ça nous inspire énormément.

Coco : Et puis il n’y avait pas encore d’électronique, donc on a quelque chose à ajouter. Quand on prend des musiques des années 80 il y a déjà des sonorités électroniques dedans, encore plus dans les années 90 et après je n’en parle même pas. Donc là, on trouve plus facilement de l’intérêt à chercher ses morceaux là pour proposer quelque chose en plus dessus.

Vous attachez également beaucoup d’importance au visuel, aux clips.

Arnaud : Oui toute l’esthétique, et la scénographie aussi. D’autant plus quand on a des phrases, du parler, ça nous évoque plein d’images. C’était important pour nous de le mettre en image, que ce ne soit pas que du son sur scène. Mais bon tu verras! Tu as déjà vu le show ?

Oui une fois.

Arnaud : Là du coup c’est la V2, on a passé toute la semaine en résidence à Nancy, c’était génial. Pour retravailler, faire une seconde version qu’on fera à l’Olympia et un peu partout, Toulouse, Bordeaux, Lyon. Tournée des Smac : scènes de musiques actuelles. Et c’est la première fois ce soir, qu’on présente cette nouvelle version de notre Bon Entendeur Show, donc on est très contents. On est stressés aussi un peu, car il y a des bugs encore.

Coco : En fait quand on s’est vu avec toi la dernière fois, c’était quasiment la fin de la tournée d’été, et on se voit là pour le début de la tournée d’automne.

Arnaud : Et maintenant on a le contraste entre un « Bon Entendeur Show » d’été d’une heure, où on était rodés, on était tranquilles. Là on vient de redistribuer toutes les cartes.

C’est la première fois finalement que vous allez faire un show aussi long.

Bon Entendeur : Hum … oui (rires). Ne soulève pas ça (rires), c’est hyper stressant. C’est un sujet un peu sensible.

Crédit photo : David Levêque

C’est la première fois que vous venez ici ?

Arnaud: C’est la première fois qu’on joue à la Laiterie, mais on a déjà joué à l’Ososphère. C’était dans une salle comme un hangar.

C’était sûrement à la Coop alors. Si vous pouviez collaborer avec un des artistes présents sur l’Ososphère ce week-end vous choisiriez qui ?

Bon Entendeur : Yuksek, je pense que c’est celui du line-up avec qui on a le plus d’affinités. Et on le croise souvent. C’est un gars cool.

Un petit rituel avant d’entrer sur scène ?

Arnaud: On boit beaucoup. (rires). Non, on se fait un petit verre de cognac après manger.

Pierre: Si on dîne bien. Pas si on mange une salade ou un pain bagnat dans le TGV.

Arnaud: Sinon on a une scéno qui nous cache bien derrière et du coup quand on arrive sur scène, on a comme petit rituel d’être en stress tous les trois. (rires)

Coco : On ne raconte rien de très drôle, tu dois nous trouver moins enjoués que la dernière fois.

Non pas spécialement, aux Décibulles vous me parliez de bagarres… (rires).

Arnaud : Mais c’était une blague d’ailleurs. Je ne sais pas si on te l’avais dit.

Coco: Bah non on ne lui avait pas dit, moi j’étais gêné.

Ah bon c’était une blague ? Parce que ça a totalement été retranscrit dans mon article (rires).

Arnaud: Bah oui c’est ce qu’on voulait.

Coco : C’est juste qu’avant qu’on te rencontre, typiquement Arnaud, sur les questions où il aimerait avoir quelque chose de plus intéressant à raconter, bah la blague c’est d’inventer quelque chose. Et juste avant que t’arrive on parlait de ça. T’as posé la question d’une anecdote particulière de tournée, et là c’est tombé sur moi, et ils ont commencé à raconter que je suis un mec violent, alors que je suis le type le plus pacifiste du monde. En réalité, il n’y a jamais eu de bagarre, on est très gentils.

C’est plutôt Arnaud qui passait pour un fouteur de merde. Mais l’anecdote comme quoi vous chantez joyeux anniversaire sur scène alors que ce n’est pas du tout votre anniversaire, c’est vrai ?

Coco : Ah oui ça c’est vrai ! Tu peux le voir dans l’aftermovie des festivals.

Et vous le faites ce soir ?

Pierre : Non c’est vraiment quand on est hyper sereins (rires). Là on va faire un truc millimétré.

Vous venez de sortir votre nouvelle webradio, un petit mot dessus?

Arnaud : On a sorti une webradio il y a un peu plus d’une semaine. Pour le lancement on a demandé à 7 artistes qu’on adore de nous faire des mixtapes exclusives. Il y avait Yuksek, Cody Currie, LeBRON, Pabel, The Reflex, Hotmood et les Yeux Orange. Ils ont tous fait une mixtape d’une heure, et on a fait une émission de 8 heures de direct, où à chaque fois on présentait les artistes et les mixtapes qu’ils ont faites. Ça c’est super bien passé. Puis on voit dans les stats qu’on a des gens de toute la planète qui nous écoutent, qui sont dans le flux, on trouve ça génial.

Coco : Chaque jour, il y en a plus que la veille.

Arnaud : On se régale de diffuser les musiques qu’on ne découvre pas qu’à travers des mixtapes mais aussi au jour le jour, via ce nouveau format d’expression. On est ultra contents et je pense qu’on va multiplier les propositions à des artistes qu’on aime.

Coco : Puis c’est grisant de se dire qu’on a un truc en live, parce qu’au final les mixtapes à chaque fois c’est du temps de préparation. Et quand on la publie on se dit : « ah enfin ! » L’album je n’en parle même pas, ça a été un processus beaucoup plus long, donc là il y a un côté grisant à se retrouver avec la possibilité de faire des choses en live.

Crédit photo : David Levêque

On peut vous souhaiter quoi pour ce soir ?

Arnaud : Pas de bug! Si vous n’entendez rien d’anormal, c’est que c’est un miracle. Non pas un miracle, mais que dans les prochaines heures on a fait le taff.

Coco : Puis tu peux nous souhaiter que la tournée se passe bien. On a déjà plusieurs dates qui sont complètes, Le Transbordeur à Lyon, Le Rocher de Palmer à Bordeaux, Le Bikini à Toulouse… Londres aussi. Que toutes les dates de la tournée soient complètes ce serait l’idéal, et que les gens soient ravis à chaque fois.

Pierre : C’est ça le plus important, que ce soit rempli oui, mais surtout que les gens en ressortent contents.


>> Propos recueillis par Emma Schneider <<

Merci à Bon Entendeur et à toute l’équipe, à la Laiterie et à David Levêque à la photo et à la vidéo.

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