C’est un anniversaire qu’elle a fêté au cours de cet été : la pin-up strasbourgeoise Coco das Vegas comptabilise dix ans de carrière dans le burlesque. Corset bien lacé, talons haut perchés et eye-liner prononcé, vous avez sûrement déjà assisté à l’un de ses shows bien rodés. On l’a rencontré pour faire le bilan calmement, en s’remémorant des instants et pour en apprendre un peu plus sur les coulisses du milieu.

Coach sportif de formation et esthéticienne spécialisée en maquillage, Coco das Vegas découvre la danse burlesque grâce à Luna Moka, qui, à l’époque, commence à mettre en place ses cours à Strasbourg. Avec un père musicien et des années de pratique de danse et de gym, son sens du rythme et son maintien lui offrent des facilités pour l’apprentissage des chorégraphies. La danseuse commence alors à se produire sur scène et notamment sur celle de la Salamandre. C’est sur ces planches qu’elle rencontre Franck Meunier, qui va lui faire une proposition généreuse : devenir programmatrice de la Salamandre et organiser un show burlesque par mois. C’est à partir de ce moment-là que Coco das Vegas va se lancer corps et âme dans le métier.

Crédit : Caroline Alonso.

Son parcours en quelques dates :

2009 : elle est programmatrice du club la Salamandre à Strasbourg.
2011 : elle monte la troupe des Pin-up d’Alsace avec Luna Moka et en devient la meneuse de revue.
2012 : la Foire aux vins de Colmar ouvre ses portes aux Pin-up d’Alsace et elles ne la quitteront plus. Année après année, les performeuses font salle comble.
2013 : les Pin-up d’Alsace adoptent officiellement ce nom après la publication de leur premier calendrier.
2014 : Coco monte le Elsass Rock & Jive festival. Un festival qui mélange le burlesque et le rockabilly, comme il en existe que très peu en France. L’événement accueille près de 800 participants. 
2018 : la 5ème édition du festival Elsass Rock & Jive festival à Schilik comptabilise près de 20 000 participants, l’ampleur est spectaculaire.

« Le burlesque, c’est l’art de se dévêtir avec glamour et humour »

La troupe des Pin-up d’Alsace dont fait partie Coco das Vegas, est un groupe de cabaret et d’effeuillage qui propose des shows « clef en main ». En tant que meneuse de revue, elle assure la présentation et danse aux côtés de ses fidèles acolytes Luna Moka, Lemm Rollicking et Ruby Schatzi.

La troupe propose aussi des shows sans effeuillage, des jeux autour des années 50’ (comme Burlesque Pursuit ou Bingo burlesque), l’animation de soirées d’entreprises, l’accueil lors d’événements et font des tournées dans toute la France. Lorsqu’on demande à Coco d’expliquer ce qu’est le burlesque elle répond : « L’art de se dévêtir avec glamour et humour. Je pense que pour être une bonne danseuse, il ne faut pas se prendre au sérieux et avoir envie de partager avec le public, personne ne veut voir une diva. » Si elle est plutôt glamour dans ses shows, au micro, la pin-up joue largement sur l’auto dérision. Le style das Vegas, c’est une manière d’interpeller le public et ainsi créer une proximité, pour rire ensemble et sans jamais se prendre au sérieux.

Crédit : Michael Klug
Crédit Photo : Michael Klug

Le monde du burlesque : France vs US

Pour ses dix ans de carrière, Coco das Vegas a eu l’occasion de se produire à Chicago et pour la première fois à New-York. Et devinez quoi ? Les paillettes ne sont pas forcément plus étincelantes ailleurs. Elle explique : « Ils font ça depuis la nuit des temps, et pourtant, c’est tellement mal organisé ! En tant que performeuse, là-bas, tu endosses plusieurs rôles et tu dois t’occuper de tout : tu ramasses tes fringues, tu ouvres le rideau, tu gères tout le show quoi. »

Selon elle, le burlesque en France et aux États-Unis n’a rien à voir : « Chez eux, la source du burlesque, c’est vraiment le strip-tease et ça se voit. Alors qu’en France, on retrouve plutôt l’esprit cabaret. Le public vient assister à un spectacle, dans chaque numéro, on raconte une histoire alors que les danseuses US, n’ont pour la plupart même pas de décor. » Le public lui aussi agit par conséquent, différemment. Les Français sont attentifs, mais les Américains verront plutôt le show comme un divertissement devant lequel ils peuvent parler, manger ou boire.   

De précieux souvenirs

Quand on demande à Coco d’évoquer l’un de ses meilleurs souvenirs, elle répond Vegas. Sans surprise me direz-vous. Dans le cadre du festival Viva Las Vegas, l’artiste danse alors sur la même scène où s’est produit l’une des plus grandes stars du burlesque, la célèbre Dita von Teese.

Si son métier lui a permis de parcourir le monde, c’est dans sa région natale que la Pin-up a choisi de se mettre au défi en jouant la comédie dans le film d’horreur alsacien. E Elsassisches axt -massaker réalisé par Hervé Freyburger, est un court-métrage dans lequel elle joue le rôle d’une revenante qui hante la forêt des Vosges, une hache à la main. Une expérience dont elle garde un souvenir tout ensanglanté.

Évidemment, impossible pour elle de ne pas toucher un mot sur la Foire aux vins de Colmar et particulièrement l’été 2019. « C’était complètement fou cette année ! On a des shows qui sont rodés avec des écrans derrière nous. T’as l’impression d’être une star avec ton propre film.»

…et des moins bons

Même après toutes ces années, la performeuse confesse qu’elle n’est pas débarrassée du trac. Qu’il s’agisse d’un show sur lequel elle est parfaitement rodée ou non : « Ça sort de nulle part et ça peut te prendre n’importe quand. Tu ne sais pas pourquoi, mais tu commences à paniquer. » Elle ajoute : « Il m’est aussi arrivé d’apprendre un décès 5 min avant de passer sur scène. Et là, il faut réussir à faire ton travail de la même manière. » The show must go comme l’a chanté Freddy.

Mais le pire selon elle, c’est les galères de costumes auxquelles toutes les danseuses burlesques doivent faire face « Je ne compte plus les moments où mon costume s’est accroché aux collants ou au soutien-gorge, ou quand une partie ne s’enlève pas correctement. Dans ces moments-là, tu es vraiment prisonnière de ton costume. »

Le burlesque, un art féministe

L’objectif du burlesque, c’est de magnifier le corps. Et à la différence du strip-tease où les femmes doivent avoir un corps de mannequin, les Pin-up ont des corps très différents et aucun critère physique n’est exigé : « Ok t’as peut-être de la cellulite, des formes là où tu ne le voudrais pas, des vergetures, mais les gens s’en fichent. Tout le monde est pareil, on a tous un truc sur lequel on complexe, personne n’est parfait. »

Crédit : Michael Klug
Crédit Photo : Michael Klug

Pour Coco, à la base, c’est un art fait par les femmes et pour les femmes. Et maîtriser son corps, c’est une forme de féminisme. Sur scène, c’est la performeuse qui a le pouvoir : « C’est toi qui décides de ce que tu montres ou non. » Quant à ceux qui estiment que cela réduit la femme au statut d’objet, « c’est un peu capillotracté ! Pourquoi ne pas laisser la place à chacun de s’exprimer comme il le souhaite ? On le fait avec respect de nous-même. »

Briser le quatrième mur

Lorsqu’on s’adonne à l’effeuillage, l’attitude du public est fondamentale. Au cours de leurs nombreux shows, Coco et ses Pin-up ont dû former leur public à cette discipline et cet univers particulier : « Le public, il a fallu l’éduquer. On leur a appris à comment se comporter et interagir avec nous. » Au cours d’un show d’effeuillage, il y a un certain comportement à adopter et certaines règles à respecter.

En France, quand on assiste à un spectacle, il est plutôt d’usage de se faire tout petit pour admirer le show. L’artiste réalise son numéro sans s’adresser au public et celui-ci reste tamisé dans le noir sans faire un bruit jusqu’au applaudissements de fin. Dans l’univers du théâtre, c’est par le fameux quatrième mur qu’on défini cette séparation entre la scène et les spectateurs. Et le burlesque compte bien le briser !   

Coco das Vegas reconnaît qu’un peu de temps a été nécessaire, pour changer les habitudes et faire comprendre au public, que sa présence est très importante pour elle et ses acolytes. « C’est vrai que l’on retrouve ça dans aucun autre spectacle. Dans le burlesque, les gens savent qu’ils viennent pour rigoler, le show n’est pas seulement sur scène, mais se passe à 50% dans la salle ». Il est d’usage, par exemple, de crier lorsqu’une danseuse est sur le point d’enlever un vêtement. Si elle estime qu’il n’y a pas assez de réactions, elle peut décider de s’arrêter là et de garder son costume.   

Crédit : Steeve Josch
Crédit Photo : Steeve Josch

Néanmoins, face à des femmes qui ont le cran de se dénuder, certaines règles sont aussi à respecter. Coco précise « Au début du spectacle, on explique ce qu’on n’a pas le droit de faire ou de dire comme « à poil ! », mais toujours sur un ton humoristique. Et maintenant que le public est habitué, si un petit malin ose le crier, c’est par ses voisins de sièges qu’il se fait rosser ! »

Elle avoue même qu’il lui arrive de juger le public : « Souvent, je les note ! Je leur dis que je leur donne un sept sur dix par exemple et j’ajuste selon ce qu’ils méritent. Des fois, on fait des soirées d’entreprises, et il y a un silence de mort parce que les gens n’osent pas réagir à côté de leur parton. C’est l’horreur. » Cependant, elle concède : « C’est vrai qu’on a la chance de se faire applaudir à la fin de notre travail et ça, ce n’est pas le cas de tout le monde ! »

Où sera Coco das Vegas dans 10 ans ?

Sur les planches assurément, tant que sa condition physique le lui permet. Et oui, le burlesque, c’est du sport. Et certainement cumulant plusieurs autres casquettes, toujours en lien avec son univers : « Je pense que je vais essayer de continuer mon festival si j’y arrive. Et puis, je me vois bien manager les Pin-up d’Alsace, les faire tourner, gérer toute l’intendance derrière, les contrats, la technique etc. Mais dans tous les cas, rester dans le milieu du spectacle, parce que c’est ce que je fais de mieux. »

Crédit : Amandine
Crédit Photo : Mesmerimah


Ses prochaines dates :

  • le 31 octobre : soirée Halloween dans un lieu secret avec des guests.
  • le 29 novembre : à Marlenheim pour un dîné spectacle au Palais de Saveurs.
  • le 14 février : au PréO pour un show spécial entre théâtre, musique et burlesque, avec un band de rockabilly et un comédien.



Coco das Vegas
Son site internet et sa page Facebook


Nippies et paillettes



Caroline Alonso.

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