« Tout le monde rêve de voler, c’est une sensation incroyable. Mais quand on va dans les airs, il ne faut jamais oublier que ce n’est pas notre place naturelle. On y entre en intrus et il faut toujours rester humble et vigilant quand on s’invite dans le ciel ».

C’est avec ces mots que Paul, pilote de ligne en attente d’un poste et instructeur à l’aéroclub de Strasbourg Air France, m’accueille pour ma toute première heure vol. Comment je me suis retrouvée là, dans un parking rempli d’avions à deux pas de l’aéroport d’Entzheim ? Et bien c’est parce qu’il n’y a pas si longtemps, j’ai dis à un ami en plaisantant qu’à défaut de devenir un jour astronaute, je pourrais peut être devenir pilote. Parce que, « après tout, Neil Armstrong était bien pilote avant de devenir astronaute non ? ». Et il m’a simplement répondu : « et pourquoi pas ? »

Carnet de vol / 3 juillet 2019 – 10h00 – Aéroclub Air France SXB

Deux jours plus tard (pas le temps de niaiser), je contactais l’aéroclub de Strasbourg pour faire de ma vie un remake de Top Gun. Ouvert en 2007 par un groupe de copains passionés d’aviation, le club propose des formations de pilotes aux amateurs (qui, comme moi, veulent simplement voler pour le plaisir) et aux professionnels (qui s’orientent vers des carrières dans le milieu). Si tu as déjà ton permis voiture, dis toi que le permis avion fonctionne plus ou moins de la même manière : il y a plusieurs types de diplômes (le brevet de base, le LAPL et le PPL) avec pour chacun un certain nombre d’heures de vol à cumuler, d’abord en duo, puis en solo. Pour obtenir le diplôme, il faut ensuite potasser un bouquin de 400 pages (tu te souviens des heures passées dans les salles d’auto-école devant les DVD du code de la route ? Tout pareil) et finalement, se présenter à l’examen pratique sous le nez d’un examinateur.

Remake de Top Gun

Une fois obtenu, le pilote peut voler librement, dans une limite de périmètre qui varie en fonction du diplôme. A l’aéroclub de Strasbourg, une petite dizaine d’instructeurs, tous pilotes de métier, se rendent disponibles pour accompagner une trentaine d’élèves, âgés en moyenne de 15 à 25 ans.

Quand je demande si il y a d’autres filles au club, Paul me répond que même si ils sont un peu au dessus de la moyenne nationale, le nombre de filles inscrites reste largement inférieur au nombre de garçons. Et pourtant, même si Roland Garros (car oui, avant d’être un tournoi de tennis, Roland Garros est surtout le premier aviateur à avoir traversé la méditerranée en avion, en 1913), Antoine de Saint-Exupéry, Jean Mermoz ou encore Buzz Aldrin sont des références masculines célèbres dans le monde de l’aviation, il ne faut pas oublier que des femmes incroyables pèsent aussi dans le plane game. Comme par exemple Amy Johnson (qui a effectué un vol solo entre le Royaume-Unis et l’Australie en 1930) et Geraldyn Cobb (qui a fait partie du programme des Mercury 13 à la NASA et qui détient un nombre impressionnant de records mondiaux en terme « de vitesse, de distance et d’altitude sur avion à hélice »).

Geraldyn Cobb

L’aéroclub de Strasbourg est donc ouvert à tout public, peu importe que tu sois une fille ou un garçon. Pas besoin non plus d’être un ingénieur aéronautique pour s’inscrire, tant que tu es motivé, patient et passionné. Trois critères sont par contre indispensables : avoir plus de 15 ans, avoir été jugé apte à piloter par un médecin agréé et… oui, on ne peut pas y échapper, avoir de l’argent de côté.

Car si en 1945, Neil Armstrong a pu se payer des cours de pilotage à 9 dollars de l’heure (true story), aujourd’hui, ce n’est plus tout à fait la même limonade. Du coup, avant de vendre mon rein pour pouvoir rejoindre la Fédération Française de l’Aéronautique, j’ai quand même demandé à faire un baptême de l’air, pour voir si le jeu en valait vraiment la chandelle. Spoiler alert : une fois qu’on est dans les airs, aux commandes de l’avion, on oublie très vite qu’on va devoir devoir manger des coquillettes au beurre pour le restant de ses jours.

S’envoyer en l’air

C’est Pascal, instructeur et stewart de métier, qui était aux commandes de notre baptême de l’air. Il a commencé par nous présenter notre bolide : un cessna 172, un avion monomoteur léger, l’un des plus produit au monde.

Ailerons, gouverne, palonnier, manche, anémomètre, compensateur : après un rapide tour d’horizon du champs lexical aéronautique, notre oiseau de métal a décollé pour atteindre rapidement les 2000 pieds d’altitude (l’équivalent de 609,6 mètres). Après 20 minutes de vol et d’explications diverses et variées, Pascal a soudain prononcé cette phrase, qui hante encore les pires cauchemars de mes copains, passagers à bord ce jour là : « Bon, tu as compris ? Tu prends le manche maintenant ? ».

Moi :

Mes passagers :

S’en est suivi les 20 minutes les plus dingues de ma vie. J’étais aux commandes d’une machine volante de plus de 1000 kilos (je vous épargne l’envolée lyrique à la gloire de la physique et du cerveau humain qui a réussi cette prouesse de lutter contre la gravitation) et je tournais dans le plus grand des calmes autour du Haut Koenigsbourg, ce château qui veille sur le Bas-Rhin depuis plus de 800 ans, fort de ses tuiles et des ses pierres, et qui étrangement, paraissait si petit vu d’ici.


Dans une scène du film « Le cercle des poètes disparus », le personnage interprété par Robin Williams monte sur son bureau pour observer ses élèves afin de « ne pas oublier qu’on doit s’obliger sans cesse à tout regarder sous un angle différent ». Pour prendre du recul, pour relativiser, pour avoir des réponses à ses questions. Parce qu’en les observant de loin, différemment, les choses prennent souvent une nouvelle dimension. Et dans un avion, c’est précisément ce qu’il se passe.

Depuis le ciel, on a redécouvert cette Alsace que l’on connaît pourtant si bien, ses champs, ses points d’eau, ses villages, ses usines, ses forêts. On a prit encore plus conscience, d’en haut, de l’ampleur des constructions du GCO qui gagnent du terrain au détriment des arbres. On a eu la France et l’Allemagne simultanément dans notre champs de vision alors qu’on survolait le Rhin et on s’est rappelé d’un passé douloureux et d’un présent en construction. On a aperçu de loin, notre belle Strasbourg et sa Cathédrale, qui semblait si paisible à cette distance, loin des problématiques du quotidien. On a pu observer avec bienveillance et tendresse ses petits bouts de terre sur lesquels on essaye, chaque jour, tant bien que mal d’être vivants.

Tous les astronautes vous le diront : plus on s’éloigne de la terre, plus l’humilité remplace l’aigreur dans le cœur des hommes. Et finalement, c’est peut-être pour ça que, depuis la nuit des temps, ils rêvent tous de voler. Un rêve qui a d’ailleurs brûlé les ailes de Icare dans la mythologie grecque. Qui a inspiré Léonard de Vinci pour ses machines volantes en 1500. Qui a soulevé de terre le premier avion motorisé et plus lourd que l’air des frères Wright en 1903 et qui, aujourd’hui encore, pousse Franky Zapata à vouloir, coûte que coûte, survoler la manche à bord de son flyboard. Des inventions toutes plus extraordinaires les unes que les autres, toutes basées sur cette simple question : « et pourquoi pas ? ». Alors… pourquoi pas.

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