Parce que Strasbourg regorge de sportives et de sportifs, parce que certains sports ne bénéficient pas d’une médiatisation suffisante et tout simplement parce que raconter des histoires sur le sport me passionne, Pokaa lance une nouvelle série de portraits sur les sportives et sportifs à Strasbourg. Aujourd’hui : Ismaël, combattant de taekwondo, champion de France et ambitieux.

Note de l’auteur : Si vous voulez en apprendre davantage sur Tassia, précédent portrait de la série, cliquez ici.

Le taekwondo, qu’est-ce que c’est ?

Si on sait assez souvent que le taekwondo est un sport de combat, c’est fort probable que vous n’ayez jamais vu un combat à la télévision, puisque le sport passe tous les quatre ans lors des jeux Olympiques – lorsqu’il n’est pas coupé par une quatrième place française au saut à la perche. Je vous laisse donc entre les mains d’Ismaël, qui vous explique comment cela fonctionne.

Note de l’auteur : Ne faîtes pas attention aux quelques bruits de tasse, j’avais besoin de mon café du matin.

Pour compléter ces explications, Ismaël revient sur la problématique des capteurs électroniques : « Ça vient des Jeux de Pékin en 2008, où il y a eu plusieurs problèmes d’arbitrage. Pour rester un sport olympique et pouvoir évoluer, on a dû aller vers ce système, qui a été utilisé aux Jeux pour la première fois à Londres en 2012. Ça a été un grand succès et depuis ça évolue toujours pour s’améliorer et ça devient de mieux en mieux. »

Le taekwondo, Ismaël est tombé dedans quand il était petit…

Le taekwondo et Ismaël entretiennent une relation spéciale, puisque c’est le premier sport qu’a pratiqué Ismaël, désormais licencié au club de l’Eurométropole de Strasbourg et à l’INSEP depuis six ans. C’est même quasiment une histoire de famille : « C’est mon père qui m’a inscrit, parce qu’il a pratiqué ce sport étant plus jeune ; du coup il m’a amené à la salle quand j’avais trois ans. »

Crédit @DALS

Pourtant, les débuts n’ont pas été faciles pour le jeune garçon : « J’ai fait ça pendant un an et quelque, mais j’ai pas accroché. J’étais petit, ça criait de partout. J’ai arrêté et fait du foot pendant un moment. » Comme dans les histoires d’amour faites pour durer, cette séparation n’a fait que renforcer les liens entre son sport et lui : « C’est vrai que ça m’a vite manqué et du coup je suis revenu au club et j’ai commencé à faire de petits résultats, des médailles aux Championnats de France et j’ai choisi le taekwondo. »

L’amour de son sport est d’ailleurs très exclusif : « En-dehors des entraînements, on n’a pas vraiment le temps. Quand j’ai l’occasion, de mon côté, ça m’arrive de faire des five, comme ça, en loisir. » Il faut dire que son sport lui rend bien : « J’ai été six fois champion de France et trois fois champion de France élite, troisième aux Championnats du Monde juniors, vice-champion d’Europe, j’ai fait pas mal de médailles internationales et j’ai remporté la Coupe du Monde francophone. Là cette année je suis dans une bonne saison, j’ai déjà gagné deux Open internationaux cette année et quelques médailles. » Tout ça seulement à 21 ans.

Un amoureux du combat et de la tactique

Ce n’est pas très étonnant qu’il soit si bon si jeune, parce que Ismaël est un vrai passionné de son sport, sous toutes ses coutures – de kimono : « Dans le taekwondo, ce qu’il me plaît c’est le combat, le fait de se mesurer en un contre un à quelqu’un d’autre. Il faut essayer constamment d’être le meilleur et ça me motive. Après je trouve que c’est un sport très beau qui demande beaucoup de technique et de qualités physiques très différentes. En plus de ça, y a un jeu d’échecs avec l’adversaire qui se met en place : essayer de le piéger, jouer avec lui. C’est l’ensemble qui me plaît. »

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Pour réussir dans le taekwondo, selon Ismaël, il faut d’abord avoir de bonnes qualités mentales : « D’abord, y a les qualités mentales : il ne faut pas avoir peur d’aller au combat, c’est vraiment la base. La combativité, l’intelligence, être capable de garder son calme même dans des situations difficiles, je pense que c’est la base. Après oui, c’est sûr il faut aussi des qualités physiques : il faut être souple, ça demande un bon cardio, être capable d’encaisser les coups, même si ça ne fait pas très mal. Mais je pense que ce sont en premier lieu les qualités mentales qui font les meilleurs combattants. »

La préparation aux compétitions : une affaire de poids

Mais comme dans tout sport pratiqué à haut-niveau, les qualités personnelles ne suffisent pas ; c’est là que la préparation rentre en jeu : « En temps normal, à l’INSEP, on s’entraine deux fois par jour. Un le matin, en général physique, et le soir on a l’entraînement taekwondo. Après, en fonction des compètes, l’intensité des entraînements va augmenter. » Si cette préparation physique reste générale, elle est tout de même centrée sur le taekwondo : « On fait beaucoup de course, de musculation mais c’est de la préparation physique. On fait parfois des crossfit, des séances d’assouplissements qui peuvent ressembler à du yoga. Mais cela reste beaucoup de spécifique, et surtout beaucoup de taekwondo. »

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La grosse différence dans cette préparation physique, c’est que le poids des combattants compte beaucoup – les différentes catégories sont séparées en fonction du poids, ndlr : « Lorsque la compétition approche, il faut être au poids demandé. Je suis en – de 80kg, alors qu’en temps normal je tourne entre 84 et 85. Donc il faut que je perde ces kilos-là. »Dès lors, il faut qu’il suive un régime rigoureux. Et ça ne doit pas juste être une affaire de deux semaines avant la compétition : « En temps normal, j’essaye d’avoir une alimentation assez équilibrée, pour pouvoir tenir le rythme des entraînements c’est important et obligé aussi. Je me permets un repas vraiment plaisir par semaine mais pas plus pour ne pas prendre de poids. »

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Les demandes sont aussi spécifiques qu’intenses : « En général, pour les compétitions c’est la dernière semaine ; les derniers jours je fais un cutting – une déshydratation, ndlr – je commence au fur et à mesure ce que je mange, jour après jour. Les derniers jours, je me mets KO à l’entraînement pour pouvoir beaucoup transpirer et perdre ça en eau. » Mais attention ! c’est tout une démarche stratégique : « L’objectif c’est vraiment d’arriver à 80 kilos au moment de la pesée, pas avant, ni après. Et pas descendre trop bas non plus. Après la pesée, je me réhydrate bien et je suis en forme pour la compétition. »

Le rythme n’est pas trop difficile à suivre ? « Il faut éviter de le faire trop tôt, parce que si l’on reste déshydraté trop longtemps ça va nous fatiguer, il faut vraiment attendre les 24 dernières heures et après au fur et à mesure on connaît son corps, je sais si je dois pousser un peu plus ou au contraire faire plus attention. Maintenant ça va, j’ai l’habitude. »

Qu’il est difficile, de vivre du taekwondo en France !

Pour l’instant, Ismaël ne vit pas de son sport et il y a une raison assez simple : « On n’est pas un sport professionnel, il n’y a pas de salaires, en France en tous les cas. Par contre, on peut avoir des contrats, des CIP – conventions d’insertion professionnelle, ndlr – avec des entreprises comme la SNCF qui nous permettent d’avoir un salaire et travailler, mais sans être à temps-plein. Moi je suis encore étudiant il est étudiant en STAPS et se dirige vers un Master en management/marketing, ndlrdonc je n’ai pas vraiment le temps de travailler à côté. »

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Heureusement, il peut compter sur des subventions et des aides : « La Ville de Strasbourg m’aide financièrement, la région Grand Est et ma ville de Schiltigheim, comme j’ai grandi là-bas, ils m’aident également annuellement. » Des partenaires qu’il n’oublie pas de remercier : « Merci à tous les partenaires qui me soutiennent : la Ville de Strasbourg, la région Grand Est, la ville de Schiltigheim, les partenaires privés comme Agisport, Cryo Strasbourg et mon club ESTKD. »

Niveau matériel, c’est l’équipe de France qui lui fournit tout : « Déplacements, stages, matériels, quasiment tout est pris en charge par l’équipe de France mon club de Strasbourg m’aide pas mal aussi. » Dès lors, l’argent qu’il reçoit sert à des fins plus personnelles : « Cet argent-là c’est vraiment pour les aller-retours que je fais pour voir ma famille à Strasbourg ou bien des dépenses en nutrition parce qu’il faut manger des trucs spécifiques, des protéines… »

Un amateur de cinéma et de mangas et de restaurants

Même s’il a une vie très centrée autour de son sport, quand il revient Ismaël profite bien de la vie strasbourgeoise : « J’aime bien le quartier de l’UGC, le cinéma tout ça. C’est vraiment devenu joli là-bas. Et j’ai aussi profité qu’il fasse beau ces derniers temps – l’interview a été réalisée la fin de la semaine de grand soleil fin février, ndlr – et voir la médiathèque et tout ça, c’est vraiment des trucs qui me plaisent. » Pourtant amateur de combat et de vivant au rythme effréné de son sport, il aime bien être plus contemplatif dans ses moments de repos : « J’aime bien me promener en ville, vers la cathédrale et pas loin de chez moi j’aime bien le spot près du Parlement européen. Quand je m’ennuie, je me promène un peu par là-bas. »

Rebondissant sur sa mention du cinéma, je lui demande son film préféré : « J’aime bien tous les Tarantino, s’il fallait en choisir un seul je dirais Django ou Inglorious Basterds. Même si c’est toujours dur de choisir un seul. » Quant au dernier film qu’il a vu, la réponse vous surprendra – ou pas : « Le dernier film que j’ai vu c’est Creed 2. Je sais, ça fait un peu cliché, sport de combats et tout (rires). En général, je regarde plein de trucs mais là c’est vrai que c’est le dernier que j’ai vu. Un peu dans le thème quoi (rires). »

Sa passion du cinéma s’accompagne de celle des mangas et – plus surprenant – celle de la nourriture : « Je suis un fan de mangas : regarder des mangas, lire des chapitres, c’est trop bien (rires). Discuter avec mes amis de certains mangas qu’on a lu c’est cool. Mais finalement, le loisir principal c’est quand même sortir manger : ça nous change du self de l’INSEP qui est toujours un peu la même chose, découvrir les coins parisiens ou strasbourgeois quand je suis ici. »

La qualification aux Jeux Olympiques : l’ultime combat

Il n’y a plus qu’à espérer que ces moments de repos lui seront bénéfiques, parce que s’il a les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 en vue, la sélection va être féroce, au niveau mondial comme au niveau français : « Y a deux systèmes de qualifications : on a un classement mondial, un peu comme au tennis, et les six premiers de ce classement se qualifient directement aux Jeux. La deuxième c’est chaque continent, après la fin du classement mondial, va organiser un tournoi de qualifs. En Europe, ce seront les deux premiers qui se qualifieront. »

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Ismaël privilégie déjà la deuxième option : « Pour moi ça risque d’être compliqué de me qualifier par le classement : mon objectif c’est donc vraiment ce tournoi et d’au moins être finaliste pour me qualifier aux Jeux. » Un système très élitiste, encore davantage compliqué par le nombre d’athlètes que peut envoyer l’équipe de France : « Y a quatre catégories olympiques, et la France ne peut envoyer que deux combattants et deux combattantes. Il faut donc être le meilleur garçon en France pour être sélectionné pour le tournoi. »

Un défi qui ne fait pourtant pas peur au jeune homme : « Dans ma catégorie je suis le numéro 1 français ; après je suis en concurrence avec trois autres garçons, dans des catégories différentes. Faut être le meilleur de sa catégorie, mais aussi le meilleur français en général. » Et il regarde le futur avec ambition et appétit : « Il y aura de nombreuses grosses échéances où on va pouvoir montrer ce dont on est capable. Et je vais montrer que je peux aller chercher cette qualif aux Jeux. » Il y croit fort et, je ne sais pourquoi, je le crois aussi.

Si vous souhaitez débuter le taekwondo ou vous faire une idée sur ce sport par vous-même, voici le lien du club d’Ismaël.

Crédit @DALS

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