Parce que Strasbourg regorge de sportives et de sportifs, parce que certains sports ne bénéficient pas d’une médiatisation suffisante et tout simplement parce que raconter des histoires sur le sport me passionne, Pokaa lance une nouvelle série de portraits sur les sportives et sportifs à Strasbourg. Aujourd’hui : Tassia, kayak-poloiste hyperactive, amatrice de cafés et amoureuse de son vélo.

Note de l’auteur : Si vous voulez voir le premier portrait réalisé pour cette série, cliquez ici.

Note de l’auteur 2 : Merci à l’Anticafé de m’avoir prêté ses locaux pour prendre la majeure partie des photos.

Le kayak-polo, qu’est-ce que c’est ?

Vous n’avez peut-être jamais entendu parler de kayak-polo. Ce n’est pas bien grave, c’est aussi le but de cet article. Comme l’explique Tassia : « C’est un peu comme le water-polo, mais avec des kayaks, avec des tactiques de jeux similaires au handball. »

Une fana des sports aquatiques…

Si désormais elle ne pourrait s’imaginer faire un autre sport, le début n’a pas été simple : « C’était horrible, parce que j’ai un caractère de merde et que du coup il fallait faire avec ce caractère. » Comme pour pratiquement tout dans la vie, Tassia ne s’embarrasse pas de formules inutiles. Alors qu’elle arrive sur son beau vélo rouge qu’elle a tout juste retapé, on se pose sur la péniche de l’Atlantico, côté eau. Pour cette fan des sports aquatiques, quoi de plus évident ?

« Je fais de la natation depuis que je suis toute petite mais j’ai toujours fait ça à côté de mes autres sports pour la simple et bonne raison que tous les sports étaient aquatiques : il y a eu du plongeon acrobatique que j’ai fait près d’un an en sport-étude, y a eu de la voile, de la plongée ; en fait j’ai testé plein de sports à côté de la natation et quand j’ai commencé le kayak je n’avais plus que çà à côté. »

Crédit @Tassia Konstantinidis

Si à la lecture de tous les sports qu’elle a faits vous avez déjà le tournis, accrochez-vous encore plus : Tassia n’a pas de temps à perdre et fait tout à fond. Même si elle est venue au kayak-polo sur le tard : « J’ai commencé tard pour une kayakiste, début lycée, vers 15/16 ans. J’étais en train de chercher un sport parce que j’en avais un peu marre de mes sports d’avant et je suis allée voir l’ASCPA qui est plus dirigé vers le kayak-polo et le slalom. Quand je suis arrivée il n’y avait pas beaucoup de filles au club et au fur et à mesure j’ai rencontré une nana qui a commencé en même temps que moi et grâce à elle on a pu former une équipe. »

… qui a dû apprendre à jouer en équipe

Pas facile néanmoins pour une individuelle de se fondre dans le moule des sports d’équipe : « Ça a été compliqué à combiner, mon caractère de merde et le fait de faire pour les autres. On est dans une équipe, ce qui veut aussi dire que, qu’il fallait vite faire avec le fait que l’on avait pas toutes les mêmes ambitions, les mêmes objectifs, les mêmes moyens de s’entraîner. Les trois premières années, les filles m’en ont voulu, je leur en ai voulu et finalement aujourd’hui je leur en suis assez reconnaissante de m’avoir supportée pendant tout ce temps » Pourtant, elle en tire une expérience positive : « J’ai jamais autant appris que pendant ces années-là. » Et désormais, c’est le grand amour entre Tassia et son sport : « Le kayak-polo m’a tellement appris sur tout, sur le sport, sur la manière de se comporter et d’évoluer en société. 

Une photo qui lui va bien

Cette première expérience de sport d’équipe ne fut pas de tout repos, mais elle a permis d’ouvrir de nombreuses portes pour Tassia : « On est un sport jeune, du coup on monte très vite les niveaux, on atteint assez rapidement le niveau national et, en s’entraînant, le niveau international. Ça permet de vite découvrir des gens et de faire des compets aux quatre coins de la France, mais aussi des championnats étrangers et des tournois en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne, au Portugal… » Et maintenant, c’est un des côtés préférés de son sport : « Ce qui fait que j’aime le kayak-polo, c’est que c’est un peu la combinaison de tout ce que j’aime dans le sport : c’est un sport de plein air, sur l’eau, un sport d’équipe. »

Une sportive de haut-niveau

La médiatisation du kayak-polo est encore très faible, malgré une participation du sport aux World Games – l’antichambre des Jeux Olympiques, ndlr – et cela se ressent dans les subventions : « C’est vrai que c’est plus compliqué pour mon club de kayak de trouver des subventions que pour un club de foot. Faut plus chercher. » Néanmoins, cela n’affecte pas les subventions reçues par Tassia, puisqu’elle, comme son équipe, est considérée comme une athlète de haut-niveau cette année.

Faut pas l’embêter… Crédit @Tassia Konstantinidis

Les subventions de la région Grand Est ont évidemment changé plein de choses pour Tassia : « Ça m’a permis d’avoir du matériel de qualité, ça paye les déplacements. Parce que j’ai aussi joué en Allemagne l’an dernier et eux ne payaient pas les déplacements ; du coup, grâce à ça, j’ai pu apprendre beaucoup du fait d’avoir réalisé une double saison et si je n’avais pas pu faire ça mon niveau ne serait pas celui que j’ai actuellement. » Au-delà du simple impact pécuniaire, le fait de sentir soutenue l’aide aussi : « Même au niveau psychologique, savoir que t’es soutenue et que ce que tu fais est reconnu d’une manière ou d’une autre, ça aide. »

« Pour les grosses échéances, il ne faut pas être prête au début et cramée à la fin » : l’importance de la préparation

Une sportive du niveau de Tassia se doit d’être irréprochable le jour des compétitions, et cela demande une préparation spécifique. Cette année c’est elle-même qui s’en occupe : « Je me suis davantage intéressée à mes plannifs, à ce que représentait un bloc de force, un bloc de force endurance, un bloc d’endurance… Je commence ma saison après la Coupe de France, début novembre ; je me donne une à deux semaines de récup, sachant que ma saison s’est finie assez tard. Après je recommence jusqu’au début de la saison qui est dans une semaine – au moment de l’interview Tassia n’avait pas encore commencé sa saison, elle a depuis réalisé sa rentrée à Madrid, ndlr. »

Le débit toujours aussi rapide, elle continue de m’expliquer son fonctionnement : « Pendant ma saison, ça va surtout être de l’entretien, puisqu’avec une compet quasi tous les weekends, t’as pas le temps de recommencer un bloc. Pour les grosses échéances, il ne faut pas être prête au début et cramée à la fin. Du coup cet hiver c’était course à pied, muscu, natation, de l’escalade, du vélo, beaucoup de bateau mais sans ballon. C’est à peu près tout comme prépa physique. » À peu près tout, mais oui, bien sûr… Quand nous marchons, Tassia courre.

Un degré d’organisation qui fait autant rêver que peur

Naïf comme je suis, et la connaissant un peu, je pensais que Tassia était organisée ; après tout, pour vivre la vie qu’elle a et se donner les moyens d’être la meilleure pour elle et son équipe, elle est obligée de s’organiser. Elle n’est pas du même avis : « Je suis pas du tout une personne organisée et je suis obligée d’avoir cinquante mille listes et plannings pour essayer de m’y tenir. J’ai toujours mon emploi du temps sur moi et je passe une heure chaque dimanche à faire mon planning. Mais je sais qu’il y a toujours des imprévus et du coup je m’adapte. Il faudrait être plus organisée encore (sic) mais en l’occurrence, j’essaye quoi. » Et elle y arrive plutôt bien, jugez par vous-même…

Crédit @Tassia Konstantinidis

Elle continue : « J’arrive pas à tenir mon emploi du temps ; structurellement, il est bien hein. Maintenant faut réussir à le tenir ; regarde ce matin je suis arrivée en retard, j’y pouvais rien mais en soi… » Une capacité d’adaptation qui est souvent mise à l’épreuve.

Sportive matin, midi et soir, designeuse le reste du temps

Mais malgré l’importance que le sport a dans sa vie, Tassia ne se définit pas à la seule pratique du kayak-polo. « Je viens de finir un bachelor en design industriel ; là je suis en année de césure parce que je savais pas trop ce que je voulais faire et j’avais envie de découvrir autre chose, j’avais pas forcément non plus envie de faire un parcours scolaire classique avec Licence, Master etc. » Cette envie de tester d’autres choses, de voyager est inspirant. Et elle ne semble pas vouloir s’arrêter là : « J’ai envie de bouger, et les études c’est le moment idéal pour ça. On apprend toujours plus quand on sort de sa zone de confort : j’ai demandé un Master au Brésil, un autre à Stockholm et un dernier à Milan. »

En attendant des réponses, Tassia vient de finir un stage à l’Anticafé, un café en coworking strasbourgeois : « Je travaillais à l’Anticafé et j’étais stagiaire com et en graphisme ; je m’occupais du coup de la communication, de la création de visuels, de flyers etc. J’ai adoré y passer mon stage parce que le cadre est vraiment super ; c’est un vrai bel endroit de travail. »

Un petit air de Pokaa

Maintenant qu’elle a fini son stage, elle va pouvoir se remettre à des projets plus personnels : « J’ai plein de projets persos que j’aimerais développer en design. » Et le sport ne se trouve jamais loin : « Avec des amis, on avait réfléchi à du design d’objets en rapport avec le monde du sport et notamment des petits accessoires de vélo en bois, parce que c’est pas très commun et on trouvait intéressant de lier les deux. J’ai repris les gros crayons et les marqueurs et j’ai aussi commencé à dessiner du textile, parce que j’ai envie de travailler dans des entreprises comme Décathlon, Quicksilver ou Salomon. »

« Putain j’ai tout sacrifié pour ça ! » : pas facile de concilier sport et vie sociale pour les sportifs de haut-niveau

Lorsque nous, êtres humains moyens, n’avons que 24h dans une journée, il semblerait que Tassia ait eu le droit à du rab à la cantine temporelle. À la question de si elle arrivait à concilier sport et vie sociale, Tassia n’a pas pu s’empêcher de rire : « Je me suis rendue compte que c’était important de ne pas arriver à des compétitions en s’étant privée toute l’année. Si ça marche pas, tu deviens aigrie : tu te dis « putain j’ai tout sacrifié pour ça ! », tu t’en mets à en vouloir aux autres parce que c’est trop facile de reprocher aux autres de ne pas avoir fait les mêmes choix que toi. Se priver c’est pas une bonne chose. »

Crédit @Tassia Kostantinidis

Ces questionnements ont tout de même tourné pendant un petit moment dans sa tête : « Je m’étais posée beaucoup de questions par rapport à ça, mais j’arrive de plus en plus à me dire qu’à des moments il faut que je coupe. Après j’ai une vie sociale qui me correspond quand même : je ne bois presque pas, je sors très très rarement jusqu’à tard, parce que sinon je sais que le lendemain l’entraînement va être compliqué. Moi ça me va, mais je sais que c’est pas forcément le genre de vie sociale que les gens de 21 ans ont. »

Rien ni personne ne lui fait de l’ombre… même pas le photographe pas très malin sur le coup.

En effet, pour voir Tassia, il vaut mieux se lever tôt – cette interview s’est réalisée à 8h du matin… un samedi… les gens comprendront ma douleur, ndlr : « Je vois souvent mes potes soit très tôt le matin soit tard le soir ; et d’autres potes je les vois par le sport. Ça reste quelque chose que je préfère que dire « viens, on va boire une bière ». Les gens ni lève tôt ni sportifs seraient donc condamnés ? Pas forcément, elle est quand même capable de faire des exceptions : « À la limite, si la personne n’est pas sportive, je lui dis « viens on se pose sur le canap » et on regarde un film avec un chocolat chaud. » Pas de sport, ni de café… un sacré sacrifice pour elle.

Une amatrice de cafés, de sa famille… et de Strasbourg

Si Tassia ne sort pas dans les bars, elle parcours tous les cafés de la ville à l’aide de son fidèle vélo rouge : « En vrai il y a beaucoup d’endroits où j’aime sortir à Strasbourg. J’aime aller à l’Atlantico, au Barco, j’adore aller à Oh My Goodness, au Coffee Stub, à l’Anticafé, au Café Potager… » En plus des cafés, elle n’oublie pas sa famille : « C’est ma famille qui m’a permis d’avoir mon bateau, ainsi que certaines personnes de mon entourage et je les en remercie énormément. »

Ses potes d’enfance et sa sœur donnent également une saveur toute particulière à une ville de Strasbourg qu’elle aime par-dessus tout : « J’aime tout ici. Je suis partie trois ans à Nantes et j’adore revenir vivre à Strasbourg, au centre-ville. Déjà la ville est à taille humaine et ensuite je la trouve magnifique ; c’est une ville autour de l’eau et pour avoir vu Strasbourg depuis les rives et depuis l’eau, eh bah les deux sont incroyables. J’adore les colombages, les poutres apparentes, c’est une ville qui n’est pas toute droite, toute carrée, toute uniforme. »

Un couple inséparable

Et même si elle dit avoir eu des difficultés pour définir ce qu’elle aime dans la ville, elle souligne l’essentiel : « Il y a plein de couleurs, il y a plein de quartiers avec des ambiances différentes. Je saurais pas vraiment mieux l’expliquer. Elle est belle et c’est chouette d’y vivre. » Comme souvent quand Tassia vous parle, il n’y a rien à ajouter.

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