Alors que Strasbourg se pare de ses plus beaux atours pour ravir les amoureux dans la cadre de « Strasbourg mon amour », du 8 au 17 février, il est peut-être temps de se demander : mais au fait ça vient d’où la Saint-Valentin ?

Lectures de poèmes d’amour, concerts extatiques, visite de monument placée sous le signe de Cupidon et autres soirées un peu olé olé, la septième édition de « Strasbourg mon amour » fait de la ville le décor rêvé (et un peu kitsch – j’ai dit ça ??? nooooon) pour les couples (et les célibataires) en quête de romantisme branché.

Alors non, la Saint-Valentin, ça n’a pas toujours été les chocolats à la cerise, les roses rouges dans un resto chic et autres cadeaux un peu plus hot (je vous fais pas un dessin). En gros, non la Saint-Valentin n’a pas toujours été l’occasion de faire chauffer la carte bleue sous prétexte de roucouler en amoureux de façon officielle et un peu forcée le temps d’une soirée (et d’une seule!) dans l’année.

Comme toujours la quête des origines d’une coutume ou d’une tradition se perd un peu dans les méandres de l’Histoire. Nos fêtes d’aujourd’hui sont bien souvent le résultat de multiples imbrications entre légendes et faits historiques, entre us païens et coutumes chrétiennes, entre réelles pratiques d’époque et construction d’une origine a posteriori.

Et la Saint-Valentin n’y échappe pas, ça serait trop facile. Alors laissez-vous conter brièvement son histoire, tout en sachant que bon ok tout n’est pas d’une fiabilité historique irréprochable, le curseur entre faits avérés et embellissement de l’histoire étant parfois difficile à équilibrer. Mais c’est la fête, on a des étoiles plein les yeux, laissons-nous rêver un peu…

Premier point de l’enquête : On peut supposer qu’à l’origine, il y est question d’un… saint, prénommé… Valentin : banco !

Si une chose est bien sûre, c’est que la Saint-Valentin doit son nom à un saint… Valentin oui oui. Valentin, avant d’être un saint, était un simple prêtre qui officiait sous l’Empire romain au IIIe siècle. On dit qu’à l’époque, l’empereur Claude II avait fait interdire le mariage car il pensait que celui-ci incitait les hommes à fonder une famille et à rester au chaud au bercail au lieu de s’engager dans l’armée et de prendre les armes pour zigouiller du barbare. Pour autant, n’en faisant qu’à sa tête (qu’on lui coupera par ailleurs), Valentin continua de célébrer des mariages en secret. Et ce secret, comme tous les secrets, fuita. Valentin s’attira les foudres de l’empereur. Il fut emprisonné, condamné et exécuté… un 14 février !

Devenu martyr, il fut rapidement canonisé par le pape Gélase Ier à la fin du Ve siècle. En fait, le pape a vu là une bonne opportunité: celle d’en faire le saint patron des amoureux et de profiter de la date de sa fête (le 14 février donc) afin que celle-ci prenne le pas sur la fête païenne qui était encore en vigueur à l’époque : les Lupercales (qui avaient lieu du 13 au 15 du même mois).

Deuxième point de l’enquête : il doit bien y avoir un rapport avec le sexe…

Il faut dire un mot sur ces fameuses Lupercales car le glissement progressif de cette fête de la fertilité vers la fête, plus sage, des amoureux est significatif. Les Lupercales tiennent leur nom de la grotte du Lupercal (à Rome) où, selon la légende, la louve aurait allaité Romulus et Rémus, les fondateurs de la ville. Dans cette grotte, à l’époque de la Rome antique (qui va du VIIIe siècle av. J.-C. au Ve siècle après J.-C.), les Luperques, prêtres de Faunus, dieu protecteur des troupeaux, sacrifiaient un bouc. Puis les jeunes hommes de la ville, à demi nus, se munissaient d’une lanière en peau de ce même bouc sacrifié et s’en allaient courir dans les rues en fouettant les jeunes femmes qu’ils croisaient sur leur passage afin, dit-on, de les rendre fécondes. Et il n’était pas rare, semble-t-il, que cela se termine parfois en orgie (quand à savoir de qui du sacrifice ou de l’orgie était le plus propice à la fécondité, je ne me prononcerai pas).

Serez-vous surpris si je vous dis que le pape trouvait cette fête un poil immorale et rêvait de la remplacer par quelque chose d’un peu plus dans l’esprit chrétien?

Andrea Camassei, Fêtes des Lupercales, vers 1635

Troisième point de l’enquête : Un saint nommé Valentin, du sexe et pour compléter le tiercé : un brin de romantisme évidemment !

Si la date de la Saint-Valentin tire ses origines des Lupercales (aspect païen) et du martyr de Saint Valentin (aspect chrétien), ce n’est vraiment qu’au Moyen Âge que la fête prit la forme qu’on lui connaît aujourd’hui, à savoir l’échange de cadeaux (à l’époque des billets doux) entre amoureux. À la même époque vient également s’adjoindre une autre raison à la célébration de cette fête le 14 février. En effet, il était dit que ce jour marquait le début de la saison des amours chez les oiseaux, symbolisé par la reprise de leurs chants. Quel beau symbole n’est-ce pas!

Enfin, la fête s’est consolidée au XIXe siècle (romantisme oblige) puis au XXe (capitalisme oblige) – siècle durant lequel l’invention de la carte de la Saint-Valentin représenta le premier frémissement d’un aspect commercial qui ne cessa de se renforcer jusqu’à notre chère époque (où cadeau rime forcément avec dépense). Néanmoins, à tous les grincheux qui – comme moi je l’avoue – ne sont pas toujours tendres avec la Saint-Valentin (en tout cas moins qu’avec leur compagne ou compagnon), je vous l’assure : non la Saint-Valentin n’a pas été inventée par les commerciaux mais bien par l’évolution de notre histoire commune.

Enfin, un dernier petit mot à l’adresse de ceux qui craignent de finir entre Ben & Jerry à mater pour la vingt-troisième fois Bridget Jones dans leur canapé; la ville organise aussi des soirées pour célibataires, car n’oubliez pas que si le 14 février célèbre aujourd’hui les couples, il fut un temps romain où il célébrait plutôt la quête de partenaire.

D’ailleurs voici le programme, il reste encore quelques jours pour vous faire plaisir !

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