Dans le milieu universitaire, une réforme du gouvernement ne passe pas. Les étudiants « extra-communautaires », autrement dit les étudiants étrangers hors Union Européenne, devraient voir leur frais d’inscription se multiplier par 10 à la rentrée prochaine. Plusieurs directions d’université ont déjà affiché leur opposition à cette mesure, suite notamment aux nombreuses mobilisations du personnel et des étudiants qui ont eu lieu ces derniers mois. L’Université Strasbourg en fait désormais officiellement partie.

Niveau mobilisation, Strasbourg n’était pas en reste (avec plusieurs rassemblements, des AGs et même une convergence de temps en temps avec d’autres mobilisations comme celle des gilets jaunes), mais la position du président de l’université, Michel Deneken restait dans le flou. Aujourd’hui, dans un communiqué, il annonce que l’Unistra rejoint l’opposition des 12 autres universités (Clermont-Auvergne, Aix-Marseille, Toulouse Jean-Jaurès, Lyon-II, Nanterre, Rennes-II, Angers, Le Mans, Tours, Rennes-I, Caen, Rouen). C’est donc 13 des 75 universités françaises qui ont déclaré leur refus d’augmentation des frais d’inscriptions.

A Strasbourg, 20% d’étudiants viennent de l’étranger, 70% d’entre eux d’en dehors de l’UE

A droite, Michel Deneken, président de l’université de Strasbourg
Un cortège d’étudiants a rejoint en décembre dernier une manifestation des gilets jaunes pour afficher leur opposition à la réforme du gouvernement

Dans le cadre de cette réforme « Bienvenue en France » censée « promouvoir l’attractivité » de nos universités à l’international, les frais d’inscriptions pour ces étudiants extra-communautaires devraient passer de 170 € par an à 2 770 € pour la licence et de 243 € (ou 380 €) à 3 770 € en master (ou doctorat). Cette part de la reforme est la plus contestée car elle mettrait en danger l’avenir des étudiants extra-européens au sein de l’université, et ce dès la rentrée 2019.

Au vu de la contestation, la Ministre Frédérique Vidal avait mis en place une consultation qui devait se finir à la mi-février, une date bien trop tardive pour l’application des changements selon les présidents des universités, qui, suite à une récente CPU (conférence des présidents de l’université), souhaitent la suspension de la hausse des frais d’inscription.

Une délégation reçue dans le congrès du CA de l’Unistra

Dans la lignée de la contestation nationale, aujourd’hui même, avant l’annonce du président de l’université, une mobilisation avait lieu à Strasbourg. Ce mardi à 14h se tenait un congrès du conseil d’administration de l’université à l’intérieur de l’Institut Lebel. A l’extérieur, un récent collectif de doctorants nommé « Dicensus » (Défense et Information des Chercheurs et Enseignants Non-Statutaires de l’Université de Strasbourg) manifestait devant, accompagné de représentants syndicaux pour pousser trois sujets à l’ordre du jour du congrès: la suppression de la hausse des frais pour les étudiants étrangers, la mensualisation des payements des vacataires et la réduction de la précarité générale dans la milieu universitaire.

« L’idée, c’est de faire pression au moment du congrès, parce que c’est là que les choses peuvent être votées »

Au début du congrès, ils s’imposent dans les couloirs de l’institut à l’entrée de la salle Vivien où s’installaient les membres du Conseil d’Administration. L’accès à la salle leur est refusé, mais une délégation d’une dizaine de représentants (sur la grosse cinquantaine de manifestants) est autorisée à venir lire leurs revendications et à entendre la prise de parole du président sur le sujet en début de congrès. Une petite demi-heure plus tard, ils se retrouvent au dehors pour débriefer la bonne nouvelle: le président avait déjà prévu d’annoncer sa position publiquement.

« Précarité des étudiants étrangers et des vacataires: même combat »

En résumé, le président de l’université s’est donc engagé à faire en sorte que les étudiants extra-communautaires ne payent pas les frais supplémentaires à la rentrée 2019, même si le programme du gouvernement est mis en place ailleurs. Il le proposera au prochain conseil d’administration. Il ne s’est par contre pas prononcé sur la situation des vacataires précarisés et la précarisation générale de l’université, comme l’ont demandé les manifestants ce mardi après-midi.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here