« Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de rencontrer un astronaute ». C’est ainsi que Herve Krieger, responsable des mobilités innovantes à l’Euro-métropole, a introduit la soirée de mardi dernier, durant laquelle nous avons en effet eu l’immense honneur de rencontrer Bob Thirsk aka, Le Luke Skywalker des temps modernes. Cette conférence passionnante, organisée en partenariat avec l’ISU, n’a fait que confirmer quelque chose dont on te parlait déjà > ici < : Strasbourg est vraiment the place to be pour les amoureux d’étoiles et de galaxies. Le rendez-vous était donné dans la salle du conseil du siège de l’Euro-métropole et première bonne surprise : il y avait autant de jeunes têtes blondes que de cheveux grisonnants, tous domaines confondus. Un seul point commun : une curiosité sans limite pour l’infini et l’au-delà. 

Comment devenir un astronaute (pour les nuls) ?

La session commence par l’intervention de Walter PEETERS, Président Émérite de l’ISU, qui a clairement su capter notre attention (et briser en même temps tous nos rêves), en nous expliquant comment devenir astronaute. Selon lui, « 83% de la population mondiale peut potentiellement aller dans l’espace. Et pourtant, seulement 539 personnes (selon l’USAF (United States Air Force) en 2014) sur terre ont eu la chance de la quitter à bord de navettes spatiales. » Comment expliquer un tel fossé entre le potentiel et la réalité ? Walter continue : « Les astronautes sont drastiquement sélectionnés, pour que les personnes retenues au final permettent de mener des missions qui se rapprochent le plus possible du risque zéro ». De plus, la formation d’un astronaute étant très coûteuse, les agences spatiales qui les recrutent se doivent d’être exigeantes : sur 1000 candidatures, 1 seul deviendra astronaute. Entre autres (trèèèès nombreux) critères, les profils recherchés doivent :

  • Mesurer entre 1,64 et 1,9 mètres et peser entre entre 50 et 95 kg (à ce stade, c’est toujours bon pour moi)
  • Avoir entre 27 et 37 ans et avoir un niveau de formation supérieur dans un domaine scientifique, suivi d’une expérience professionnelle (ça commence à se compliquer)
  • Être en excellente condition physique, en particulier pour la vue et le cardio-vasculaire (ah.)
  • Être en excellente condition psychologique et être particulièrement capable de gérer son stress (excellent.)
  • Savoir faire preuve d’une grande dextérité et être capable de faire de la plomberie et des mathématiques aussi bien que de la médecine et de la robotique (c’est mort là, hein, du coup. Adieu rêves de voyage spatial, pas merci Walter).
Bob Thirsk, 65 ans aujourd’hui, médecin, économiste, ingénieur mécanicien et astronaute. Bref, si ce mec n’est pas un Jedi, je promet de plus jamais me raser la tête.

Bref, une fois FINALEMENT retenu, « the envoy of humankind » (l’ambassadeur de l’humanité) est loin d’être au bout de ses peines. Il lui faudra encore attendre plusieurs années avant de pouvoir, un jour, monter à bord d’une fusée. Car avant de pouvoir aller dans l’espace, il va devoir d’abord se former à tout un tas de choses : l’apprentissage des systèmes et sous systèmes d’ingénierie spatiale, les entraînements de survie en milieu hostile, les simulations de sorties extra-véhiculaire, les exercices de comportement en groupe, les simulations de vol ou encore les tests en robotique. « Mais, ce que vous diront tous les astronautes, c’est que le plus dur de toute leur formation, ça a été d’apprendre le russe, une des langues nécessaires pour un séjour dans l’ISS (station spatiale internationale) », nous confie Walter. Si vous voulez en savoir plus sur les critères de sélection des astronautes et sur leur formation, je vous invite fortement à aller vous perdre dans les liens de cette page wikipédia.

205 jours dans l’espace : en gravitation dans la banlieue terrestre

Bob Thirsk, c’est un regard aussi bleu que la terre vue d’en haut et un sourire de jeune homme malgré les 65 années bien remplies qu’il a derrière lui. C’est aussi un accent mi américain mi canadien qui ne laisse pas de marbre, beaucoup d’humour et d’humilité dans la voix. Mais Bob Thirsk, c’est surtout un économiste, un médecin, un ingénieur mécanicien qui a passé 205 jours en gravitation dans la « banlieue terrestre » et participé a deux missions spatiales au cours de sa carrière : la première le 20 juin 1996, à bord du vol Columbia STS-78 et le deuxième en 2009 pour une mission de 6 mois à bord de l’ISS. Autant vous dire qu’à coté de lui, Luke Skywalker c’est un petit rigolo.

Il démarre son intervention en nous brossant tranquillement dans le sens du poil : « Si je n’étais pas canadien, j’aimerais être français et habiter dans la ville de Strasbourg ». On l’aime déjà. Et on l’aime encore plus quand il commence à nous parler de sa carrière, de ses voyages et de son équipage avec beaucoup de fierté, avec en arrière-plan une vidéo qu’il a lui-même réalisée. On y découvre les préparatifs de la mission, la vie quotidienne dans l’ISS ou encore les délires que peuvent avoir les astronautes, confinés dans une boîte en métal de  110 m de longueur, 74 m de largeur et 30 m de hauteur et perchée à plus de 408 km au dessus de la terre.

Puis, le moment des questions est finalement arrivée et tout le public s’y est donné à cœur joie : « Est-ce que vous dormiez dans la station ? », « Vous n’étiez pas trop serrés dans la station pendant 6 mois ? », « Est-ce que c’est rigolo de manger quand le manger flotte dans les airs ? », « Est-ce que les paysages étaient jolis ? », « Ça sert à quoi d’envoyer des gens dans l’espace ? », « Est-ce que vous aviez peur ? », « Pensez-vous qu’il y a une vie extra-terrestre ? », « Qu’est-ce que vous pensez de la conquête de Mars, prévue pour 2024 par Elon Musk? ».

Bob Thirsk prend le temps de répondre à tout le monde : oui, il dormait dans la station, soit dans sa cabine dédiée, soit en croisant ses bras et ses jambes et en se laissant bercer par la gravité de la station, plaisante-t-il. Non, il ne se sentait pas à l’étroit dans la station, mais il a assez mal vécu, comme la plupart des astronautes, la distance et le manque de sa famille et de ses proches. Oui, c’était très rigolo de manger des aliments qui flottaient dans l’air (on est d’accord que c’est clairement la meilleure question de la soirée). Les paysages étaient incroyables et les astronautes passent beaucoup de temps à l’admirer et le photographier, entre une sortie extra-véhiculaire et une expérience scientifique. D’ailleurs, quand je lui demande comment, après avoir vécu quelque chose d’aussi extraordinaire, on arrive a remettre ensuite les pieds sur terre, il me répond après une longue pause : « Ma femme me dit que je suis toujours dans l’espace. La vue à travers les fenêtres de l’ISS a complètement changé ma conception du monde. Physiquement je me suis réadapté aux conditions de la vie terrestre, mais dans ma tête, ce ne sera jamais plus comme avant.« 

Et on comprend facilement pourquoi.

Cette rencontre a été un vrai moment privilégié et je ne peux que confirmer les propos de Herve Krieger : ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de pouvoir rencontrer un homme tel que Bob Thirsk, et je ne remercierais jamais assez la ville de Strasbourg et l’ISU de nous avoir offert cette possibilité. Si jamais ce genre de moment vous intéresse, sachez d’ailleurs que l’ISU accueillera, en 2019, une session d’été qui regroupera des étudiants et professionnels du spatial pendant presque 2 mois. L’occasion rêvée de participer à tout un tas d’activité spatiales et de rencontrer d’autres passionnés. Et evidemment, on sera là pour vous en parler.

A vous Houston.

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