Quelles idées architecturales ou urbanistiques ont été envisagées à Strasbourg avant d’être écartées ou abandonnées ? On s’est penché sur cette vaste question. Ça donne cette liste de projets fous qui auraient bouleversé leur quartier ou la ville entière s’ils avaient été menés à bien. Ces visuels et les histoires qui les accompagnent, c’est l’occasion d’imaginer un Strasbourg alternatif, qui n’existera jamais mais qu’on aurait parfois aimé voir… ou pas. Faites-vous votre avis !
Le visage d’une ville tient parfois à une décision, à une commission, un budget mal estimé, un revirement politique. Puis nous, souvent, on ne sait pas à côté de quoi on est passé. Et pourtant, des architectes et urbanistes ont déployé des trésors d’imagination et de créativité pour apporter leur touche à la ville, pour des projets qui finissent souvent dans l’oubli.
Cette ignorance nous laisse tout le confort (et le loisir) de nous plaindre ou de nous extasier. Un bâtiment va être vu par certain(e)s comme une verrue absolue tandis que d’autres loueront le parti pris et l’audace de l’architecte à l’origine du projet.
Aujourd’hui, on vous propose un petit coup d’œil de l’autre côté. Celui de ces projets qui furent un temps envisagés mais qui n’ont jamais vu le jour. Qu’ils soient juste surprenants, démesurés, fous, magnifiques ou à l’inverse, carrément dramatiques, une chose est sûre : ils ne vous laisseront pas indifférent(e)s.
La « guerre » de l'Étoile
Pendant longtemps, la place de l’Étoile est un terrain vague qui fait majoritairement office de parking. L’expansion urbaine nécessite rapidement d’exploiter les lieux, porte d’entrée sud du centre-ville, liaison entre la ville et ses faubourgs.
Dans les années 90, une certaine Catherine Trautmann défend un projet pharaonique : ériger à cet endroit un immense centre commercial, couplé à des bureaux, et au centre administratif.
« Projet Étoile », « Opération Étoile »… Le réaménagement du site prend plusieurs noms différents, devient un enjeu majeur et cristallise les tensions politiques. Critiqué par les associations de riverains et l’opposition, le projet prend l’eau à la fin des années 90 et est finalement abandonné. On décidera plus tard de localiser le centre commercial au niveau des docks.
Lorsqu'on a pensé à raser la Robertsau
Le saviez-vous ? Strasbourg a bien failli ne pas avoir de quartier européen. Ou bien… pas de Robertsau (du moins, presque).
À la fin des années 50, on lance une grande étude « Strasbourg invite l’Europe », qui vise à démontrer qu’on peut accueillir les institutions européennes. Trois sites sont envisagés, tous sont absolument démesurés… et un seul est à Strasbourg !
À Strasbourg, le projet, déjà situé à la Robertsau, est tellement étendu qu’il implique de raser presque la totalité du quartier.
Les deux autres… ne sont pas à Strasbourg ! Il y a d’abord Oberhausbergen. Ça nous parait loufoque aujourd’hui, mais cette éventualité emporte, à l’époque, un grand succès auprès de la presse. Plus étonnant encore : on envisage sérieusement Scharrachbergheim. Là aussi, il fallait certainement avoir la vision.
Cette envie de très grands ensembles institutionnels s’inspire de Brasilia, capitale brésilienne sortie de terre à peu près à cette période. Finalement, aucun des trois ne verra le jour, du moins pas ainsi. Et c’est très bien.
L'Île-volcan du Parlement européen
Construit en 1998 sur les plans de l’agence Architecture Studio, le siège du Parlement européen est incontestablement un des bâtiments les plus emblématiques de Strasbourg et rayonne à l’international.
Si l’édifice est franchement réussi, on n’a jamais trop su quelles alternatives avaient été envisagées. On vous a dégoté des visuels, rares, d’un des trois derniers projets en lice lors du concours qui a eu lieu au début des années 90. Celui-ci, s’il avait été adopté, n’aurait pas juste changé la face du quartier européen… il l’aurait absolument transformée !
C’est l’idée folle des architectes français Gilles Perraudin et Françoise-Hélène Jourda : faire de ce haut lieu de la démocratie européenne… une île. Et pas n’importe quelle île ! On est ici à mi-chemin entre un volcan et une sorte de vaisseau spatial qui flotterait au milieu de la rivière. Un îlot de démocratie tranquille auquel on n’accède que par des passerelles.
Une idée osée assurément. Un parti pris clivant, certainement. Mais franchement, ça aurait eu de la gueule !
Une deuxième flèche à la cathédrale ?
La cathédrale de Strasbourg n’a qu’une flèche, et c’est ce qui fait son charme ! Mais au fil des siècles, beaucoup ont voulu remédier à cette « légère asymétrie ». Au 17e siècle déjà, on étudie l’idée. Au début du 19e siècle, rebelote. Dans les deux cas, l’idée ne va pas bien loin.
Quelques années plus tard, l’Alsace devient allemande. Et il se trouve que c’est aussi la période à laquelle la cathédrale de Cologne est achevée, suscitant un fort enthousiasme. Elle a deux flèches. Jamais deux sans trois : on se tourne vers la cathédrale de Strasbourg en se disant que tant qu’à faire, autant poursuivre cette bonne lancée.
Des architectes allemands se penchent sur la question et soumettent deux projets : l’un duplique la flèche nord, l’autre propose une flèche sud totalement différente.
Finalement, la population s’oppose fermement au projet, et puis la cathédrale vient d’être endommagée par des bombardements, alors on se dit qu’il y a d’autres priorités financières. Ouf !
Secret de Strasbourg : pourquoi la cathédrale n’a-t-elle qu’une seule flèche ?
La rosace de l'Homme-de-Fer
Quelqu’un a dit un jour : « Si tu as un problème que tu ne sais pas résoudre, lève les yeux vers la cathédrale. »
Bon, en vrai on n’en sait rien, mais en mille ans de cathédrale, ça a bien dû arriver. Tout ça nous mène vers une hypothèse : et si ce symbole de Strasbourg était la solution à un casse-tête qui nous pèse un peu trop, à savoir, comment rendre la place de l’Homme-de-Fer agréable ?
L’architecte Georges Heintz nous a révélé les visuels d’un projet qui n’a jamais vu le jour et qui aurait pourtant redonné des couleurs à cette place bien triste. Un projet chiffré, réaliste, qui avait enthousiasmé les différents décideurs/euses mais qui n’a malheureusement jamais été réalisé.
Et pourtant, ça semble tellement évident maintenant qu’on a la vision !
Une gigantesque structure circulaire jusqu’ici toute terne, du verre, Strasbourg… Bien évidemment que c’est l’emplacement parfait pour un rappel XXL de la rosace de la cathédrale ! On imagine les jeux de lumières sur l’arrêt de tram, on apprécie le clin d’œil patrimonial. Bref : on aurait beaucoup aimé la voir. Et vous, qu’en pensez-vous ?
Une énorme salle de spectacle dans l'hyper-centre
Entre la place Kléber et la rue de la Haute-Montée, à l’arrière de l’Aubette, il y avait des échoppes franchement sales où l’on vendait de la viande depuis le 17e siècle. Ces « Petites Boucheries » sont rasées au 19e siècle. On érige une halle couverte à charpente métallique. Elle est dédiée à la même activité, mais avec de meilleures conditions d’hygiène.
Au 19e siècle, ça fait des années qu’on se dit qu’il faudrait construire une grande salle de spectacle au centre-ville. La place Gutenberg est un temps évoquée. Située derrière les Petites Boucheries, l’Aubette est ensuite envisagée et se dit que c’est quand même l’emplacement idéal pour une sorte de pôle culturel.
Il a donc failli y avoir, sur la rue de la Haute-Montée, à la place de l’actuel (beau) bâtiment commercial de style baroque… Une énorme salle de spectacle de plus de 1000 places. Celle-ci aurait été dédiée à la musique symphonique, aurait été agrémentée d’un grand escalier d’honneur, d’un orgue majestueux et d’énormes lustres tout aussi impressionnants.
On vous laisse vous faire un avis avec cette esquisse ! Et si vous voulez toute l’histoire, c’est par ici.
La presqu'île André-Malraux méconnaissable
Lorsqu’on évoque un quartier qui a été transformé ces dernières années, comment ne pas penser à la presqu’île André-Malraux ?
En lieu et place des actuelles Black Swan, on veut d’abord un bâtiment massif, on évoque une tour. Là encore, un concours est ouvert et les cabinets d’architecture redoublent de créativité pour proposer leur vision de la presqu’île.
Finalement, on a opté pour trois tours plus petites que ce qui était initialement envisagé, qui ne tranchent pas si brutalement avec les bâtiments environnants. On vous laisse vous faire votre avis sur ces projets fous qui auraient pu marquer durablement l’identité visuelle du quartier.
Avec le projet ci-dessus, le cabinet MVRDV imagine un gigantesque ensemble qui balance entre miroirs et végétation. Un projet absolument imposant, des airs de jungle urbaine et de film de science-fiction.
Mais il y a aussi le projet du cabinet local Heintz et Associés (ci-dessous), qui avait pourtant emporté le premier concours. Ici, l’agence strasbourgeoise imagine un ensemble pensé comme un lieu de vie : une tour imposante, une vaste place, des passages entre des îlots qui font office de jardin botanique aquatique, des éclairages qui jouent directement avec les effets de l’eau, pour un résultat envoûtant.
Fun fact : il était question de mettre un parking sous le bassin, ne laissant qu’une soixantaine de centimètres d’eau… et rendant possible une gigantesque patinoire en hiver.
Un hôtel de ville ou un château fort ?
Pendant plusieurs siècles, la place Gutenberg a abrité le cœur des instances politiques et juridiques de la Ville. Si un bâtiment illustre ce centre névralgique du pouvoir, c’est bien la Pfalz, détruite à la fin du 18e siècle.
On a d’abord Blondel qui soumet le projet d’un imposant hôtel de ville sur la place Gutenberg. Le Neue Bau fait aussi, pendant un temps, office d’hôtel de ville. Et au beau milieu de tout ça, un autre projet… qui ne manque pas de surprendre. Boudhors, architecte emblématique de l’époque, dessine sa vision à lui de ce que doit être le futur hôtel de ville. Voyez plutôt.
Un TNS... XXL
C’est au 19e siècle qu’a émergé la Neustadt, pendant la période allemande. Cœur administratif du nouveau quartier, la place de la République – qui ne porte évidemment pas ce nom à l’époque – voit sortir de terre des bâtiments tous plus imposants les uns que les autres : palais de l’Empereur, bibliothèque, ministères…
Celui qu’on connait désormais comme le TNS (Théâtre national de Strasbourg) fait partie de ceux-là. Bâti pour accueillir le parlement du Land Alsace-Moselle, il a failli être… bien plus imposant qu’il ne l’est actuellement.
Une gigantesque tour sur la place de Haguenau
On se souvient du moment où la place de Haguenau a changé de visage avec l’adieu à la maison du bâtiment telle qu’on la connaissait et l’édification du nouvel immeuble végétalisé. Ce qu’on sait moins, c’est qu’avant tout ça, une gigantesque tour de 110 mètres de haut avait été envisagée. Mieux encore : tout était signé.
Une tour massive à l’entrée de Strasbourg, premier accueil des passagers/ères de train… et à l’intérieur, entre autres, un Four Seasons. Chic !
Une réalisation qui aurait évidemment fait parler tant elle est impressionnante. Des faux airs de Dubaï à l’entrée de Strasbourg ? De quoi stimuler l’imagination, assurément.
Le Corbusier au PMC
Le projet du PMC nait dans les années 60. Pierre Pfimlin, maire de Strasbourg, fait appel à la star absolue de l’époque : Le Corbusier.
L’architecte est connu pour son mauvais tempérament, mais il tombe amoureux du site choisi pour accueillir le futur édifice. Il se met au boulot, crée plans et maquettes… mais meurt avant d’avoir pu achever le projet.
Le projet démesuré de Hitler
On termine cette revue des projets les plus surprenants par un cas moins « good vibe » que les précédents.
Entre 1940 et 1944, Strasbourg est sous le joug nazi. Destinée à devenir la capitale du Gau (division administrative du 3e Reich) du Rhin-Supérieur, elle doit devenir le symbole de la puissance du Reich. Hitler lui-même supervise le projet et produit une première esquisse de ce qu’il ambitionne pour Strasbourg.
Des caractéristiques, exigées par le dirigeant nazi, sont communes à tous les projets : une place monumentale à l’actuel croisement du boulevard de la Victoire, de la rue Vauban et de l’avenue du Général-de-Gaulle ; une seconde place encore plus gigantesque au Neudorf, vers l’actuel secteur Jean-Jaurès ; des axes majeurs reliant ces places et partant vers Kehl.
On retrouve également les marqueurs de l’architecture nazie sur les esquisses conservées aux archives. En plus de raser des quartiers entiers pour obtenir des espaces démesurés pour assembler les masses et parader, le projet nazi vise à uniformiser les bâtiments dans le style qu’on connait du régime totalitaire.
Avec la défaite du régime nazi et la Libération, le projet du « Nouveau Strasbourg » est oublié. Et heureusement.




En ce qui concerne la cathédrale de Strasbourg, il y avait encore un autre projet qui n’a pas été réalisé.
https://nogha-consulting.com/notre-dame-de-strasbourg/