Laisser place au doute, au flou. C’est le parti pris d’une curieuse exposition d’automates, à Bâle. Incarnée par les machines de l’artiste Nicolas Darrot, Fuzzy Logic se loge aussi dans le plus petit espace d’exposition de la ville : l’ancienne cabine téléphonique du Musée Tinguely. Ouverte jusqu’à mars 2027, elle se découvre en parallèle des collections de ce drôle de musée, qui met l’art en mouvement. Et si on profitait des jours fériés de mai pour faire une excursion culturelle, à 1h30 de voiture ou de train de Strasbourg ?
S’élevant depuis 1996, sur les bords du Rhin à Bâle, le Musée Tinguely rassemble la plus vaste collection d’œuvres cinétiques de l’artiste plasticien suisse Jean Tinguely (1925 – 1991) (soit 218 sculptures, dont la moitié est exposée).
Une figure importante de l’art contemporain, dont le travail s’est axé autour de la mécanique des machines, leurs fonctions, leurs mouvements, « tout autant que les bruits qu’elles génèrent et la poésie qui les habite », nous rappelle le musée.
Outre les sculptures, dessins et documents de travail de l’artiste, le musée lui consacre depuis son ouverture, de nombreuses expositions en regard, autour « du monde des idées de Jean Tinguely ». Avec, en creux, l’idée, toujours, de « propos[er] une expérience muséale interactive et multisensorielle ».
L'art en mouvement
En trente ans, s’y sont vu(e)s exposer : son entourage artistique, comme Niki de Saint Phalle (qui fut également sa compagne, et la première donatrice du musée) ou Yves Klein, ses modèles – tel que Marcel Duchamp… Jusqu’à ses successeurs, autour de thèmes de société plus actuels, et de l’art cinétique contemporain.
Et c’est ici que s’insère Nicolas Darrot, un artiste qui vit et travaille à Paris (né en 1972 au Havre) et dont l’œuvre est majoritairement « sculpturale et installative ». Une œuvre peuplée de « poupées robotisées », d’automates humains et animaliers, et autres marionnettes mécaniques, qui « évolu[e] entre le théâtre, la technique et des mondes fabuleux ».
Passé par les Beaux-Arts de Paris, et une équipe d’effets spéciaux dans le cinéma, il programme lui-même ses machines, créant ainsi au sein de son travail, une « synergie entre savoir-faire artistique et numérique », tout en laissant « se côtoy[er] la précision et le hasard » dans son atelier et studio de programmation.
Un drôle de théâtre d'automates interactif
Le hasard. Nicolas Darrot en joue. « Des séries de mouvements construites très précisément engendrent des chorégraphies imprévisibles », lit-on en préambule de son exposition. De ce « « laisser faire » revendiqué », en découle un « principe artistique », nous dit-on.
Ainsi, dans « Fuzzy Logic », s’invitent depuis mars dernier (et jusqu’au 7 mars 2027), les créatures de l’artiste, qui transforment avec elles, « l’espace d’exposition le plus petit de Bâle – l’ancienne cabine téléphonique du Musée Tinguely – en un Théâtre d’automates ».
Présentée en cinq actes, cette sélection propose à chaque acte, une nouvelle marionnette à découvrir, et à qui le public peut donner vie, en scannant le code-barres d’une carte à jouer conçue pour l’occasion, actionnant par-là même, la performance.
Une fois activée, la marionnette « chante, danse et se met en mouvement selon sa propre logique floue » – soit « Fuzzy Logic », en anglais, et qui « admet ce que la logique classique rejette : l’ambiguïté et l’indétermination ».
Une « forme d’intelligence artificielle, [qui] permet aux ordinateurs de composer avec l’incertitude, à l’image de la pensée humaine ». Expliquant que si « […] notre compréhension des phénomènes reste souvent partielle », « les figurines de Nicolas Darrot incarnent cette esthétique d’imperfection » puisque « pleines d’incertitudes et de sautes d’humeur, elles se mettent à exécuter des danses improvisées et des jeux complexes ».
En résulte un spectacle unique et ludique, à découvrir en famille. Prochaine marionnette à rencontrer : Bone Machine, dès le mois de mai.
Pour aller plus loin
Comme chacun des actes – et donc, changement de figurine – : se tiendra un vernissage (dont l’entrée est gratuite), aux côtés de personnalités de l’entourage de l’artiste. Ces dernières viennent dialoguer avec ses œuvres et lui, afin, notamment, d’« inscri[re] les marionnettes dans de nouveaux contextes ».
Après un premier rendez-vous en mars (autour de Nanashi-Chan avec Nicolas Darrot et le curateur de l’exposition, Andres Pardey), celui autour de Bone Machine aura lieu le 7 mai, en compagnie de Thierry Dufrêne sur « Les automates de Nicolas Darrot ». Pour les prochains, on se note le 6 août (autour de Shaman), puis le 5 novembre (avec Le petit clown) et enfin le 7 janvier avec l’œuvre Yuki Otoko.
Profitez de ce détour au musée Tinguely, pour explorer les autres expositions du musée : « La roue = c’est tout » (jusqu’au 3 janvier 2027) sur la collection Tinguely, « Carl Cheng: Nature Never Loses (jusqu’au 10 mai 2026), « Angelica Mesiti. Reverb » (jusqu’au 30 août 2026)… Ou les nombreuses à venir.
Événement
« Nicolas Darrot – Fuzzy Logic »
Quoi ?
Exposition de Nicolas Darrot, sous forme de Théâtre d’automates au musée Tinguely
Quand ?
« Fuzzy Logic » : Jusqu’au 7 mars 2027
Horaires du musée : Du mardi au dimanche de 11h à 18h, ouvert le jeudi jusqu’à 21h
(+ horaires spéciaux https://www.tinguely.ch/fr/informations/horaires-speciaux.html)
Vernissage de « Bone Magic » le jeudi 7 mai à 18h30
où ?
Au Musée Tinguely
Paul Sacher-Anlage 2, à Bâle (en Suisse)


