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« La grève, c’est l’ultime outil » : on a discuté avec 6 Strasbourgeois présents hier dans la rue

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Un peu plus d’un mois après le début de la mobilisation lycéenne, la plupart des centrales syndicales appelaient à une grève générale ce jeudi 5 novembre, contre l’augmentation des prix et pour une revalorisation des salaires. Un moyen d’action coûteux, mais indispensable, pour les manifestant(e)s strasbourgeois(e)s interrogé(e)s.

Place de la République, une foule de plus en plus dense se presse face au Palais du Rhin. Sur les larges marches qui font face aux parterres de fleurs, l’Orchestre Révolutionnaire Strasbourgeois égraine les notes de la BO des Avengers, du thème de la Résistance dans Star Wars ou encore Bella Ciao. Il n’est pas encore 14h mais il est déjà difficile de circuler entre les arbres tant le public se fait de plus en plus nombreux et enthousiaste.

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Avenue de la liberté, une banderole rose se fraye un chemin vers l’avant du cortège en train de se former. « Travailleureuses avec la Gen Z pour la Grève générale », accompagné d’un gilet jaune. Ce jeudi 5 novembre en effet, de nombreuses centrales syndicales appelaient à la grève générale et interprofessionnelle pour grossir les rangs des manifestations organisés un peu partout.

Un soutien au mouvement lycéen puis étudiants, mais pas seulement. Les syndicats entendaient également se mobiliser contre l’augmentation des prix et pour la revalorisation des salaires.

Manifestation grève générale mouvemennt jeunesse syndicats 5 novembre
© Adrien Labit / Pokaa

« C’est une question de dignité »

Journaliste aux Dernières nouvelles d’Alsace, Barbara fait partie des manifestant(e)s à s’être mis en grève, ce jeudi. Un moyen d’action important pour elle. « Malheureusement, si l’économie tourne normalement pendant qu’on défile en ville à chaque manifestation, ça ne change pas grand-chose. »

Manifestation grève générale mouvemennt jeunesse syndicats 5 novembre
Barbara, journaliste aux Dernières nouvelles d'Alsace. © Adrien Labit / Pokaa

La grève reste cependant un moyen d’action couteux. « Socialement, c’est dur pour plein de gens de faire une croix sur une journée de salaires. Pour moi aussi c’est dur parce qu’on a aussi fait grève le mois dernier, donc ça commence à peser. Mais à un moment, il faut savoir ce que l’on veut : la grève, ça rajoute quelque chose à la mobilisation. Je pense aussi aux jeunes qui sont mobilisés depuis plus d’un mois : il était nécessaire que le monde du travail leur apporte du soutien. »

Chaque journée de grève représente entre 150 et 200 euros en moins pour la journaliste. « Je ne travaille pas à temps plein donc je n’ai déjà pas un gros salaire, mais je fais des économies ici et là. On peut toujours rogner sur quelque chose. » Sa seule limite, si cela devait durer, ce serait de pouvoir payer son loyer. Mais Barbara tenait à « être là aujourd’hui ». « Ça fait du bien de manifester, d’être avec des gens qui y croient encore, qui sont prêt à faire des sacrifices énormes pour défendre leurs droits. »

Manifestation grève générale mouvemennt jeunesse syndicats 5 novembre
© Adrien Labit / Pokaa

Faire grève, pour elle, « c’est une question de dignité. Quand je me lève le matin, je n’ai pas envie de voir une sale gueule dans la glace. Je veux pouvoir être fière devant mes petites nièces en leur disant qu’on s’est battu. On ne gagne pas toujours, mais l’essentiel c’est de se battre quand même, parce que si tu ne te bats pas tu as déjà perdu ».

« L’ultime outil »

Représentant syndical dans l’industrie ferroviaire, dans le nord de l’Alsace, Boris s’apprête lui aussi à prendre le départ de la manifestation. S’il n’avait pas été en arrêt maladie, le militant syndical se serait mis en grève pour pouvoir participer à la mobilisation nationale. « Plus il y aura de gens dans la rue, plus on aura une chance d’obtenir quelque chose. » Mais pour lui, la grève doit durer au mois une semaine pour porter ses fruits.

Manifestation grève générale mouvemennt jeunesse syndicats 5 novembre
Boris, métalo, métalleux et syndicaliste CGT. © Adrien Labit / Pokaa

Une telle mobilisation représente un coût important dans le secteur de l’industrie, et particulièrement dans son entreprise ou les salaires ne seront pas revalorisés cette année. « Mobiliser les gens, c’est parfois compliqué. » Alors le credo syndical est de faire de la grève « l’ultime outil ». « On commence plutôt par des débrayages de quelques heures dans la journée. »

A 14h30, le cortège s’élance finalement Avenue de la Liberté, avant de tourner Boulevard de la Victoire. Un premier itinéraire devait conduire la manifestation à travers le centre-ville mais il a été retoqué par la Préfecture. Attaqué en référé, l’arrêté préfectoral qui interdisait la circulation des cortèges en hypercentre n’a finalement pas été annulé par la Justice. La manifestation se dirige donc doucement vers l’Esplanade et s’étire sur près de deux kilomètres.

Manifestation grève générale mouvemennt jeunesse syndicats 5 novembre
© Adrien Labit / Pokaa

« On se sent solidaires de toute cette précarité »

Derrière la banderole intersyndicale, quelques drapeaux jaunes de la confédération paysanne flottent dans le vent. Ce jeudi, Xavier a quitté sa ferme de Truttenhausen pour défiler à Strasbourg. « Je fais grève de ma propre ferme on va dire », glisse-t-il dans un sourire. Le paysan s’est organisé pour libérer sa journée.

« C’était important pour nous de nous montrer solidaires de la grève, cela veut dire que l’on soutient l’appel au blocage du pays pour que le Pouvoir finisse par comprendre que la source du problème, c’est lui et que si il ne veut pas que le système s’écroule, il a intérêt à nous écouter. »

Manifestation grève générale mouvemennt jeunesse syndicats 5 novembre
© Adrien Labit / Pokaa

Pour Xavier, il n’est pas non plus évident de mobiliser les paysans et les paysannes. « Ils et elles sont très occupés. La plupart passent 70 à 80 heures sur leur ferme à essayer de la faire tourner tant bien que mal. Si on est là c’est aussi pour ça: on est dans une situation extrêmement périlleuse. On a fait face cette année à la pire sécheresse de toute notre histoire et ce sont les paysannes et paysans qui prennent ça de plein fouet. Une des conséquences de cela, c’est qu’on va voir disparaître les petites fermes: c’est déjà en train de se passer sous nos yeux à bas bruit. »

La grève ? « Ce n’est pas forcément le moyen que choisissent les paysans en général pour s’exprimer. Mais disons que si elle se généralise, on sera de la partie, juge Xavier. On se sent solidaire de toute cette précarité qui émane de la société, et qui nous concerne aussi au premier chef. »

Manifestation grève générale mouvemennt jeunesse syndicats 5 novembre
© Adrien Labit / Pokaa

« On lutte aussi pour ceux qui ne peuvent pas faire grève »

Dans le cortège qui avance au milieu de l’Esplanade avant de tourner rue de Rome, l’ambiance est joyeuse. Festive même, au pied de la barre de pole dance sur laquelle plusieurs artistes se hissent au rythme d’une sono. Une immense marionnette de CRS en carton avance au rythme de la foule. Beaucoup de manifestant(e)s s’amusent des pancartes qu’ils et elles découvrent autour d’elles et eux.

Marie, 40 ans, marche avec un petit Moomin – un petit troll dessiné par la romancière finlandaise Tove Jansson – en colère. Salariée de l’industrie, la jeune femme a pris son après-midi pour défiler. « J’ai la chance d’avoir des horaires faciles à aménager », explique t-elle. Elle n’est pas la seule, dans le cortège, à avoir pris une récup, un demi-congé ou une journée de RTT pour « faire grève » . Signe que les temps sont durs et qu’il est difficile de se passer d’une journée de salaire.

Manifestation grève générale mouvemennt jeunesse syndicats 5 novembre
Marie, salariée de l'industrie. © Adrien Labit / Pokaa

« On a atteint un tel niveau de difficulté à boucler les fins de mois, à se nourrir et à se loger que si les gens sont aussi nombreux aujourd’hui, c’est qu’il y a besoin d’être là. C’est la preuve que l’on a atteint le fond », explique-t-elle, impressionnée par l’affluence du jour – du « jamais vu » depuis qu’elle manifeste. « Moi je suis là aujourd’hui parce que j’ai la possibilité de le faire, mais je le fais aussi finalement au nom de celles et ceux qui ne peuvent pas et qui ont besoin d’être représentés. »

Manifestation grève générale mouvemennt jeunesse syndicats 5 novembre
© Adrien Labit / Pokaa

« La lutte, c’est plus important qu’une journée de salaire »

Charpentiers et collègues au sein de la même entreprise, Élie, Louise et Morgan défilent ensemble en ce milieu d’après-midi. L’appel intersyndical à la grève générale et interprofessionnelle leur a permis de « soutenir le mouvement global » mais aussi de porter des revendications auprès de leur employeur.

Manifestation grève générale mouvemennt jeunesse syndicats 5 novembre
Louise, Élie et Morgan, charpentiers. © Adrien Labit / Pokaa

« Il y a la question salaires tout d’abord, que l’on trouve trop bas par rapport à notre charge de travail et à nos responsabilités. On manque aussi de matériel et d’équipements pour nous permettre de travailler dans de bonnes conditions. Et il y a aussi le fait de travailler en extérieur, dans des conditions climatiques parfois compliquées, sans moyens particuliers pour y faire face », déroule Louise.

Dans leur entreprise d’une vingtaine de personnes, ils sont quatre à être en grève aujourd’hui. « Avec un peu plus de sympathisants encore ». Cela représente un coût qu’ils et elle sont prêts à assumer. « Une journée, je suis en mesure de l’encaisser, détaille Élie. C’est important d’être dans la rue en ce moment. Et le but, c’est un peu aussi de voir la réaction du patron à notre mobilisation. Est-ce que ça va avoir un réel impact sur l’entreprise? Le faire bouger sur des choses dont on parle depuis longtemps? »

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© Adrien Labit / Pokaa

Faire grève, « c’est plus impactant que juste des paroles », insiste le charpentier. « C’est aussi une manière de faire collectif ». De ne pas laisser chacun seul face à des problèmes qui concernent tous les salariés d’une même entreprise. « C’est une manière de faire front. La lutte, c’est plus important qu’une journée de salaire.»

Manifestation grève générale mouvemennt jeunesse syndicats 5 novembre
© Adrien Labit / Pokaa
Écrit par :
Journaliste option roman fleuve. Hyperactive enthousiaste et caféinomane.
Photo par :
Photojournaliste actif de jour comme de nuit. Craint le froid et la sonnerie du réveil.
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