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Fenêtres cassées et manque de WC : à Strasbourg, on a interrogé la Région sur l’état des lycées

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À Strasbourg et ses alentours, on s’est penché sur l’état du bâti lycéen tandis que des élèves évoquent des établissements en mauvais état. Températures « invivables », fenêtres qui tombent, moisissures et manque de toilettes, on fait le point.

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Après plusieurs semaines de mobilisations lycéennes en faveur de meilleures conditions d’apprentissage dans l’Éducation nationale, le mouvement tend à se généraliser au-delà des seul(e)s élèves. Si les lycéen(ne)s ne demandent qu’à être entendu(e)s, on constate que pour quelques adultes, la réticence règne. 

Alors on a voulu comprendre comment ces revendications se matérialisent concrètement. Ici, à Strasbourg, au plus près de nous.

Commençons par la base : le bâti lycéen ne dépend pas du ministère de l’Éducation nationale, mais de la Région.

région grand est
© Nicolas Kaspar / Pokaa

En se penchant sur la communication du Grand Est, on constate que, depuis le début du mouvement lycéen, la collectivité a choisi d’axer sa réponse officielle sur la condamnation des dégradations et violences. Quasi rien sur les revendications ou sur l’état du bâti lycéen, pourtant sous sa responsabilité.

Irène Weiss, élue régionale (Les Républicains) et référente du suivi des lycées strasbourgeois pour la collectivité, assume pleinement « une parole d’autorité et de fermeté » de la part de la Région. Pour elle, c’est un « cycle de dégradations absolument invraisemblable » et une mise en danger du personnel qui ont relégué les revendications au second plan.

Cependant, l’élue revendique être toujours disposée à entendre une revendication, discuter d’un problème et essayer d’identifier des solutions. Et pour le coup, c’est précisément ce qu’elle a fait avec nous. Munis des témoignages récoltés, on a pu échanger longuement sur ces sujets concrets.

L’emblématique « cas Couffignal »

C’est un des plus grands lycées de Strasbourg. C’est aussi un des plus vétustes. À la Meinau, le lycée Couffignal est tristement connu pour incarner l’exemple même des problématiques liées au bâti.

De quoi désoler Fawzi Menina, professeur et représentant des personnels FSU-SNES, qui aurait préféré nous parler de l’ambiance chaleureuse de l’établissement : « On a bien conscience qu’on ne parle de nous que pour cela et que ça nuit à l’image du lycée. Mais on fait ça pour nos jeunes. Ils ne sont pas respectés et ça fait mal au cœur. »

Lycée_Couffignal
© Kevin B. Licence CC / Capture d'écran

Au lycée, l’enseignant fait état de fenêtres cassées, condamnées, voire pour certaines recouvertes de contreplaqué. « Elles ne sont plus aux normes », explique-t-il, « ce qui fait qu’elles ne peuvent pas être réparées ».

L’année dernière, une fenêtre serait tombée sur un professeur dans une salle de classe, le blessant au cou. Une autre professeure interrogée témoigne d’une fenêtre qui a failli lui tomber dessus, ainsi que sur des élèves qui tentaient de la retenir.

La Région ne fait pas de rénovations, elle fait du bricolage ! Nous attendons qu’elle prenne la situation au sérieux.
Une professeure du lycée Couffignal
couffignal
© Google Maps / Capture d'écran

Fawzi Menina poursuit : « Il y a eu une rénovation, il y a une quinzaine d’années. Ils ont commencé à installer des volets, mais au bout d’un étage et demi, ils se sont arrêtés. » Sans volets, la majorité des salles de classe offre des conditions de travail particulièrement éprouvantes, notamment en été.

Une professeure indique avoir été sujette à des étourdissements dans une classe à 35°C, elle relate aussi des malaises d’élèves. Impossible également pour les enseignant(e)s de projeter des documents au tableau.

Sur ce sujet, Irène Weiss le concède : « Il faudrait changer l’ensemble des fenêtres. » Lorsqu’une professeure dénonce du « bricolage », l’élue parle de « pansements » qu’elle justifie par un contexte budgétaire « inquiétant » qui impose des réparations « au fil de l’eau ». Dans cette optique, elle met en avant des réparations de fenêtres qui auraient été effectuées du côté de l’internat. On y reviendra.

couffignal
© Google Maps / Capture d'écran

Autre problématique, largement médiatisée cette fois-ci, c’est celle du manque de toilettes. Dans un article publié le 11 octobre, Rue89 avait recueilli des témoignages d’élèves qui expliquaient se retenir d’uriner, ou être contraints de le faire dans la cour.

Selon Fawzi Menina, le peu de toilettes qui ont le mérite d’exister demeure soumis à un certain nombre de problèmes qui les rendent régulièrement inaccessibles. Situés en sous-sol, dans la pénombre, impossibles à surveiller, bon nombre d’équipements font l’objet de dégradations régulières.

Toilettes Couffignal
© Document remis

D’autres toilettes sont sujettes à des remontées d’odeurs à cause d’un problème lié à la fosse septique. « Quand je vous dis ‘odeurs’, c’est vraiment quelque chose qu’on sent immédiatement dès qu’on est dans le coin », précise Fawzi Menina. Des bâtiments entiers se sont retrouvés sans toilettes pendant plusieurs semaines.

Le représentant du personnel relate qu’en ce début d’année scolaire, plusieurs jours se sont écoulés durant lesquels le lycée entier n’a eu aucune toilette pour garçon en fonctionnement.

La Région n’a pas attendu les blocus pour réagir !
Irène Weiss, élue régionale référente du suivi des lycées strasbourgeois

Là-dessus, Irène Weiss assure que la Région prend cette problématique au sérieux depuis longtemps et rejoint Fawzi Menina sur la localisation inadaptée des toilettes dans l’établissement, qui rend leur surveillance impossible.

L’élue insiste sur de nouvelles toilettes qui vont être livrées début 2027. « J’ai annoncé que les toilettes seraient livrées à la rentrée parce que je pensais sincèrement que l’appel d’offres serait plus rapide. Ce sera finalement installé lors des vacances de Noël. » Le nouveau bloc sanitaire sera situé dans la cour, donc plus facile à surveiller.

« Et je pense qu’on va continuer dans ce sens-là, et en ajouter encore huit supplémentaires pour résoudre un peu le problème. » En attendant, des toilettes provisoires seront installées dans des préfabriqués. Le but affiché est, à terme, de remplacer complètement les toilettes en sous-sol. De nouveaux matériaux seront également privilégiés afin d’éviter de futures dégradations.

Toilettes Couffignal
© Document remis

De jour… comme de nuit

Des témoignages recueillis évoquent des problématiques récurrentes dans les internats de plusieurs établissements strasbourgeois et de l’Eurométropole. Au Couffignal toujours, un ancien membre de l’équipe éducative se souvient avoir dû « calfeutrer des fenêtres de chambres en plein hiver », précisant que plusieurs ne se ferment pas correctement.

Un interne relate la fois où il a dû amener du plâtre et de la peinture pour colmater lui-même les trous dans les murs. Du côté des sanitaires, on nous glisse : « Des lunettes de WC sont manquantes, il y a des moisissures dans les douches, des dalles de faux plafond se détachent. »

Douches internat Couffignal
Douches à l'internat du lycée Couffignal, il y a quelques mois. Selon des élèves : « Rien n'a changé. » © Document remis

Irène Weiss affirme avoir visité l’internat du lycée Couffignal en début de semaine. Elle assure ne pas avoir constaté de moisissures dans les sanitaires et pointe là encore une rénovation « au fil de l’eau » selon les demandes de l’établissement.

Elle précise que la Région n’est pas en capacité budgétaire de « rénover tout un internat d’un coup » et qu’aucune intervention importante ne peut avoir lieu en présence d’élèves. « On a fait 12 rénovations cet été, certaines sont en cours pendant ces vacances. » Un interne interrogé est pourtant catégorique : « Toutes les douches sont dégueulasses ! » À côté de lui, son père confirme.

Un autre interne raconte des températures problématiques : « Il m’est arrivé d’avoir 13°C dans ma chambre le matin. » La faute à des flux d’airs dans certaines chambres, explique-t-il, détaillant que certaines aérations ont perdu leur « filtre » et laissent un simple trou vers l’extérieur.

Le même élève fait part de la présence de moisissures autour de plusieurs fenêtres.

Dans un autre établissement strasbourgeois, un personnel éducatif fait part de problématiques liées au chauffage : « C’est de notoriété publique que certaines chambres restent sans chauffage depuis des années ? Tout le monde le sait et se renvoie la balle. Un coup on nous dit qu’on ne sait pas d’où vient le problème, un coup on nous dit que cela demanderait de trop gros travaux. »

Pour cet établissement, l’élue régionale estime que la problématique relève de l’établissement et de sa relation avec son fournisseur d’énergie. Elle n’exclut pas d’intervenir « politiquement » afin de débloquer la situation.

On nous parle aussi du réseau Wi-Fi défaillant depuis le début de l’année, à l’heure du fameux plan « lycée 4.0 », qui suppose que les lycéen(ne)s puissent suivre leurs apprentissages en grande partie sur des supports informatiques. Un personnel d’un établissement strasbourgeois nous confirme devoir utiliser ses propres données mobiles pour pouvoir travailler sur les équipements du lycée qui ne sont pas connectés par câble.

L’élue régionale l’affirme : « Là-dessus, il n’y a pas de sujet pour nous. » Elle affirme que la Région assure la maintenance des réseaux dans des délais très courts dès qu’elle est avertie et suggère plutôt, dans certains cas, un dysfonctionnement au niveau de la remontée d’information.

Tensions thermiques et leviers d’action

Des élèves interrogées nous font part aussi de problèmes d’isolation et de températures excessives dans l’internat du lycée Kléber, qui héberge des étudiant(e)s en classes préparatoires.

Du côté d’un autre internat de l’Eurométropole, on nous signale plusieurs fiches SST (santé et sécurité au travail) rédigées par des membres de l’équipe éducative cet été, relatives à des conditions de travail difficiles liées aux fortes chaleurs. On nous évoque également la « menace constante » du risque des légionnelles, du fait d’un « mauvais état des conduits ».

On a tous été très surpris par cette canicule extrêmement intense et qui était en période scolaire.
Irène Weiss, élue régionale référente du suivi des lycées strasbourgeois

Il n’y a pas de doute : l’été particulièrement éprouvant a amené la problématique des fortes chaleurs dans les établissements scolaires au cœur des revendications lycéennes. Pour la conseillère régionale, le problème est global.

Elle liste plusieurs établissements strasbourgeois concernés et pointe la période de leur construction : « Kléber, Couffignal, Jean-Monnet… ce sont des bâtiments en béton, qui datent des années 50 […]. C’est une catastrophe, de vraies passoires thermiques. »

Cité scolaire Kléber
Cité scolaire Kléber. © Ralph Hammann - Wikimedia Commons / Capture d'écran

Si elle n’indique pas de plan spécifique en prévision de l’été 2027, l’élue met en avant des réflexions et études qui seraient en cours dans le cadre de la rénovation thermique de certains établissements. Elle cite le lycée Kléber, pour lequel des travaux importants sont envisagés en termes d’isolation. « On va regarder dans nos lignes budgétaires pour savoir si on le fait en 2027, 2028, ou 2029. »

Parce que c’est là le nœud du problème, selon Irène Weiss qui le dit et le répète : « La Région fait au mieux selon le budget qui lui est alloué. » Une problématique d’ailleurs reprise par l’association des Régions de France qui dénonce une coupe budgétaire de 1,7 milliard d’euros ces deux dernières années

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Le bâtiment A (à droite) du lycée Jean-Rostand sort de plusieurs années de rénovation complète. © Ralph Hammann - Wikimedia Commons / Capture d'écran

Dans un communiqué publié à l’occasion du mouvement lycéen, les Régions de France demandent au gouvernement de revoir son projet de budget pour 2027, lequel prévoit actuellement une nouvelle coupe budgétaire d’un milliard d’euros. Sans cela, elles « ne seront pas en mesure d’investir suffisamment dans la rénovation énergétique des bâtiments scolaires ». Elles réclament également la prise en charge des travaux dans les lycées par le Fonds Vert.

Du côté du Grand Est, Irène Weiss conclut en revendiquant 260 millions d’euros investis annuellement par la Région dans ses lycées, « contre 142 millions d’euros en 2015 pour les trois anciennes régions réunies ».

Elle estime ne pas avoir à rougir du travail de la collectivité : « C’est une augmentation de plus de 80 % en 10 ans. Peu de politiques publiques peuvent se prévaloir d’une telle progression de l’effort d’investissement. » L’élue évoque enfin les différents besoins à régler simultanément, comme la prochaine sécurisation d’établissements, qui passera par l’équipement d’entrées avec des tourniquets.

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© Claude Truong-Ngoc Wikimedia Commons / Capture d'écran

Quelques heures avant la publication de cet article, le gouvernement a organisé une conférence de presse avec les ministres Édouard Geffray (Éducation nationale) et Philippe Baptiste (Enseignement supérieur). Initialement prévue à 17h30 ce lundi 26 octobre, elle a commencé vers 19h. Plusieurs mesures ont été annoncées :

  • Sur le sujet du bâti lycéen, le Premier ministre ouvre quatre milliards d’euros de crédits supplémentaires dans le cadre des prêts à taux bonifié aux régions pour mener à bien les travaux de rénovation des bâtiments.
  • Parcoursup va évoluer et le contrôle continu va être « questionné ».
  • Les suppressions de postes au second degré (836) seront annulées par amendement du gouvernement. 500 postes de professeur(e)s supplémentaires seront aussi créés dans les lycées.
  • Le gouvernement veut réduire la pression scolaire avec moins d’élèves par classe. Dès la rentrée 2027, il y aura maximum 28 élèves dans les classes de seconde des « 50% de lycées les moins favorisés. Dès la rentrée 2028, ce sera dans tous les lycées ».

Est-ce que ces mesures suffiront à stopper le mouvement lycéen ? L’avenir nous le dira.

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