Octobre rose, c’est bientôt fini, mais pas encore. Pour conclure ce mois de sensibilisation en beauté, c’est peut-être l’occasion d’aller découvrir l’exposition gratuite Crabe Chorus de Violaine Lochu, qui retrace son parcours face au cancer, et mêle sa voix à tant d’autres. À découvrir jusqu’au 7 février 2027 au CEAAC à Strasbourg, pour aborder la maladie au-delà du médical, entre arts visuels et vocaux, en partenariat avec le festival Musica. On vous raconte notre expérience.
Crabe Chorus, c’est une exposition de Violaine Lochu en lien avec des enjeux de santé publique. Curatée par Vanessa Desclaux, elle réunit des travaux de l’artiste conçus depuis l’annonce de son cancer en 2018, entre dessins, peintures, vidéos, photographies et performances.
Mais aussi, un volet conçu tout spécialement pour cette exposition au CEAAC, en collaboration avec le festival Musica et des participant(e)s et volontaires touché(e)s par la maladie, ou des personnes aidantes l’ayant côtoyée de près.
Agnès Biro, chargée des expositions et des résidences au CEAAC, nous fait visiter cette exposition. Un rendez-vous qui témoigne d’une force hors normes, celle des voix qui s’unissent entre elles pour dépasser la maladie, apaiser les cœurs, et faire d’une expérience collective un étendard de l’espoir, dans un parcours à la fois doux et percutant.
Se réapproprier son corps
À l’annonce de son cancer au niveau de la sphère gynécologique en 2018, Violaine Lochu entame un parcours de soin. Celles et ceux qui l’ont vécu le savent : ce n’est plus nous qui avons le contrôle de notre corps. D’un côté, la maladie essaie de faire sa loi. De l’autre, les examens et traitements : biopsies, scanners, TEP scans, injections, perfusions…
Bref, au milieu de tout ce jargon médical et des actes de soin, on se perd. Alors, Violaine a attrapé des feuilles depuis son lit d’hôpital. Elle a essayé de se réapproprier ce corps en s’inspirant de l’imagerie médicale. Elle a imaginé à quoi pouvait ressembler son organe malade (Inside V.), a écrit des textes en organisant les phrases (bioGraphies) de manière à évoquer des planches de biopsie.
Mais aussi, elle a baladé une caméra sur son épiderme (C’est la peau), ou a tenté de vocaliser les sons produits par une machine IRM (Magnetic song). Toute cette expérience individuelle est à retrouver au premier étage, avant de plonger dans des créations à plusieurs mains et voix.
Liens du cœur, liens du chœur : quand les voix s’élèvent
Crabe Chorus, c’est le nom de l’exposition au CEAAC. Mais aussi et avant tout, celui de performances qui ont été conçues de manière plurielles. À partir de 2022, Violaine Lochu réunit des patient(e)s volontaires pour mettre leurs récits en commun. Et propose de faire différents exercices somatiques et vocaux. Le tout donne naissance à un chœur qui s’est baladé dans les couloirs de l’institut Bergonié, en récitant des bouts de textes des participant(e)s.
Ce sont ces témoignages qu’on retrouve écrits sur des rideaux multicolores (Crabe chorus #3), suspendus aux fenêtres du premier étage du CEAAC. Morceaux de peur, de colère, de résilience, mais aussi bouts de combat et d’espoir.
« Une fois par semaine
Toutes les trois semaines
Pendant trois jours
Pendant 3 mois. »
« Bouche sèche
J’ai soif j’ai soif j’ai soif
Langue molle
J’appelle j’appelle j’appelle
Ventre ouvert
J’ai mal j’ai mal j’ai mal. »
« Iels sont insoupçonné.es
Décontenancé.es
Anesthésié.es
Terrorisé.es
Non concerné.es
Trop concerné.es
Paniqué.es
Pétrifié.es
Impacté.es »
Guérir, ensemble
Au rez-de-chaussée, les œuvres ont été conçues spécialement pour le CEAAC. La grande salle attire de suite l’œil, avec ses tapis en velours peau de pêche, et les cabanes argentées qui rappellent les machines IRM. Il est possible de se lover dedans, en écoutant au casque des paroles de patient(e)s et soignant(e)s, dont on retrouve des mots pyrogravés dans le velours.
On voit aussi, dans la première salle, cinq autels (Aman silaT #choeur), chacun dédié à un pan de la maladie duquel on recherche une protection : l’annonce, le discours médical, la douleur, l’entourage et l’environnement.
Les dessins reprennent des images rituelles empruntées aux rouleaux protecteurs éthiopiens ou aux ex-voto mexicains, mêlées à des représentations scientifiques et médicales et des bouts de témoignages.
Tout ça dans le but d’instaurer des rituels de protection, que les visiteurs/ses peuvent activer lors de leur visite avec un(e) médiateur/rice. Agnès nous explique : « Il y a des boîtes dans lesquelles on peut déposer des petits papiers pour faire des vœux de protection. Lorsqu’on performe le rituel, les mots sont déposés sous les bougies, brûlent ou se figent. » De quoi combattre et espérer, ensemble.
Agnès poursuit : « Grâce à la pluralité de techniques qui sont déployées dans l’exposition, les gens trouvent toujours un moyen de s’y rattacher, de se connecter. » Et c’est peut-être cela qui fait la beauté de cette exposition : un combat individuel qui devient une histoire à plusieurs voix, qui émeut mais aussi rassure, fédère, réconforte et surtout, donne une force inouïe.
Et dans le cas de Violaine Lochu, même des miracles car elle vient d’accueillir son premier enfant.
Il reste encore plein de pépites à découvrir dans l’exposition, dont on n’a présenté que quelques morceaux. Pour la découvrir en entier, toutes les infos sont par ici !
Événement
« Crabe Chorus »
Quoi ?
Exposition de Violaine Lochu
Quand ?
Jusqu’au 7 février 2027
Du mercredi au dimanche, de 14h à 18h
où ?
7 rue de l’Abreuvoir, Strasbourg
Plus d'infos ?
Entrée gratuite et sans réservation
Visites commentées :
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- Dimanche 7 février 2027, 15h


