Alors que la mobilisation lycéenne ne faiblit pas à Strasbourg depuis trois semaines, le sujet peine pourtant à s’imposer dans la politique locale. Petit tour d’horizon des réactions de nos élu(e)s strasbourgeois(es) depuis le début du mouvement.
Fort sujet au niveau national, la mobilisation des lycéen(ne)s a pourtant du mal à briser la barrière de la politique locale. Alors que les blocus et les grosses manifestations s’enchaînent depuis le 21 septembre à Strasbourg, avec de gros rassemblements, les arènes politiques strasbourgeoises ne se sont pas réellement emparées de la question.
Aucun débat à signaler sur le sujet au conseil municipal du 28 septembre, tout juste un moment de discussion de 40 minutes au conseil de l’Eurométropole ce 9 octobre, alors que la mobilisation est au plus haut. Il nous semblait donc intéressant d’étudier les positions de chaque élu(e) ; surtout compte tenu de leur relative absence dans la rue depuis le début du mouvement.
Côté Catherine Trautmann : pas de présence dans la rue, mais un relai au niveau national
Pour la majorité de Catherine Trautmann (sans le groupe de Pierre Jakubowicz, compté à part dans cet article), les premières réactions datent du 1er octobre, jour d’une mobilisation particulièrement intense à Strasbourg. Comme souvent dans le groupe socialiste, il a fallu attendre les mots de la maire, avant d’entendre ceux de ses adjoint(e)s.
Catherine Trautmann estime que « des revendications légitimes sur leurs conditions d’études et leur avenir [des lycéen(ne)s] doivent être entendues », mais que « cela ne saurait justifier les violences, provoquées en partie par des éléments extérieurs. » La maire rappelle que « notre priorité doit être la sécurité de toutes et tous, à commencer par celle des jeunes qui se mobilisent. »
Une parole reprise à leur sauce dans la journée par de nombreux/ses adjoint(e)s, comme Mathieu Cahn, Céline Geissmann, Mourad Oualit ou Carole Wenner. On a également pu voir Delphine Bernard, adjointe à la petite enfance, Robert Vanherzeeke et Abdelaziz Choukri dans la manifestation du 6 octobre. Cependant, on peut noter l’absence totale de réaction, et de présence dans la rue, de la part d’élu(e)s strasbourgeois(es) habituellement très volubiles sur les réseaux pour montrer leur présence sur le terrain.
Cette absence n’a pas empêché des prises de position plus nationales. Le 7 octobre, Catherine Trautmann, Thierry Sother et Pernelle Richardot vont plus loin sur le sujet de la mobilisation lycéenne : après une rencontre d’une délégation de neuf représentant(e)s des lycéen(ne)s mobilisé(e)s à Strasbourg, les trois élu(e)s ont écrit au Premier ministre « pour que leurs préoccupations soient entendues au niveau national. » La maire a d’ailleurs salué « le déroulement largement pacifique de la mobilisation [du 6 octobre, ndlr] » et réaffirme que « cette parole doit être entendue et recevoir une réponse politique. »
Côté Pierre Jakubowicz : aucune réaction… sauf pour le monument aux morts dégradé
Les sujets nationaux ont cela d’intéressant qu’ils révèlent quelques points potentiels de fractures dans une majorité composé de différents groupes. Contrairement à celui de Catherine Trautmann, le groupe de Pierre Jakubowicz, proche politiquement du gouvernement, n’a aucunement réagi à la mobilisation lycéenne en cours.
Ni Sandra Dietsch, ni Étienne Loos, ni Rebecca Breitman et logiquement pas non plus le 3e adjoint de Catherine Trautmann n’ont eu un mot sur le sujet, en soutien ou non. La seule réaction de Pierre Jakubowicz sur le sujet a été pour critiquer la dégradation du monument aux morts place de la République lors de la manifestation du 6 octobre, un moment « qui nous a tous choqués ».
Côté Jean-Philippe Vetter : la mobilisation lycéenne uniquement examinée sous le prisme des « violences et de la casse », photos à l'appui
Pour le premier groupe d’opposition en termes d’élu(e)s, les réactions sont également coordonnées et unanimes, à la suite de la manifestation du 1er octobre. Très peu de mention des revendications lycéennes, mais un focus sur « la casse » et « les violences », tout en critiquant « l’instrumentalisation » des revendications par « certains partis politiques » et en apportant un soutien aux forces de l’ordres. Un argumentaire repris par Irène Weiss lors du temps de débat au conseil de l’Eurométropole le 9 octobre.
Jean-Philippe Vetter a fustigé que « les violences que nous constatons à Strasbourg et ailleurs en France [soient] inacceptables. » et que l’on « ne peut plus continuer dans un système où l’irresponsabilité règne. » Avant de résumer sa pensée : « Dans une démocratie, chacun doit pouvoir exprimer ses convictions et ses revendications. Mais cette liberté ne peut jamais justifier la violence, la destruction ou la mise en danger d’autrui. »
Le reste de son groupe reste globalement sur la même ligne, que ce soit Jean-Philippe Maurer, Irène Weiss, Mohamed Siaaliti, Elsa Schalk [également réélue sénatrice, ndlr] et Nicolas Matt. Des réactions qui ont toutes eu un point commun : des photos des dégâts causés par la manifestation du 1er octobre. Abribus aux vitres éclatées, voitures brulées, panneaux publicitaires brisés… le groupe de Jean-Philippe Vetter a choisi de lier poids des mots et choc des photos.
Côté Jeanne Barseghian : présence en manifestation et soutien aux lycéen(ne)s
Pour l’ancienne maire de Strasbourg et ses collègues élu(e)s, le focus est mis sur le soutien aux revendications lycéennes. Le 1er octobre, le groupe Strasbourg Juste et Vivante partage sur les réseaux que « le cri d’alarme de la jeunesse doit être entendu ». Il rappelle « les classes surchargées, les enseignant(e)s débordé(e)s et les bâtiments vétustes », tout en critiquant une « réponse policière disproportionnée ».
Nadia Zourgui précise de son côté, en condamnant les violences, « qu’appeler au calme, aussi nécessaire soit-il, ne suffira pas à répondre à ce qui s’exprime dans nos rues. » Le 3 octobre, Thierry Kuhn regrette que, alors que les lycéen(ne)s « demandent des moyens et un monde, nous répondons répression et cours à distance. » Il demande également à ne pas « idéaliser le mouvement ni à fermer les yeux sur les violences qui peuvent l’accompagner » pour ne pas en faire « le regard unique sur les événements. »
Le 6 octobre, le groupe publie une courte vidéo en soutien à la mobilisation étudiante. On peut notamment y voir Floriane Varieras et Germain Mignot dans la manifestation. Lors du débat à l’Eurométropole le 9 octobre, Thierry Kuhn réitère que « face aux revendications de la jeunesse, la réponse ne peut pas être la répression brutale. » Un argument également repris par Syamak Agha Babaei : « Dans aucune démocratie européenne, ce qui s’est passé en France serait acceptable. » L’élu propose également une discussion du conseil avec des représentant(e)s du mouvement lycéen.
Côté Florian Kobryn (LFI) : beaucoup de présence sur le terrain et de communication sur les réseaux
Dans la lignée de leurs élu(e)s dans la sphère nationale, c’est le groupe de La France insoumise qui a le plus communiqué sur le sujet de la mobilisation lycéenne, notamment sur Instagram. Ce sont les premiers à apporter leur soutien au mouvement, dès le 29 septembre, et les élu(e)s strasbourgeois(es) ont de nombreuses fois été aperçu(e)s sur le terrain dans des blocus ou dans la manifestation du 6 octobre. Ils ont par ailleurs souvent été accompagné(e)s par Manon Aubry, Rima Hassan et Emma Fourreau, députées européennes, et Emmanuel Fernandes, député LFI de la 2e circonscription de Strasbourg.
De nombreuses vidéos, particulièrement sur Instagram, sont relayées par toutes les personnalités du mouvement pour montrer à la fois la présence des élu(e)s au côté des lycéen(ne)s, mais également pour donner au groupe strasbourgeois une posture combative et déterminée.
Le message est sensiblement le même ce 9 octobre, lors du débat à l’Eurométropole. Florian Kobryn y rappelle que son groupe sera au côté des lycéen(ne)s qui se sont mobilisé(e)s « pour refuser l’injustice et défendre leur avenir » : « Votre indignation est légitime, et elle demande une réponse immédiate. » Il critique également la répression policière, qu’il qualifie de « honte ».
Que les élu(e)s le veuillent ou non, l’intense mobilisation lycéenne de ces dernières semaines rejaillit dans l’arène politique strasbourgeoise. Reste à voir les futurs développements du mouvement ainsi que les prises de position des élu(e)s strasbourgeois(es) sur le sujet dans les prochains temps. Car il semblerait bien que la mobilisation soit partie pour durer.


