Alors que la planète se réchauffe de plus en plus, les villes comme Strasbourg seront aux premières loges des effets du dérèglement climatique. Comme ces événements sont amenés à se répéter de plus en plus souvent les prochaines années, focus sur quelques solutions possibles à mettre en place pour adapter Strasbourg aux prochains épisodes caniculaires.
L’épisode caniculaire du mois de juin a laissé des traces à Strasbourg : sur les corps et les esprits des Strasbourgeois(es), sur les arbres, plantes et espaces verts de la ville, déjà jaunis par les chaleurs extrêmes.
Particulièrement inédit pour la saison, avec des températures flirtant avec les 40°C et des nuits tropicales, il a remis sur le devant de la scène la nécessité de politiser les canicules.
Alors qu’un nouvel épisode de fortes chaleurs se prépare à Strasbourg [sans pour l’instant s’apparenter à une canicule, ndlr], et que les vagues de chaleur deviennent plus féroces et plus précoces, Strasbourg a besoin de s’adapter.
La tâche n’est pas aisée, tout particulièrement parce que l’Alsace a souvent, comme le reste de la France, construit dans une logique de bâtiments surisolés, comme ses voisins nordiques. Mais avec le dérèglement climatique, le climat et les températures se rapprochent davantage de celles du sud, posant des problèmes de fortes chaleurs à l’intérieur des bâtiments en été. Focus sur des solutions qui existent déjà ailleurs, pour adapter Strasbourg aux années à venir.
Agir sur le bâti
Un des leviers principaux des collectivités, à l’instar de Strasbourg, c’est la rénovation thermique de ses bâtiments. Un travail lancé par la précédente mandature. Pour le moment, la nouvelle mandature a de son côté évoqué une volonté de « massification de la végétalisation », dans les colonnes de Rue89.
Blanchir les toits
Préconisée par le GIEC depuis 2014, une des solutions les plus prisées depuis longtemps dans le pourtour méditerranéen se résume en deux mots : le « cool-roofing ». Elle consiste à repeindre son toit en blanc avec une peinture spéciale, blanche aux propriétés réfléchissantes, qui renvoie les rayons solaires vers le ciel, par l’effet d’albédo. Ainsi, les toitures absorbent moins la chaleur, ce qui permettrait de conserver la fraîcheur à l’intérieur du bâtiment.
Néanmoins, elle se montre surtout efficace sur les toitures peu ou pas isolées et elle nécessite des conditions précises par rapport à l’environnement du bâtiment. Peu poussée par la Ville et l’Eurométropole sous le mandat des écologistes, elle pourrait être une solution.
Végétaliser les toitures et les façades
Autre solution, qui peut être mise en place au sein du plan local d’urbanisme : végétaliser les toitures ainsi que les façades. Pour les secondes, il s’agit d’isoler via l’extérieur en végétalisant, afin de créer une ombre sur les vitres aux heures les plus chaudes de la journée. Ça serait surtout pour les immeubles où il n’y a ni stores ni volets, une donnée qui concerne encore beaucoup de logements [rajouter stores et volets là où il n’y en a pas est également une bonne solution, à moindre coût, ndlr].
La végétalisation des toitures vient en complément, une sorte de bonus de nature en ville. Les toitures permettent d’absorber les eaux pluviales, servent d’isolant thermique, et permettent de réduire les îlots de chaleur. Attention, il faudrait au minimum 8 cm d’épaisseur pour avoir une bonne rétention d’eau et 30 cm pour une bonne biodiversité. Un procédé qui peut s’accompagner de la pose de panneaux photovoltaïques.
Agir sur la rue et l’environnement
Au-delà du bâtiment, la municipalité pourrait également s’intéresser aux actions dans la rue. L’objectif ? Adapter Strasbourg au dérèglement climatique et diminuer les îlots de chaleur urbains qui rendent la ville étouffante lors des phénomènes de fortes chaleurs. Ici, le plan local d’urbanisme est également un outil très important pour la Ville et la métropole pour dicter son ambition en la matière.
Remplacer le pavé et le goudron par des pavés drainants et du revêtement plus clair
En période de canicule, l’asphalte, le béton et le goudron deviennent vite difficilement supportables, créant des îlots de chaleur urbains où l’on peut littéralement y faire cuire un oeuf. L’une des solutions est le « dépavage », ou la désimperméabilisation des sols. Le principe est simple : enlever le pavé et le goudron, pour le remplacer par de la végétalisation, ou des matériaux plus drainants et plus perméables.
Ainsi, non seulement les températures au sol diminuent, réduisant l’effet d’îlot de chaleur, mais l’eau est également mieux retenue, ce qui réduit le risque d’inondations. À cette stratégie s’en rajoute une autre : utiliser un revêtement plus clair, qui emmagasinerait moins ce chaleur. À Strasbourg, sous les pavés, il n’y a pas la plage, mais peut-être une solution pour diminuer la chaleur en ville.
Planter des arbres et réaliser des « corridors de fraîcheur »
Solution la plus simple, mais également l’une des plus efficaces, planter des arbres permet d’offrir de l’ombre, mais également un refuge de biodiversité. Alors que de nombreux arbres sont menacés par le dérèglement climatique, le but est de choisir des essences plus résistantes aux températures que connaît désormais Strasbourg. À voir ce que compte faire la nouvelle municipalité, après le Plan Canopée déployé par l’ex-mandature écologiste.
Si planter des arbres c’est bien, les relier avec d’autres espaces verts afin de créer un « réseau écologique », c’est encore mieux. En somme, avoir des rues avec des arbres alignés, des bâtiments aux toitures végétalisées, des espaces verts et des jardins privés arborés… Des sortes de corridors de fraîcheur, indispensables en période de grandes chaleurs. Cela peut s’accompagner de la mise en place de brumisateurs.
Avec la canicule, 3 brumisateurs géants sont apparus à Strasbourg
Mettre en place des toiles d’ombrage
Si les arbres permettent d’offrir de l’ombre et du répit aux Strasbourgeois(es), la ville possède nombre de rues où il n’est pas possible d’en planter, rendant leur traversée éprouvante en plein cagnard. Une solution alternative serait alors de s’inspirer des villes espagnoles et d’installer des toiles d’ombrage.
Grâce à des toiles et à des structures métalliques, celles-ci peuvent offrir de la protection solaire, réduire l’ensoleillement dans les bâtiments et améliorer le confort des rues. Avantage de cette solution ? Elle est peu coûteuse et peut ensuite être enlevée lorsque les chaleurs redescendent.
Améliorer l’accès aux piscines et plans d’eau
Enfin, une dernière solution est simplement de permettre aux Strasbourgeois(es) qui n’ont pas le luxe d’avoir une climatisation ou qui vivent dans une bouilloire thermique d’échapper à la chaleur. Cela passe principalement par de meilleurs accès aux plans d’eau et piscines. Récemment, la municipalité et l’Eurométropole ont renforcé leur offre de baignade, proposant des baignades surveillées dans les quatre plans d’eau du territoire.
Elles ont également décalé les fermetures techniques de certaines piscines, notamment celles de Schiltigheim et de la Kibitzenau, alors que la piscine de Hautepierre est fermée pour une durée indéterminée. En revanche, pas de signes pour le moment d’une potentielle gratuité des piscines en cas de canicule de la part de l’Eurométropole.




