Après huit ans d’existence, le festival Démostratif a annoncé tirer sa révérence dans un communiqué publié le lundi 9 mars dernier. Son directeur artistique pointe le retrait du soutien financier de l’Université de Strasbourg. De son côté, l’Université défend une réorientation budgétaire dans un projet plus durable : la Pokop. Explications.
À seulement trois mois de l’édition 2026, la nouvelle est tombée : le festival Démostratif va cesser d’exister. Véritable tremplin pour la création artistique, ce format unique, dédié au spectacle vivant, a remporté un succès certain au fil des années, avec 21 182 spectateurs/rices au compteur, dont presque la moitié sont étudiant(e)s.
Sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes se sont exprimées pour remercier le festival de leur avoir permis de fouler les planches, parfois pour la toute première fois.
« Je me suis retrouvé un peu le bec dans l’eau »
Pour Sacha Vilmar, le directeur artistique de l’événement, c’est une surprise. Bien qu’il reconnaisse que des discussions ont eu lieu en octobre concernant le format du festival (lieux, nombre de jours, dates), d’après lui, une édition de transition était envisageable pour juin 2026.
« Je l’ai appris un peu en off le vendredi des vacances de Noël à 18h, à un moment où tu ne peux plus discuter avec personne. Je me suis retrouvé un peu le bec dans l’eau. Moi, j’ai des contrats qui commencent le 5 janvier. Et même pour prévenir les partenaires, je ne voyais pas comment faire. Je n’ai pas eu de nouvelles jusqu’en février, où on me l’a annoncé de manière officielle. »
Selon Enrica Zanin, vice-présidente Culture, science et société de l’Université de Strasbourg, les échanges autour d’une potentielle suppression montrent bien la volonté de transparence de l’Université : « Dès le départ, il a été associé aux réflexions. L’idée, c’était justement de réfléchir à cette année de transition. On a pris le temps et il a aussi fallu s’accorder avec notre partenaire, le Crous, avant de pouvoir acter les choses. »
Chaque année, ils étaient quatre salarié(e)s à se consacrer au festival de janvier à juillet et jusqu’à 30 au total sur la durée de l’événement. Pour les artistes et les technicien(ne)s qui participaient à l’événement, cela représentait entre 100 et 150 heures à ajouter à leur cumul pour le statut d’intermittent du spectacle.
« Quand on clôture une édition en juin, on est déjà en train de booker en octobre pour l’édition d’après. Et quand tu annonces à quatre salariés la veille de Noël que ce n’est pas la peine de venir à la rentrée, c’est délicat. J’ai un chargé de prod’ qui va perdre son statut d’intermittent et qui va bosser chez Mondial Tissus. Même si ça n’a évidemment rien de dégradant, ce n’est pas son projet de vie. » Au-delà des contrats en cours pour les salariés, Sacha Vilmar pointe également la location de bureaux, d’espaces de stockage, avec des baux en cours qu’il faut encore honorer.
Le directeur artistique assure qu’il ne dénonce pas le choix de l’Université en tant que tel, mais plutôt la méthode et la précarité qui pèse sur les organisateurs, les participant(e)s ainsi que les partenaires lié(e)s au festival. « On aurait pu discuter de la structuration économique, avoir une réflexion stratégique autour d’une table, ce qui n’a pas du tout été le cas », regrette Sacha Vilmar.
100 000 euros de budget réorientés vers la Pokop
« L’argument qui ressortait, c’était que l’événement n’était pas rentable. » Selon Sacha Vilmar, le fond du problème est avant tout un problème de vision politique. « Oui, ce n’est pas rentable, comme l’hôpital n’est pas rentable, c’est un fonds de rentabilité social, humain, toute l’économie publique est construite comme ça, c’est plutôt un choix de société qui dépasse le cadre du festival. »
De son côté, l’Université de Strasbourg précise, au contraire, vouloir renforcer son engagement en faveur de la création artistique émergente et annonce une politique en ce sens dès la rentrée 2026. Trois axes d’investissement ont d’ores et déjà été définis. Lesquels ? Le renforcement de l’équipe de la Pokop en recrutant un(e) directeur/rice artistique dédié(e), la diversification des formes de création et des lieux de programmation sur l’ensemble des campus et enfin l’accompagnement des jeunes artistes étudiant(e)s et émergeant(e)s.
Lors de la première édition en 2018, 16 000 euros étaient alloués par l’Université de Strasbourg à Démostratif. Un financement qui a évolué d’année en année, jusqu’à atteindre 100 000 euros. Lors de la dernière édition, un budget total de 250 000 euros était dédié au festival grâce au soutien des différents partenaires comme le Crous, la Drac, la Région, la CeA, la Ville et un mécénat du Crédit Mutuel. « Comme l’événement était entièrement gratuit, nous n’avions quasiment pas de ressources propres. Sauf les recettes du bar, en déficit l’an dernier à cause des intempéries », ajoute Sacha Vilmar.
L’objectif de l’Université de Strasbourg est donc de réorienter ces moyens en espérant les augmenter grâce à un partenariat avec le Crous. « La question, c’était comment structurer cet intérêt pour la création émergente d’une manière plus structurante, plutôt qu’un festival sur un temps donné. C’est l’idée de rendre durable notre politique culturelle, avec une programmation ambitieuse indexée sur les temps forts de la vie universitaire tout au long de l’année », explique Enrica Zanin.
Pour engager cette année de transition et amorcer la montée en puissance de la Pokop dès septembre 2026, une programmation riche sera déployée sur l’ensemble du premier semestre universitaire. Dans ce cadre, Sacha Vilmar a été embauché en tant qu’artiste associé pour organiser ce temps fort.



