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Une « carte vitale » 2.0 : à Strasbourg, ils reçoivent 100€ par mois pour mieux manger

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À Strasbourg, « une caisse de l’alimentation » s’est lancée le 27 septembre dans le QPV de Koenigshoffen-Est. Pendant un an, 20 habitant(e)s vont bénéficier de 100 € par mois à dépenser sur le petit marché du quartier, en échange de temps de formation et de discussion sur les enjeux du système alimentaire. Avec un objectif : construire le futur de l’alimentation.

« Pourquoi est-ce qu’on doit payer pour manger ? » Cette question, presque enfantine, est au coeur des réflexions de l’association « Pour une Sécurité sociale de l’alimentation Alsace ». Fondée en 2022, celle-ci réfléchit à comment créer une 6e branche à la Sécurité sociale traditionnelle, cette fois-ci liée à l’alimentation. Un réel besoin, alors qu’une partie des producteurs/rices n’arrivent pas à vivre de leur métier et que l’aide alimentaire est de plus en plus saturée.

Si on est encore loin de pouvoir payer nos achats alimentaires avec notre carte vitale, l’association a néanmoins un objectif en tête selon Léa Staraselski, sa coordinatrice : « Défendre un accès inconditionnel à l’alimentation et construire un système alimentaire local pérenne, contribuant à l’amélioration de vie des habitants et des travailleurs. »

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sécu sociale alimentation asso
© Nicolas Kaspar / Pokaa

S’inspirant de ce qu’il se fait dans d’autres villes, Pour une Sécurité sociale de l’alimentation Alsace a porté un projet strasbourgeois d’une caisse de l’alimentation ; un projet qui a débuté le 27 septembre dernier dans le QPV de Koenigshoffen-Est, où 20 habitant(e)s reçoivent 100 € par mois, à dépenser dans le petit marché du quartier, situé rue Lothaire.

Une baisse par rapport à ce qui avait été précédemment annoncé par la Ville de Strasbourg, où il était initialement prévu 150 € par mois. Une décision justifiée par Léa Staraselski : « L’association a choisi de diminuer le montant afin de prolonger l’expérimentation de 4 mois, pour qu’elle dure 1 an. On voulait privilégier la prolongation de l’expérimentation, afin de construire une dynamique et des partenariats plus solides. »

marché koenigshoffen
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Comment fonctionne cette caisse de l’alimentation strasbourgeoise ?

Concrètement, 20 habitant(e)s du quartier de Koenigshoffen-Est [en majorité des femmes, les plus touchées par la précarité alimentaire, ndlr] reçoivent ainsi 100 € par mois pendant un an, sous forme de bons d’achat. Ces derniers ne peuvent être utilisés que sur le marché rue Lothaire, ouvert tous les jeudis de 15h à 20h.

Il est possible d’acheter n’importe quel produit, allant du boulanger à la bouchère, en passant par un traiteur et des fruits et légumes. Tout donc, sauf de l’alcool.

On voulait faciliter l’accès financier à une offre alimentaire et permettre aux habitants de choisir ce qu’ils veulent manger.
Morgane Dreanno, chargée de mobilisation habitant(e)s et partenaire de l'association

Une décision revendiquée par Morgane Dreanno, chargée de mobilisation habitant(e)s et partenariat de l’association : « On voulait leur donner le choix et ne pas leur rajouter trop de contraintes. Quand tu es en situation de précarité et que tu te demandes comment payer ton loyer, ta disponibilité mentale est fermée, parce que tu es sur tes problèmes du quotidien. Donc l’idée c’est de les libérer de ça pour que les personnes puissent réfléchir sur un nouveau système. » Tout en n’oubliant pas la notion de plaisir, essentielle dans l’alimentation.

Y a-t-il des contreparties ?

Ces 100 € en bons d’achat ne viennent pas sans contreparties : déjà, les bénéficiaires doivent cotiser à prix libre pendant 6 mois, avant de définir ensemble un nouveau modèle de cotisation pour les 6 derniers mois de l’expérimentation. Car c’est aussi ça dont il est question : définir de nouvelles normes et un nouveau modèle pour l’alimentation, en dehors des marchés financiers.

On est sur de l’accompagnement particulier, mais le but c’est aussi de toucher un maximum de personnes, à Koenigshoffen et ailleurs.
Morgane Dreanno, chargée de mobilisation habitants et partenaire de l'association

Ces 100 € en bons d’achat viennent également en échange de temps de réflexion sur comment faire avancer l’offre alimentaire, à Koenigshoffen mais aussi en général. Ainsi, un samedi matin par mois durant 3h, des temps de formation, de visite ou d’animation sont organisés pour les 20 bénéficiaires.

À un autre moment dans le mois, un temps de discussion convivial est également organisé sur le vécu des personnes bénéficiaires du système de la caisse d’alimenation.

bon d’achat sécu sociale alimentation
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Pourquoi Koenigshoffen-Est ?

Le choix de Koenigshoffen-Est a presque été naturel pour l’association. Quartier prioritaire des politiques de la ville, le secteur était déjà un terreau de réflexion sur l’accessibilité alimentaire, qui représentait un vrai sujet pour le quartier. Selon Morgane Dreanno : « Ça fait des années et des années que les habitants demandent la création d’un marché alimentaire. »

Ainsi, le lancement de cette caisse d’alimentation et la mise en place du petit marché de la rue Lothaire ont plu aux habitant(e)s. Il a également fait lever quelques points d’attention, notamment dans un secteur en pleine mutation urbaine et démographique, accentuée par les différentes arrivées du tram. Selon Morgane Dreanno : « Un marché, ça peut accompagner un processus de gentrification, ou alors ça peut être un espace pour que tout le monde y ait sa place. Nous on s’inscrit dans cette deuxième option. »

marché koenigshoffen
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Quel futur pour le projet ?

Partie pour une expérimentation d’un an, cette caisse d’alimentation va désormais être le sujet de plusieurs réflexions et décisions de la part des bénéficiaires des bons d’achat de 100 €. Si le cadre est donné par l’association, « ce sont les 20 personnes qui vont créer le futur du projet », selon Morgane Dreanno, qui soutient qu’il faudra s’adapter à « ce qui va sortir durant les temps de formation ».

Pourquoi est-ce que les moyens de production de notre alimentation sont complètement dépendants du marché et des acteurs financiers ?
Léa Staraselski, coordinatrice de l'association Pour une Sécurité sociale de l'alimentation Alsace
marché koenigshoffen
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Une des priorités sera sans doute de préparer le renouvellement de l’Appel à Manifestation d’Intérêts du marché prévu au 2ᵉ trimestre 2026, afin de permettre aux habitant(e)s de définir eux-mêmes les critères de sélection des producteurs/rices qui viennent rue Lothaire vendre leur produit. Une autre sera de rendre l’alimentation choisie collectivement plus accessible, tout en garantissant une clientèle au marché local pour soutenir les commerçant(e)s engagé(e)s dans la démarche.

À plus long terme, on en revient au projet de sécurité sociale de l’alimentation, qui permettrait notamment de prendre en charge une partie des achats alimentaires, et de racheter du foncier agricole. Un réflexion à long terme pour « reprendre du contrôle et créer une société post-capitaliste » selon Léa Staraselski. Tout un programme, qui démarre à Strasbourg.

sécu sociale alimentation asso
© Nicolas Kaspar / Pokaa

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Commentaires (2)

    • Bonjour,

      Il est accompagné financièrement par plusieurs acteurs, comme la Ville, la CEA, le ministère de la Santé, la banque des Territoires et même l’Union européenne. Par ailleurs, les personnes bénéficiaires de ces 100€ doivent cotiser à la caisse de l’alimentation les 6 premiers mois, à prix libre et anonyme.

      Bonne journée,
      Nicolas

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