Dans le quartier de Cronenbourg, IKEA souhaite agrandir sa surface (actuellement de 60 784 m2), de 5 500 m2 supplémentaires. Un projet que la marque suédoise mène de concert avec la municipalité, qui veut en profiter pour repenser le secteur de la place de l’Abattoir juste à côté, délaissé depuis longtemps.
« Petit » IKEA strasbourgeois veut devenir plus grand. Depuis quelques années, le géant suédois mène un projet d’agrandissement et de modernisation de son entrepôt, le plus petit de France. Car si le magasin s’étend sur 60 784 m2, la marque et ses employé(e)s commencent en effet à se sentir à l’étroit dans les 21 103 m2 dédiés à l’entrepôt, dont 16 017 m2 d’espace commercial.
Entre la fin de l’année 2024 et le début 2025, le projet a passé la seconde : l’Eurométropole et la Ville de Strasbourg accompagnent désormais la volonté de restructuration du magasin. Néanmoins, avant de pouvoir mener à bien son projet, IKEA doit passer du dédale de ses allées à un autre labyrinthe, administratif cette fois, nécessaire avant le début des travaux.

Jusqu’à présent, la marque suédoise ne pouvait pas porter son projet d’agrandissement et de modernisation, car celui-ci contrevenait au Plan local d’urbanisme (PLU) et au Schéma de cohérence territoriale de la région de Strasbourg (SCOTERS). Il fallait donc le rendre compatible, et ainsi passer par plusieurs votes dans des conseils municipaux et eurométropolitains.
Quel projet pour IKEA ?
Maintenant que le projet est lancé, qu’est-ce qu’il prévoit ? Concrètement, l’entreprise souhaite agrandir son espace commercial de 5 500 m2 supplémentaires sur son flanc nord. Avec cet agrandissement, IKEA veut avoir des espaces supplémentaires pour la logistique et le stockage, ainsi que des endroits dédiés aux salarié(e)s, ou encore un point de retrait de commandes en ligne, qui représentent 17% de son chiffre d’affaires.
Côté Ville néanmoins, la municipalité a eu certaines exigences pour accepter d’accompagner le projet, notamment après deux ans de discussions au sein d’un groupe de travail, comme l’explique Guillaume Libsig, adjoint et élu de quartier de Cronenbourg. En termes de demandes, il y a par exemple l’amélioration de la qualité des espaces extérieurs, l’augmentation des surfaces de pleine terre et perméables, ainsi que la végétalisation du site pour diminuer les îlots de chaleur.

De plus, la toiture de l’extension sera équipée de panneaux photovoltaïques sur une surface de 40%, tandis que le reste de la toiture sera végétalisé à hauteur de 40%, avec les installations techniques représentant les 20% restants. Enfin, le projet devra favoriser l’intégration des mobilités douces, notamment par la création d’une continuité cyclable et piétonne entre la place de l’Abattoir et l’entrée du magasin.
Loin d’être en kit, le dialogue entre IKEA et la municipalité est « ultra constructif », selon Guillaume Libsig : « Ils tiennent compte des contraintes d’urbanisme et de développement durable. Ils sont assez volontaristes dans la manière dont ils repensent leurs besoins. En tant que municipalité, on est totalement raccord ; maintenant, y a plus qu’à faire. »
Quelles sont les prochaines étapes ?
Déjà évoqué lors des conseils municipaux et eurométropolitains du 30 septembre et 4 octobre, le sujet de l’agrandissement et de la modernisation d’IKEA est revenu sur le tapis lors du dernier conseil municipal, le 3 février dernier. L
’occasion pour Pierre Jakubowicz (Horizons) de saluer un projet positif, tout en s’inquiétant du trafic au niveau de la place de l’Abattoir, située juste à côté. La délibération a été votée à 47 voix pour, et 5 abstentions, de la part du groupe socialiste, sans Pernelle Richardot [qui n’a pas voté, ndlr] mais avec Soraya Ouldji.

Cela lance de nouvelles étapes pour le projet, qui doit avancer de manière significative en cette année 2025. Comme l’énonce Guillaume Libsig : « On a acté le projet, on l’a présenté, on va avoir sur 2025 un travail administratif pour le mener avant la fin du mandat. »
- 1er et 2e trimestres 2025 : la phase de consultation des autorités.
- 3e trimestre 2025 : la phase d’enquête publique, qui devra rendre un avis, favorable ou non.
- 4e trimestre 2025 : si tout va bien, la phase d’approbation du dossier, avec la délibération prononçant l’intérêt général du projet et la mise en compatibilité du SCOTERS ainsi que celle du PLU. Il y aura ensuite transmission de la délibération à la préfecture.

Un projet qui va avec la sécurisation du secteur de la place de l’Abattoir
Au-delà de l’agrandissement et de la transformation d’IKEA, ce projet permet à la municipalité de réfléchir au futur de la place de l’Abattoir, qui jouxte le magasin. Trait d’union entre Strasbourg et Schiltigheim/Bischheim, c’est un secteur en pleine évolution : « La réflexion sur le lieu on l’a depuis 2020. Dans la même période, on a IKEA qui veut se transformer, l’arrivée de Perle, la clinique vétérinaire, le supermarché bio… Ce qui a longtemps été le quartier Marché Gare va peut-être devoir porter un autre nom. »
« Délaissé depuis trop longtemps », le secteur de la place de l’Abattoir est désormais au centre des réflexions. Guillaume Libsig assure qu’une des premières priorités est de sécuriser les façons de se déplacer : « On a des camions, des voitures, des piétons et des cyclistes qui se croisent, notamment dans le tunnel de Rungis. »
Cet aspect est d’ailleurs le seul sur lequel la municipalité pourra agir avant la fin du mandat : « On essayera de faire un micro-aménagement pour que ça commence à vivre et qu’on puisse le travailler dans les temps à venir. » L’élu de quartier évoque notamment la volonté d’éviter le stationnement sauvage des camions sur la place.

Dans le futur, faire de la place de l’Abattoir un « laboratoire d’idées »
Pour le reste, Guillaume Libsig annonce que la municipalité travaille à « dessiner le secteur Abattoir/Marché Gare 2050 » : « Il faut déjà qu’on définisse le projet, ça doit être un lieu de répit et de repos. » L’élu de quartier dessine ensuite une possibilité : « Pourquoi ne pas en faire un lieu d’animation, en lien avec la halle gourmande ou Perle ? Ou en lien avec Schiltigheim sur l’événementiel brassicole ? ».
Strasbourg c’est une ville géniale, mais sa grande faiblesse c’est qu’on n’a plus les m2 pour répondre à tous les besoins.
Mais plus que tout, il souhaite que le secteur devienne une sorte de laboratoire, notamment sur la question de la surélévation, c’est-à-dire rajouter des étages aux bâtiments. Dans une ville où il y a de moins en moins de m2 disponibles pour construire, il va falloir trouver d’autres solutions : « On ne s’interdit pas de penser à partir en hauteur, à ajouter un ou deux étages à un bâtiment. » Petit à petit, Strasbourg sera de plus en plus verticale ?