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Interview monumentale : l’église protestante de Saint-Pierre-le-Jeune se dévoile

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Presque cachée, en retrait des grandes places de la ville, l’Église protestante Saint-Pierre-le-Jeune est pourtant l’une des plus belles de Strasbourg. Pour en savoir plus sur son Histoire unique, au cœur du schisme chrétien et de l’arrivée de la Réforme, nous l’avons rencontrée.

À quelques encablures de la place Broglie et de la place de l’Homme de fer, nous avons cette fois rendez-vous avec un monument bientôt millénaire. Bien que ses murs aient changé depuis, et plus d’une fois, son accueil nous surprend de vigueur.

Le temps joue avec nous lorsque l’on s’approche de Saint-Pierre-le-Jeune.

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l’église protestante de Saint-Pierre-le-Jeune
© Coraline Lafon

Saint-Pierre-le-Jeune protestante, Saint-Pierre-le-Jeune catholique, Saint-Pierre-le-Vieux. Avec tous ces noms similaires à Strasbourg, on ne s’en sort plus ! Comment s’y retrouver ?

Pierre ayant été l’un des apôtres de Jésus, ce n’est pas étonnant que bon nombre d’églises prennent son nom. À Strasbourg, ce n’est pas si compliqué. Lorsque j’ai été édifiée au 11e siècle dans ma première version d’architecture romane, on a décidé de me nommer d’après lui, mais le nom était déjà pris par une autre. Pierre a donc été qualifié de « Jeune » pour moi et pour l’église précédente de « Vieux ».

Et bien plus tard (à la fin du 19e siècle, mais nous y reviendrons), lorsque j’étais toujours partagée entre protestants et catholiques, il a été décidé de bâtir une toute nouvelle église dans le quartier Finkmatt, pour séparer les deux cultes : Saint-Pierre-le-Jeune catholique, qui est magnifique elle aussi.

Il y a donc d’abord eu une église romane au 11e siècle ?

Avant cela, il y a même eu une chapelle en bois construite par des moines irlandais autour du 6e siècle. Ce sont eux qui ont évangélisé la région, à cette époque. Elle servait aux artisans, aux horticulteurs et aux domestiques, et vous imaginez bien qu’elle était bien en dehors des limites de la ville, dans un cimetière.

Et puis l’évêque Guillaume Ier a décidé de construire une église romane à la place — moi -, et de la dédier à Saint-Pierre. Comble du luxe, c’est même le pape alsacien Léon IX qui m’a consacrée, vers l’an 1050.

Plus tard, la ville s’est agrandie et je suis passée à l’intérieur des remparts. J’étais alors en piteux état et l’évêque de l’époque, Conrad de Lichtenberg a ordonné la construction d’un nouvel édifice, gothique, cette fois. C’était autour de l’an 1290. Hans Hammer, célèbre sculpteur qui a aussi bâti la chaire de la cathédrale, ajoute la chapelle de la Trinité à la fin du 15e siècle.

Mon visage s’est donc bien transformé durant les longs siècles de l’Histoire !

eglise protestante saint pierre le jeune
Eglise protestante Saint-Pierre-le-Jeune © Coraline Lafon/Pokaa

La Réforme arrive quelques années après tout cela, à Strasbourg. Que s’est-il passé pour toi ?

En 1524, la paroisse et moi, comme la plupart de la région, devenons protestantes, après l’arrivée des écrits de Luther à Strasbourg en 1519. Le Chapitre lui, est resté catholique. Ces moines restent donc propriétaires des murs et peuvent utiliser le chœur de temps à autre, mais ils sont obligés de quitter la ville, emportant avec eux quelques objets précieux que je gardais au chaud.

Quand Strasbourg tombe aux mains de Louis XIV et de la France, en 1681, le Roi ordonne le retour de la religion catholique à Strasbourg. Le Chœur est donc attribué pour de bon aux moines et la nef aux protestants. Deux ans après, on y érige un mur pour séparer les cérémonies.

Comme parfois au gouvernement, il y a alors eu cohabitation…

Elle a duré plus de 200 ans ! Jusqu’à la construction en 1893 de Saint-Pierre-le-Jeune catholique dont je parlais déjà. Cette pratique d’église mixte s’appelle le simultaneum.

Ces cohabitations ont été imposées par Louis XIV par décret royal et une grosse centaine d’églises protestantes étaient concernées. Il y en avait d’ailleurs encore une cinquantaine au début des années 2000.

Avec Saint-Pierre-le-Vieux, nous étions les seules à avoir séparé les deux cultes physiquement pour pouvoir les célébrer en même temps, mais sinon, il fallait se partager l’emploi du temps, et cela n’a pas toujours été facile.

Aquarelle de Louis Schneegans du 12 et 16 août 1834
Saint-Pierre-le-Jeune avant les travaux de la fin du 19e - Aquarelle de Louis Schneegans du 12 et 16 août 1834

Une dernière grosse rénovation a eu lieu à cheval entre le 19e et le 20e siècle.

Si grosse, que c’est elle qui m’a donné le visage que j’ai aujourd’hui ! Lorsque j’ai été donnée entièrement aux protestants, ils ont jugé bon de me rénover une fois de plus. Le mur entre la nef et le chœur tombe entre le 2 et le 4 mars 1898.

La plupart de mes vitraux ont été détruits dans les bombardements de 1870 alors des nouveaux ont été commandés à la maison Ott. Les plus jolis, selon moi, étant ceux des bas-côtés de la nef et dépeignent l’histoire d’Adam et Eve.

Certaines parties sont même déplacées : je suis réorientée vers l’est et on construit une nouvelle chaire et un nouvel autel. Le portail est remplacé et refait sur le modèle de celui de la Cathédrale.

Tu es célèbre pour tes peintures murales, notamment.

Oui et elles ont failli être perdues ! En 1525, lorsque les protestants arrivent, ils les recouvrent d’une couche de badigeon, ce qu’ils font encore à trois reprises jusqu’en 1822. C’est justement cette dernière rénovation qui les remet au goût du jour. Ce qui peut être refait selon les dessins originaux l’est, mais on dessine aussi de nouvelles peintures.

Que peut-on y apercevoir ?

La plus marquante est la Navicella, qui date d’environ 1320 et montre Jésus marchant sur l’eau, à la rencontre de ses apôtres, inspirée par la fresque romaine de Giotto di Bondone. Elle a été refaite au 19siècle par Carl Schäfer.

Carl Schäfer a joué un grand rôle dans ma rénovation du début du 20e siècle. Il a également peint le Cortège des Nations, qu’il a reconstruit à partir des restes d’une fresque dont on ne voyait plus que les extrémités. Une porte avait été percée dans le mur, et la peinture originale s’était perdue. On peut y voir des cavaliers représentant plusieurs nations, Germania en tête, se rendant vers la croix. Cette représentation de nations était rares dans les peintures médiévales, aussi Carl Schäfer s’est là inspiré d’œuvres plus récentes.

Toutes les peintures murales sont à nouveau en cours de rénovation, depuis 2014 et pour encore quelques années !

Et ce magnifique cloitre, alors ?

Il est unique à Strasbourg, le seul encore entièrement conservé. Il a bien changé, bien sûr, depuis sa construction au 11e siècle. Les galeries d’abord romanes, en partie détruites au 18e siècle, sont passées dans le style gothique pour l’une (qui a été murée ensuite), baroque pour les autres.

Il a été rénové par Carl Schäfer, là aussi, et puis les peintures murales de ses galeries ont été refaites au début des années 2000. C’est un espace vraiment unique dans notre ville et il marque à lui tout seul le symbole du passage du temps.

Et on peut le visiter librement, si je ne dis pas de bêtises.

Tout à fait ! Mes portes sont ouvertes les mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 12h à 18h. Venez admirer mes splendides couleurs, et le cloitre aussi ! J’organise aussi régulièrement des concerts, des sessions de lectures de textes spirituels, des veillées musicales… La liste est longue.

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