Mousses locales, panorama exceptionnel, camping en pente et ambiance de folie : après deux années perturbées par la crise sanitaire les festivaliers ont pu retrouver le site de Neuve-Eglise pour une nouvelle édition du festival Décibulles. Retour sur trois jours de soleil, de musique et de bonne humeur.




Vendredi 8 juillet, 17h : « On est làààààà« . Les bras levés, un groupe de festivaliers débarque en riant sur le plateau des Décibulles. Certains, plus essoufflés que d’autres au bout du chemin pentu serpentant entre les tentes du camping. Vue sur les sommets de la vallée de Villé dans la lumière rasante de fin d’après-midi. Le site se remplit doucement et quelques familles s’installent sous les arbres. En contrebas, le public s’agglutine déjà devant la grande scène pour voir débarquer le sélestadien Ruff et ses acolytes. À la fin du set, deux-cents personnes sautent en rythme sur Cluster. Au plus fort de la soirée, le site comptera 10 000 visiteurs : la jauge maximale. Toutes les places ont été vendues pour le premier jour.

18h. Au kiosque, la petite scène sur les hauteurs du site, Réverbère fait le show. Le jongleur maladroit tente une pirouette et lance ses lunettes dans les airs pour qu’elles lui retombent sur le nez. « Vous voulez la version qui marche à peu près? Tout marche à peu près dans ce spectacle de toute façon« , remarque l’artiste de rue. « Allez si ça marche, ovation! Et si ça marche pas… ovation! » Ça ne marche qu’à moitié côté adresse, mais totalement pour faire rire le public. « Qui pense que je suis un branleur? » Forêt de bras levés et larges sourires sur les visages.

© Adrien Labit / Pokaa


Retrouver les copains

Entre les buvettes, au pied des totems, quelques grappes de festivaliers assis dans l’herbe profitent du panorama et de leurs premières bières. Dont Caroline, Anne-Sophie et Olivia, trois amies venues de Strasbourg pour le vendredi et le samedi, histoire de « profiter des copains. » Les Décibulles ? « C’est souvent super sympa« , explique la première qui en est à sa troisième édition. « Il y a plein de bières différentes et locales, c’est pas juste de la Kro ou de la Heineken ».

Caroline, Olivia, et Anne-Sophie.
© Adrien Labit / Pokaa

Un peu plus loin, Charly Thomas fait une pause avec Maëlle, Pierre et Gabriel. Originaire de Breitenau, le jeune homme est un enfant de la vallée et ne compte plus ses participations au festival. « C’est trop bien. On revoit toutes les vieilles connaissances du collège et du lycée. C’est bienveillant comme ambiance, bon vivant! Il y a des bêtes de bières et des têtes d’affiches de folie. » Autre point positif : les valeurs écologiques du festival. « Ils étaient parmi les premiers à penser à ça en France, à installer des toilettes sèches, proposer des consignes« , se souvient celui qui a souvent été bénévole lorsqu’il était plus jeune.

De gauche à droite, Maëlle, Charly, Gabriel et Thomas. © Adrien Labit / Pokaa

C’est d’ailleurs en donnant un coup de main sur le site que Charly a eu l’occasion de vivre une de ses expériences de festival les plus marquantes. « À la fin des trois jours, le dimanche soir, il y a un after avec tous les bénévoles. Je suis rentré à 22h très fatigué et un peu bourré, tout seul. Je suis passé par la forêt et je me suis endormi en marchant une première fois. Je suis tombée dans un fossé avec des ronces je me suis endormi. Puis je me suis relevé, j’ai marché encore un peu. Et je me suis rendormi. Je me suis réveillé dans le champ à 10h30, avec un paysan qui m’engueulait, son râteau à la main. « 

Sous l’arbre d’à côté, Triton Squad se souvient quant à lui d’une édition particulièrement pluvieuse. « On a battu un record du monde pour redescendre du site je pense. À la fin des concerts, on a mis 4h pour venir à bout de la pente. On disait bonjour à tout le monde sur le chemin. Mais ça c’est les Décibulles : tout le monde devient pote avec tout le monde. » Ce Haut-rhinois vient depuis les débuts du festival: « C’est un petit peu un pèlerinage. Décibulles, c’est quelque chose qu’on ne rate pas.« 


Un festival à taille humaine

Dans son groupe, certains découvrent. Comme Laurence, dont c’est la première participation. « Ce sont mes enfants qui m’ont offert mon pass trois jours pour la fête des mères« , explique cette habitante de la vallée de Masevaux. Mon fils vient tout le temps et m’en avait beaucoup parlé.  » Premier bon point pour les Décibulles: la taille du site. « Il n’y a que deux scènes, on ne loupe rien. Et on ne se marche pas les uns sur les autres.« 

20h05. La voix soul de Selah Sue se fait entendre sur la grande scène devant quelques milliers de personnes. Dans l’assemblée, pas mal de déguisements. Un homme-cigogne. Une panthère. Et Annele, sa boule à facettes à la main. « J’aime bien venir avec des accessoires, sourit-elle. Les gens viennent vers toi, ça les intrigue. «  Originaire d’Alsace, cette quadragénaire vient de s’y réinstaller après une vingtaine d’années passées à travailler dans les stations de ski à Tignes. « J’étais venue aux Décibulles il y a une quinzaine d’années. Ça a pas mal changé, mais ça reste très cool. »

© Adrien Labit / Pokaa
© Adrien Labit / Pokaa

La soirée se poursuit avec Chinese man et Groove session, puis c’est au tour de Niska d’enflammer la scène. Entre les deux concerts sur la grande scène, c’est Johnnie Carwash qui fait entendre ses riffs de guitare saturés au kiosque, pour le plaisir des festivaliers. Un peu plus loin sur le site, les files s’allongent au point restauration et quelques resquilleurs passent de l’une à l’autre dans une joyeuse anarchie. Quelques costumes enguirlandés illuminent le site et les tables de pique-nique.

1h. Vitalic fait vibrer la scène et l’ensemble du site dans la lumière des strombos. Mouvements syncopés devant les enceintes. Une file de festivaliers prend lentement le chemin du camping et des navettes.

16h30, samedi 9 juillet. Pour beaucoup, la nuit a été courte dans le camping en pente du festival. Quelques sonos ont balancé du son jusque tard dans la nuit et une chenille géante s’est promenée dans les allées sur les coups de 4-5h du matin. Côté campings et camions, de l’autre côté de la route, les baffles ont aussi donné. Alexie et David en ont profité. Originaire de Besançon, c’est la première fois que la jeune femme vient aux Décibulles. David, lui, en est à sa troisième participation sur 15 ans.

« J’ai presque hésité à ne pas prendre les pass et à rester au camping« , sourit celui qui a eu du mal à se mettre en route la veille, vers 20h, tant l’apéro avec les voisins était sympa. S’il revient cette année, c’est, comme tant d’autres, pour l’ambiance. Intimiste, familiale. « Personne n’est pressé ou stressé« .

David et Alexie. (Et Philibert, le camion) © Adrien Labit / Pokaa

En matière d’anecdotes décibulliennes, David se souvient d’une des premières années où les verres étaient consignés. « J‘ai empilé mon gobelet et celui de mes potes et je suis parti récupérer les consignes. Sur le chemin, les gens ont cru que je passais pour reprendre celles de tout le monde et je me suis retrouvé avec une pile énorme que j’ai divisé en deux pour en donner à un pote. Mais les gens ont continué. » En une heure, ils ont collecté de quoi s’offrir 4 ou 5 bières.

Dans la partie la plus raide de la pente du camping, sous les pommiers, un petit groupe débat sous une tonnelle de l’usage du mot chocolatine pour désigner ce que les Alsaciens connaissent sous le nom de petit pain. L’Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté et la Charentes sont représentées dans ce petit groupe de voisins de tentes ayant sympathisé la veille. Il est 17h et Elissa fait revenir deux steaks sur un petit réchaud. Le camping: un incontournable du festival. « Une fois que le site ferme, une deuxième soirée commence.«  Et au matin, chacun a sa routine: « sortir la chaise et ouvrir la bière« , ou « regarder la vue en fumant une clope. »


Des vagues, des crabes et des tonneaux

Même rangée de pommier dans la pente, autre groupe. Des voisins toujours. Mais cette fois-ci ce n’est pas l’apéro qui les a réuni. N’ayant pas pu se rendre à l’enterrement de vie de jeune fille d’une amie pour cause de festival, Cécile cherchait des figurants pour lui envoyer une petite vidéo. C’est ainsi que Nicolas et Thomas se sont retrouvés à faire la mer avec un sac de couchage bleu tandis que Tifenn faisait le crabe et le reste de l’assemblée: les vagues et les mouettes.

Dans le groupe, Aline se souvient d’une autre expérience collective plutôt originale. « L’année dernière, il y avait un cours de yoga de prévu au pied du camping. La prof avait finalement eu un empêchement alors un gars s’est porté volontaire pour montrer quelques mouvements. Mais il n’y connaissait rien. Il a commencé à nous dire « laissez vous rouler, vous êtes des tonneaux. » Tout le monde a joué le jeu et ça a fini en twister géant. »

Team crabes, mouettes, et vagues océaniques. © Adrien Labit / Pokaa

19h. La foule descend vers la grande scène pour aller écouter le blues caribéen de Delgres. À l’entrée, les visiteurs continuent à arriver. Certains, avec un peu d’émotion. « C’est mon premier concert depuis deux ans« , explique Angelo qui avoue avoir eu les larmes aux yeux en découvrant la scène. Ça fait quelque chose tout de même, de venir écouter de la musique avec toute une foule. » Ce Mulhousien en est à sa troisième participation, et comme beaucoup d’aficionados de l’événement, lui aussi a sa petite histoire. « La première fois que je suis venu, il y a eu des orages toute la soirée. Le site était trempé. Quand les gens sont redescendus au camping, ils étaient bourrés et ça glissait. Ils nous ont tous marché dessus. On a dû balancer la tente« , se souvient il en riant.

Angelo et Pauline. © Adrien Labit / Pokaa
Gaël et Lucie, en pleine danse du poulpe. © Adrien Labit / Pokaa


Sur la grande scène, c’est au tour de La Femme de faire vibrer le Chena. Un petit groupe se lance dans « une danse du poulpe » près de l’enceinte gauche, créant un petit périmètre de sûreté parmi les spectateurs prudents. Et un gros nuage de poussière au-dessus d’eux. Interlude rock et pogos au kiosque avec Mss Frnce, puis Woodkid entre en scène. Plutôt intimiste et calme, le début du set ne fait pas l’unanimité chez tous les festivaliers. Les fans, eux, sont conquis, grâce à des extraits tirés de chacun de ses albums. French 79 clôture ensuite la deuxième journée avec avalanche de lumières, basses et synthés.

Dimanche, 15h15. Vagues de départs et d’arrivées se croisent au camping. Sous le regard de Charlotte, 31 ans, installée en haut de la pente avec Alexandre et Ga¨el depuis vendredi soir. « Ça fait trop plaisir de retrouver l’ambiance d’avant Covid, se réjouit cette Strasbourgeoise qui en est à ses troisièmes Décibulles. C’est un bon préambule aux vacances. » L’année dernière, en plein coeur de la pandémie, l’ambiance camping manquait. Retrouver la foule fait du bien également, pour celle qui se souvient d’une édition précédente plutôt rigolote sous la pluie, avec des festivaliers se roulaient dans la boue dans une ambiance « bac à sable« .

19h30. Sur les hauteurs du site, il y a foule entre les arbres, en surplomb de la scène. Des enfants avec leurs casques anti-bruit sur les oreilles, des parents qui se promènent tranquillement. Et des groupes de festivaliers qui se reposent au terme de plusieurs journées de concert. Noémie, Natacha, Claire et Fanny sont des habituées du festival. Elles aussi sont heureuses de retrouver l’événement dans sa configuration d’avant Covid. « Ça n’a pas changé, c’est toujours la même ambiance« . Elles feront la clôture, à 1h, pour voir Parov Stellar. Même si le réveil sonnera à 6h le lendemain.

Alexandre et Charlotte. © Adrien Labit / Pokaa
© Adrien Labit / Pokaa

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