Vous les avez forcément déjà aperçus au bord des quais. En plein cœur de la ville, ils sont quelques-uns à lancer leur ligne dans l’Ill en espérant faire une bonne prise. Mais la pêche est-elle vraiment fructueuse à Strasbourg ? Quels sont les poissons qui se cachent au fond de notre cours d’eau ? Et les pêcheurs les mangent-ils ? Tant de mystères et de questions qu’on s’est empressé de poser à un professionnel.


Comme beaucoup, Nicolas a découvert la pêche durant son enfance. Mais c’est surtout depuis 2016 qu’il s’y remet et pêche quotidiennement. À l’époque, le Mulhousien vient d’être embauché dans une entreprise située au bord du canal et profite des pauses de midi pour pêcher avec un collègue. Aujourd’hui, il pratique aussi bien en Méditerranée, que dans les lacs, ou encore les rivières, comme l’Ill à Strasbourg. Le passionné a même créé une chaîne YouTube pour partager ses sessions


Est-ce que Strasbourg est un bon spot pour pêcher ?

C’est une ville intéressante pour la pêche parce qu’il y a quand même beaucoup d’eau. En soit, peu importe, là où il y a de l’eau, c’est forcément intéressant. Ce qui est bien, c’est de varier les biotopes. Les endroits à Strasbourg sont complètement différents de Mulhouse par exemple. L’Ill, c’est un cours d’eau qui est moins calme qu’un canal. Et puis en ville, on peut pêcher facilement et rapidement, ce sont des biotopes qu’on ne retrouve pas ailleurs, les pontons, les ports, etc. Ça te change ton approche selon le milieu.

On peut pêcher tout le long de l’Ill, il n’y a pas de meilleurs spots que d’autres. Et il n’y a pas de saisons. Il y en a par rapport à la réglementation, mais sinon, on peut pêcher en toutes saisons. Même si l’été, mieux vaut y aller tôt le matin ou tard le soir. Autant pour le pêcheur que pour le poisson, parce qu’il y a moins de fréquentations sur les quais, donc le poisson est moins alerte.

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© Manon Jensen / Pokaa


Quels types de pêche on pratique sur les bords de l’Ill ?

Il y a la pêche à l’appât, ou bouchon, ou à la carpe. En fait, dans ce cas, on s’installe, on donne à manger aux poissons et on attend. Je pense que c’est plus souvent des générations plus anciennes qui le pratiquent.

Moi, je fais de la pêche au leurre, donc on va chercher le poisson. À Strasbourg, la plupart des pêcheurs pêchent au leurre, donc on est tous en mouvement. On n’avance pas très vite, on ne fait pas beaucoup de kilomètres, même si on avance tout le temps. On peut insister sur un endroit pendant un quart d’heure, puis on avance de 5 mètres et on continue. La pêche sportive au leurre est totalement différente, on ne s’assoit jamais on avance, on se promène.

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Nicolas pratique la pêche au leurre.
© Manon Jensen / Pokaa


Quels types de poissons on pêche dans l’Ill ? Et est-ce que tu les manges ?

On peut avoir de la perche, du sandre, du silure, du brochet ou alors de l’aspe. Strasbourg et l’Alsace en général sont très connus pour l’aspe, c’est un poisson qui vient d’Europe de l’Est. En moyenne, si on fait 10 ou 15 poissons sur une petite journée c’est bien. Mais c’est souvent 0.

Moi je ne les mange pas et je pense que dans le milieu de la pêche au leurre de notre génération, 99% des gens ne mangent pas le poisson. Parce que ça se raréfie, il y en a de moins en moins. Et puis si on commence à vouloir en garder, il faut choisir lequel et après il faut se promener avec un poisson mort dans le sac. Mais c’est surtout sa raréfaction la raison. On en est directement témoin du fait qu’il y a de moins en mois de poisson qu’avant, surtout dans les endroits plus sauvages.

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© Manon Jensen / Pokaa


C’est pas trop pollué l’Ill ?

J’ai l’habitude de dire que c’est sale, mais pas pollué ! (rires). En ville, contrairement à ce qu’on pourrait penser, on va dire que c’est assez préservé. Il y a moins d’industries qu’auparavant, donc moins de pollution. Mais ce sont des choses qui sont présentes à la campagne, comme l’élevage, les exploitations fromagères, ou autres. Malgré son côté austère, la ville est mieux préservée des pesticides que la campagne par exemple.


Est-ce que les poissons meurent ou souffrent d’avoir été attrapés ?

Le moyen le plus simple pour éviter qu’il souffre et le relâcher rapidement, c’est de casser les ardillons, donc la petite partie de métal recourbé qui fait que le poisson reste accroché à la ligne. Pour la pêche au leurre, on pratique généralement la pêche sans ardillons. 

Contrairement à la pêche à l’appât où le poisson vient pour se nourrir, là il est en mode défense ou attaque. Il est piqué au bord de la bouche, les blessures sont très peu graves et le poisson cicatrise très très bien. Ça a fait ses preuves, puisque les poissons relâchés sont parfois repris des années plus tard. Si toutes les précautions sont prises lors de la manipulation, les poissons survivent à la capture. 

Il ne faut pas le laisser trop longtemps hors de l’eau, c’est bien de le mouiller de temps en temps, de se mouiller les mains et évidemment de ne pas le faire tomber. Le mieux, c’est en fait de limiter les manipulations. En général le rituel c’est : le décrocher, prendre la photo et le remettre à l’eau délicatement. Et je ne ramène que la photo à la maison !

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© Manon Jensen / Pokaa


Qu’est-ce qui te plaît dans la pêche ? 

Le but, c’est un peu de savoir ce qui se trouve derrière ce miroir d’eau. Et à part la plongée, c’est le seul moyen de savoir ce qui s’y trouve. C’est aussi beaucoup d’adrénaline finalement, parce qu’on marche des heures et des heures, on ne sait jamais quand la touche va intervenir.

Mon meilleur souvenir à Strasbourg, c’était un énorme brochet caché sous un saule qui a été pêché dès les premières minutes lors de ma toute première session ici. Même si on ne l’a pas sorti de l’eau.

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