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Derrière les rayonnages : à la découverte des trésors de la BNU de Strasbourg

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Vieille dame en pierres trônant sur la place de la République depuis près de 150 ans, la Bibliothèque nationale et universitaire (BNU) accueille chaque année plus de 700 000 visiteurs. Certains viennent y travailler, d’autres y découvrir les expositions temporaires. Construite après qu’un incendie ait détruit la bibliothèque municipale et celle du séminaire protestant lors du siège de la ville, elle fut conçue dès ses origines comme un lieu dédié à la recherche et à la conservation du savoir. Aujourd’hui, ses collections comptent près de 4 millions de documents, dont des pièces rares très anciennes. Plongée dans les coulisses de cette institution unique en France, qui œuvre à faire connaître son patrimoine.


Au cinquième étage de la BNU, près de l’accueil, une porte des plus ordinaires dissimule un passage temporel. D’un côté, des rayonnages d’alsatiques, déserts, en ce début de lundi matin. De l’autre, plus de 20 siècles d’histoire de l’écriture entreposés dans une pièce dont l’humidité et la température sont soigneusement contrôlées. Dans les vitrines et les rangées de tiroirs plats de cette réserve, des tablettes cunéiformes mésopotamiennes de plus de 3000 ans côtoient des papyri grecs et égyptiens deux fois millénaires et des ostracas – écrits à l’encre sur des fragments de terre cuite ou séchée – en grec, copte, arabe, ou égyptien ancien.

« Tout un monde disparu », note Daniel Bornemann, les clés des lieux à la main. Responsable scientifique des collections de la BNU, ce conservateur est un spécialiste des papyri – pluriel de papyrus lorsqu’il s’agit de manuscrits anciens. Intarissable sur leur fabrication, leur utilisation, et leur circulation autour du bassin méditerranéen, il est l’un des gardiens de cette pièce particulière. Pas une indication ne décore les dizaines de tiroirs identiques fermés à clé. Pourtant, c’est sans une hésitation qu’il se dirige vers l’un ou l’autre pour en révéler les secrets.

Daniel Bornemann, conservateur et responsable scientifique des collections de la BNU.
© Adrien Labit / Pokaa
© Adrien Labit / Pokaa


Des pièces uniques et trois millénaires d’Histoire

Avec 5 200 pièces représentatives de tous les systèmes d’écritures, de l’égyptien antique au latin, en passant par le grec et l’arabe, la collection de papyri de la BNU témoigne de l’importance de ce matériau dans la conservation des écrits pendant l’antiquité. Des textes économiques et juridiques voisinent avec des extraits du Livre des morts égyptien et des rouleaux homériques de grande valeur. Un tintement de clés et Daniel Bornemann extrait ces derniers d’un tiroir de rangement. Du haut de ces caractères tracés à l’encre, 1900 ans d’Histoire contemplent le conservateur. Ailleurs dans la pièce, rangés dans ces armoires beiges métalliques, se trouvent également des extraits de pièces de Sophocle et d’Euripide, illustres dramaturge grecs du Ve siècle avant Jésus-Christ. Et d’autres œuvres littéraires anonymes. 

On manque de place pour tout ranger”, sourit Daniel Bornemann en embrassant la pièce du regard. Ici, pourtant, sont conservées quelque 8000 des 12 000 pièces du patrimoine antique et archéologique de la BNU. “Des collections comparables, cela se compte sur la moitié d’une main”, juge le conservateur. Les 487 tablettes cunéiformes constituent même la plus importante collection françaises de ces pièces issues de l’antiquité mésopotamienne

Entre les mains du conservateurs, des extraits d’œuvres d’Homère, vielles de 19 siècles.
© Adrien Labit / Pokaa


Des trésors du passé pour faire avancer la recherche

Mais d’où vient donc ce patrimoine exceptionnel ? Et pourquoi tant de textes anciens dans les fonds de la BNU ? Cela tient aux origines même de l’institution. En 1870, Strasbourg est assiégée. Des bombardements détruisent les deux bibliothèques de la ville dans la nuit du 24 au 25 août : 300 000 volumes, dont près de 4 500 manuscrits médiévaux partent en fumée. Suite à cette perte, les Allemands, nouveaux maîtres de la ville, décident de créer une grande bibliothèque. Fondée le 9 août 1871, elle réunit rapidement une collection exceptionnelle grâce aux dons et aux campagnes d’acquisition. “Pour faire de nouvelles découvertes et faire avancer la recherche, il faut de la matière première”, décortique Daniel Bornemann. La jeune bibliothèque s’est donc constituée “tout un trésor d’écrits à exploiter”. 

La Bible des pauvres. Richement illustrés, ces ouvrages permettaient aux gens qui ne savaient pas lire de déchiffrer les Écritures.
© Adrien Labit / Pokaa


Nouvelle porte, nouveau saut dans le temps. Dans la pièce suivante, les manuscrits médiévaux et les incunables sont mis à l’honneur. Ce terme un peu obscur désigne les tous premiers livres imprimés, entre 1455 – date d’impression de la Bible de Gutenberg – et le 1er janvier 1501. Livres d’amitié, bibles des pauvres – richement illustrées pour les illettrés – et manuscrits enluminés occupent les vitrines. Parmi eux se cache le seul survivant de l’incendie de 1870, un manuscrit datant du milieu du XIVe siècle : La vie du bienheureux Henri Suso.S’il a échappé aux flammes, c’est parce qu’il avait été envoyé en prêt à Berlin”, détaille Marjorie Béa, médiatrice culturelle à la BNU. Il ne reviendra à Strasbourg qu’en 1907. 

Organisée comme la salle précédente, la pièce permet la déambulation, met en valeur l’une ou l’autre pièce, et donne des éléments d’informations sur les objets présentés. Autant d’éléments pensés pour la visite. “Depuis 2014, la BNU compte cinq réserves visitables, explique la médiatrice. Cinq pièces réparties le long de la façade. Avec, chacune, une thématique. C’est un formidable outil d’accueil du public.” “Nous avons une collection riche et atypique pour une bibliothèque : nous nous devons de faire découvrir tout ce savoir”, poursuit Marjorie Béa. La valorisation des collections passe donc par des visites guidées dans les réserves – tout au long de l’année et en septembre, lors des journées du patrimoine – mais également par des expositions temporaires, des visites de classes, ou même un escape game sur l’histoire de l’écriture à destination des scolaires

Marjorie Béa, médiatrice culturelle à la BNU.
© Adrien Labit / Pokaa


Des rayonnages vieux de plus de 150 ans

Le temps de changer de réserve et de passer d’une époque à l’autre, la BNU a ouvert ses portes au public. Étudiants et chercheurs ont pris place à leurs tables, dans les étages ou sous la verrière, non loin des rayonnages. Invisibles depuis les coulisses de l’institution. Un dédale d’escaliers plus tard, la visite se poursuit dans un nouvel espace, tout aussi surprenant que les précédents : deux anciens magasins de la bibliothèque, gardés dans leur état originel à la demande des Monuments historiques. 

Un des anciens magasins de la BNU, laissé en l’état lors de la rénovation.
© Adrien Labit / Pokaa

Achevé en 1895 pour accueillir la jeune BNU, le bâtiment de la place de la République a été rénové en 2014. L’organisation et la structure des magasins – nom donné aux espaces de stockage des livres non consultables en libre-service dans les bibliothèques – ont été revues. Dotés d’étagères qui couraient sur plusieurs niveaux, ils faisaient courir le risque d’une catastrophe en cas d’incendie. Avant la rénovation, “le bâtiment offrait une résistance au feu de 16 minutes”, explique Marjorie Béa. 

Pour pouvoir conserver ce morceau d’histoire de la BNU en toute sécurité, les magasins ont été équipés de portes coupe-feu, et d’un système anti-incendie à l’argon. Lorsqu’il se déclenche, une sonnerie invite à quitter les lieux rapidement, car la teneur en oxygène de l’air diminue pour étouffer les flammes – pas question d’utiliser de l’eau sur des livres datant pour certains de plusieurs siècles

Et si un incendie venait à se déclarer: il ne pourrait plus détruire l’ensemble des collections de la BNU aujourd’hui pour la bonne raison qu’elles ne sont plus conservées dans un seul et même bâtiment. Les quelque 4 millions de documents que possède l’institution sont en effet répartis entre la place de la République, deux immeubles de la rue Joffre, juste derrière, et l’ancien siège des archives municipales, rue Fischart. 

© Adrien Labit / Pokaa


Un atelier pour prendre soin des collections

Nouveau dédale de marches dans les profondeurs du bâtiment et retour au rez-de-chaussée, dans un espace calme baigné de lumière. Quelques tables, un évier, des claies de séchage: bienvenue à l’atelier de restauration de la BNU. Quatre restaurateurs et une technicienne de conservation veillent ici sur la longévité des collections de la BNU. Dont Marie-Hélène Boini. “Nous avons deux grandes missions, détaille t-elle. La conservation préventive  qui consiste à être vigilant sur les conditions dans lesquelles les collections sont conservées- vérifier que les taux d’humidité et température sont corrects, qu’il n’y a pas d’infestation, que la manière dont les documents sont rangés ne les abîme pas… – et la conservation curative.” Aussi appelée restauration. 

« Toutes les opérations que nous effectuons sont réversibles, poursuit la restauratrice. Nous essayons également d’être les moins interventionnistes possibles: on ne cherche pas à avoir un objet neuf et un peu clinquant mais à le montrer tel qu’il est. » Parmi les travaux en cours ce matin-là, la restauration d’un papyrus grec. L’œil rivé à sa lunette binoculaire, Marie-Hélène Boini déplie les fibres végétales froissées de ce rouleau ancien. Elle est aidée dans son entreprise par des chercheurs, qui lui indiquent comment assembler les fragments ainsi récupérés pour que le texte ait un sens.

© Adrien Labit / Pokaa
Dans les mains de Marie-Hélène Boini, restauratrice, un traité de cosmologie perse en cours de restauration.
© Adrien Labit / Pokaa

Sur une autre table, c’est un traité de cosmographie perse qui vient de bénéficier des soins du service. « L’encre avec laquelle il a été rédigé est métallographique, explique la restauratrice. Elle contient des ions fer. En vieillissant, elle dégrade et transperce le papier. C’est une réaction chimique que l’on ne peut pas arrêter, alors on renforce la structure du papier. « 

Les pièces arrivent à l’atelier en fonction des besoins, des expositions à venir ou des prêts programmés à d’autres structures. Papyrus, manuscrits, cartes du XXe siècles, tous les documents peuvent être concernés. Chacune des interventions est documentée et respecte des règles déontologiques. Titulaires d’une formation scientifique, les restaurateurs gardent également un œil sur la recherche dans leur domaine, et sur les innovations en matière de conservation. Ils se concertent aussi régulièrement sur les techniques à utiliser pour une intervention.


Diffuser la connaissance

Du rez-de-chaussée, passage en sous-sol où un souterrain relie le bâtiment de la place de la République à celui de la rue Joffre. Direction le studio de Jean-Pierre Rosenkranz, responsable de l’atelier numérisation de la BNU. Impossible de passer une tablette cunéiforme dans un scanner. Impensable d’y glisser un papyrus, sous peine de l’endommager. C’est donc sous l’objectif du photographe que passent les pièces les plus délicates des collections pour être numérisées, et envoyées au quatre coins du monde selon les demandes.

© Adrien Labit / Pokaa

« N’importe qui peut faire une demande de numérisation, dans le cadre d’une thèse ou d’un travail d’édition », explique Gisela Belot, responsable scientifique antiquité et collection égyptologiques. Les pièces arrivent ensuite sur le bureau de Jean-Pierre Rosenkranz pour être photographiées sous toutes leurs coutures. Après le recto d’un papyrus, le photographe s’attelle d’ailleurs au verso. Même les parties sans texte du document peuvent être riches d’information. Le sens des fibres, leur état, peuvent donner des informations sur la pièce, son origine, son époque. Tout est donc soigneusement mis en boite. Et participe à accroitre la connaissance. Plus de 150 ans après la création de la BNU, seule une partie des pièces de ses collections antiques a été analysée. Il reste sans doute quelques gemmes à découvrir dans ce trésor.

Note : tous les espaces mentionnés dans l’article sont visitables au moment des journées du Patrimoine, lors de la visite des coulisses de la BNU.

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