Alors que près de 120 services en France sont contraints de fermer cet été ou de réduire leur activité, les Urgences de Strasbourg devraient tenir le coup, grâce à l’organisation des professionnels et un travail mené depuis plusieurs années. Sous réserve évidemment, qu’un imprévu ne change la teneur de notre été, comme une nouvelle pandémie, une canicule ou toute autre urgence.


Chaque été, les Urgences sont mises à rude épreuve. Les professionnels installés en ville sont moins disponibles et la charge de travail est plus importante lorsque la chaleur pèse sur les plus fragiles. Mais cette année plus que les autres, les professionnels ont besoin de se reposer. Après deux ans de pandémie, durant lesquels ils ont beaucoup donné, les personnels soignants sont fatigués. L’enjeu est donc le suivant : que les professionnels puissent prendre des vacances, tout en maintenant la même activité dans les hôpitaux.

Et si dans de nombreuses autres villes, l’équation semble insoluble, à Strasbourg, les Urgences devraient parvenir à rester ouvertes tout l’été. “On espère bien évidemment qu’on ne va pas se retrouver dans la même situation que d’autres services d’Urgences en France qui se retrouvent fermés ou semi-fermés. On a tout fait pour que le service fonctionne comme d’habitude. On s’est mis en ordre de bataille pour que ça tienne. On est capable de tenir.” explique Emmanuel Andrès, président de la CME (commission médicale d’établissement) du CHU de Strasbourg.

Aux Urgences de Strasbourg, cela fait plusieurs années que les professionnels travaillent au jour le jour, main dans la main, pour parvenir à trouver l’équilibre et à s’organiser de la meilleure des manières. Une cellule est d’ailleurs dédiée à la gestion des lits. Notre objectif, c’est que le malade arrive dans le meilleur lit. Là où il va avoir les soins les plus pertinentspointe le professeur Andrès. 

Côté planning aussi, tout est calculé au millimètre près. Par expérience, les professionnels anticipent les besoins du mois de juin jusqu’à septembre : “On a un planning consolidé au regard des besoins habituels. Par exemple, le 14 juillet, on sait qu’on a besoin d’une cinquantaine de lits de médecine, alors on essaye d’en avoir 60/65. On pense qu’on va arriver à passer le cap, sauf catastrophe imprévisible…” prévient toutefois le médecin. En cas de nouveau variant, de canicule ou tout autre incident inattendu, la situation peut très rapidement se compliquer.

hopital hautepierre santé
© Caroline Alonso / Pokaa


Des Urgences toujours plus saturées chaque année

Chaque année, les Urgences augmentent de 3,4 ou 10%. selon Emmanuel Andrès. Tous les jours, plus de 200 patients arrivent aux Urgences – NDLR. En comptant le service des Urgences pour adultes, pédiatriques, psychiatriques et gynécologiques sur Hautepierre, mais aussi le site du NHC dédié à la médecine dans sa globalité. Parmi eux, une centaine relève de la médecine et la moitié ou plus est hospitalisée : Donc il faut 70 lits tous les jours. Sachant qu’actuellement, on a à peu près 150 lits fermés car il nous manque 150 infirmières.” 

Après bientôt 30 ans d’expérience au sein des HUS (Hôpitaux universitaires de Strasbourg), le président de la CME a pourtant vu le service des Urgences s’étoffer. Mais il reconnaît que les moyens injectés ne suffisent pas à résoudre le problème : “La majorité des gens viennent à l’hôpital via les Urgences donc forcément, c’est là où ça coince. Les cabinets en ville sont souvent fermés, du coup, il y a beaucoup de médecine de proximité. Il faut que les gens soient sensibilisés et prennent conscience que les Urgences, ce n’est pas un supermarché. C’est le médecin traitant qui reste au cœur de notre système de santé.” 

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© Caroline Alonso / Pokaa


Faire de la santé un véritable enjeu sociétal 

Pour le médecin strasbourgeois, si on en est là aujourd’hui, c’est avant tout à cause de choix politiques : “Sur les 30 ou 40 dernières années, la tendance était plutôt à faire des économies sur le système de santé. Il y a eu un effort du président de la République avec le Ségur de la Santé, mais ça ne suffit pas à rattraper toutes ces dernières années.” Actuellement, le manque de personnels est considérable et il ne peut être comblé immédiatement : “On découvre un peu avec retard, le jour où il faut des infirmières, qu’il faut 4 à 5 ans pour les former, 10 ans pour les médecins et c’est un vrai problème. Au jour d’aujourd’hui, il n’y en a pas sur le marché.” 

Emmanuel Andrès estime que la société devrait se positionner sur le sujet et choisir d’investir ou non dans la santé : “Ce sont des choix sociétaux et politiques. C’est à nos élus, associés à des sociologues, des épidémiologistes, des patients et des citoyens de réfléchir à ce qu’on veut pour notre système de santé. Peut-être avec un Grenelle de la santé… Il faut que les gens prennent conscience qu’ils ont un système de santé unique et qu’il ne faudrait pas que ce système explose à un moment.

En déplacement à l’hôpital de Cherbourg, dans la Manche ce mardi 31 mai, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place « d’une mission de quatre semaines pour consolider les Urgences ». Après avoir étudié la situation des services d’urgence de toute la France, des pistes seront évoquées dès début juillet, pour soutenir les Urgences en difficulté. 

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