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Gagnants/Perdants : quand le grand jeu des cryptomonnaies laisse des marques à Strasbourg

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On a tous au moins un pote à fond dedans. Elles monopolisent des discussions en soirée, les mines changent selon leurs cours : depuis quelques années, les cryptomonnaies semblent être l’eldorado de la thune facile. Mais la réalité est bien différente. On est allé à la rencontre de plusieurs investisseurs strasbourgeois qui nous ont raconté leurs (més)aventures dans le monde de la blockchain.



Selon plusieurs études, l’écrasante majorité des particuliers qui investissent dans les cryptomonnaies perdent de l’argent. L’Autorité des marchés financiers publiait d’ailleurs en 2014 une étude révélant que sur une observation de quatre ans, près de neuf personnes sur dix sont perdantes (plus précisément 89% des investisseurs ont perdu de l’argent). Alors pour toutes celles et ceux qui envisagent de sauter sur l’occasion pour se faire de l’argent facile, la réalité semble finalement bien plus compliquée qu’il n’y paraît.

Mais si la plupart des Strasbourgeoises et Strasbourgeois qui ont tenté leur chance ont dû y laisser quelques plumes, ils semblent de toute évidence avoir la langue moins pendue. Voilà pourquoi bien qu’ils soient plus nombreux, seuls deux courageux ont accepté de nous raconter leurs déboires avec la crypto. Deux autres nous ont partagé leur technique pour que l’argent coule à flots dans leur wallet.


Prudence est mère de sureté… Et de rentabilité !

La première fois que Léo* décide de franchir le cap et investir de l’argent de la crypto, c’est en 2014. Il commence d’abord de s’essayer au minage. Cette opération consiste à utiliser son pc ou une installation informatique précise pour effectuer des calculs de vérification sur des transactions et créer des nouveaux exemplaires de la monnaie concernée. Si l’ordinateur parvient à trouver la bonne combinaison, l’action est rémunérée. À l’époque, lui et ses amis investissent entre 200 et 300 euros chacun dans le dispositif. La petite équipe parvient à miner 4 ou 5 Bitcoins, mais la rentabilité n’est pas au rendez-vous et Léo décide alors de revendre sa part de Bitcoins : “Je n’ai rien gagné à l’époque. C’était quand ça valait dans les 500 euros un truc comme ça.” Aujourd’hui, un seul Bitcoin vaut près de 42 409 euros.

Le jeune homme s’arrête alors pendant un temps et reprend le minage en 2017. Mais cette fois-ci, il achète aussi des cryptos et investit environ 1 000 dollars dans l’Ethereum et le Bitcoin. Puis le cours fluctue au fil des années et sa mise monte même en 2018 à une valeur de 15 000 dollars. Plusieurs crashs le font redescendre à 3000, puis 2000, avant de remonter à nouveau à 15 000 fin 2019. Un an plus tard, comme le cours semble stagner et que Léo décroche un boulot, il réinvestit à nouveau : Je mettais une partie de mon salaire dedans. 500 euros par mois en moyenne depuis fin 2020. Dans le porte-monnaie de Léo, ont trouve près de 115 000 euros potentiels, toutes cryptos cumulées. La majorité de ces gains sont en Bitcoin, en Oculus et en Ethereum. “J’en ai cinq où j’ai au moins 15 000 dollars de valeur dedans. Et ensuite, au total, je dois avoir une quinzaine d’autres cryptos où j’ai des plus petites sommes dessus.

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Le cours du Bitcoin au 30 mars 2022. © Capture d’écran du site Cryptoast.fr

Si Léo a choisi de diriger la plupart de ses investissements vers des cryptos connues, c’est par sécurité. Prudent, le Strasbourgeois estime que cette méthode est plus sûre sur le long terme : “Encore aujourd’hui, de grosses entreprises investissent dessus. Plein de gens ont intérêt à ce que ça ne crash pas. C’est des cryptos où si on attend quelques années, on pourra peut-être faire du x10. Une stratégie qui lui permet aussi de ne pas paniquer lorsque les cours baissent : “Dès qu’il y a des crashs je ne les compte pas comme perte, je ne revends pas. Les premières fois où j’avais investi, je regardais tous les jours les cours et la moindre baisse me faisait flipper. Mais à force, tu t’y fais. Des crashs, ça arrive plusieurs fois par an et maintenant je ne m’inquiète plus du tout, en tout cas pour les cryptos du style Bitcoin Ethereum, je sais que ça va revenir au moins au niveau où c’était avant.

Si tout s’effondrait subitement, Léo perdrait un investissement à hauteur de 7 000 euros environ. Une perspective qui ne l’inquiète pas plus que ça : “Je me dis que bon, ce n’est pas l’argent d’une vie.” Pas de stress donc pour le Strasbourgeois, qui compte mener doucement, mais sûrement, son projet jusqu’à atteindre 500 000 euros ou 1 million : “Ça, c’est un chiffre qui change une vie. Je revendrais peut-être 10 ou 20% pour avoir des euros et faire des projets dans ma vie tout en voyant si le reste monte. On ne sait jamais, mais j’ai bon espoir.


Un manque d’expérience qui coûte cher

Brice* quant à lui, avoue s’être lancé dans le domaine sans vraiment savoir où il mettait les pieds. Novice dans le domaine et pas spécialement formé à l’exercice, il reconnaît qu’il a vendu plus d’une fois à perte quand il voyait les cours plonger : “[Ça a] un effet psychologique sur tous, et surtout les débutants.” Avec des pertes plus ou moins importantes, il a fini par perdre près de 2 000 euros. S’il reconnaît que pour certains, la somme paraît peu élevée, il fait remarquer : “C’est un gros capital pour un jeune de 20 ans.

Selon Brice, ils sont nombreux à se lancer dans la crypto “sans savoir ce que c’est réellement. Aujourd’hui, il est à mon goût plus facile de créer un compte sur une quelconque plateforme de cryptomonnaie, que de faire une procédure administrative.” Une facilité d’accès que le jeune homme regrette, d’autant plus qu’il sait aujourd’hui ce que cet univers si particulier implique : “Il faut particulièrement travailler sur soi et mettre en place un plan qu’il faut tenir.

Et pour éviter que les pertes ne l’impactent trop psychologiquement au quotidien, Brice s’impose une règle : ne plus consulter la plateforme, sauf pour investir : “Pour ne pas jouer sur mes émotions, ça fait maintenant plus d’un mois que je ne suis pas allé voir sur la plateforme. C’est quelque chose qui m’aide beaucoup. Je vais jeter un œil lorsque je veux investir du capital. Car oui, malgré les pertes je continue d’investir ! Sans savoir vers où je vais. Est-ce que mon capital sera valorisé dans 2/3/4/5 ans ? Ou sera-t-il parti en fumée ?” On espère pour lui que d’autres pertes ne s’ajouteront pas aux 2 000 euros qui se sont déjà envolés.

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Les principales cryptomonnaies © Capture d’écran du site Alamy



Un max de risques, pour un max de gains

Dans le domaine de la programmation depuis plusieurs années, Louis s’est d’abord intéressé à la technologie de la blockchain, qui permet aussi de développer des applications. Intrigué, mais précautionneux, il se lance alors il y a deux ou trois ans dans le paper trading, une méthode qui consiste à faire du trading avec des sommes fictives pour apprendre et s’entraîner, sans prendre de risques. “Il n’y a pas de secret si tu veux gagner de l’argent avec la crypto, il faut prendre le temps d’apprendre. Le plus difficile, c’est d’avoir l’info et d’avoir le bon timing, c’est-à-dire quand est-ce que tu investis et quand est-ce que tu revends.” explique Louis.

Voilà donc maintenant un an que le trader en herbe s’est lancé en déposant cette fois-ci son argent ; 4 300 en tout entre novembre et mars 2020. À l’inverse de Léo, Louis mise tout sur les petites cryptos. Celles dont on entend peu parler ou pendant une très courte durée. L’avantage ? La possibilité de gagner beaucoup plus, bien plus rapidement. Mais en prenant beaucoup plus de risques : “Ça me permet de faire beaucoup plus de gains, mais c’est plus volatile. J’ai déjà mis 1000 balles sur l’une et je me suis retrouvé avec 80 euros le lendemain. Ou bien 100 balles et je me suis retrouvé avec 9000 le lendemain ! Mais c’est sûr que tu peux vraiment te faire éclater. La plupart des gens se font éclater d’ailleurs, c’est maxi dangereux.

Alors pour en avoir une trentaine à son actif, il a méticuleusement sélectionné chaque crypto une par une. À quoi est-elle censée servir, le projet derrière, sa capitalisation sur le marché, pour qu’elle trouve grâce à ses yeux, il faut qu’elle coche plusieurs cases. “Moi par exemple, quand un article parle d’une crypto c’est déjà trop tard. Moi, je vends déjà à ce moment-là.Les grands noms comme le Bitcoin ou l’Ethereum ont donc peu d’intérêt pour Louis, si ce n’est de lui servir de référence lorsqu’il fait ses études de marché. Ensuite, le programmeur se fie à un plan qu’il a défini à l’avance pour savoir quand il doit investir et quand il doit revendre. Et il semblerait que ça paye : Louis est passé de 4 300 à 50 000 dollars entre mars et juin 2020 et a ensuite investi dans une centaine de crypto. Au total, en comptant les sommes potentielles que lui ont rapporté ses autres projets dans le domaine des NFT, il précise avoir amassé entre 100 000 et 400 000 dollars.

Mais quand on s’implique autant dans ce domaine et qu’on prend des risques, garder la tête sur les épaules est loin d’être évident. “Je passe des heures dessus. Tu deviens vite fou, c’est terrible. Je ne peux même pas calculer tout le temps que je passe dessus.” reconnaît le Strasbourgeois. Alors pour éviter que la baisse d’un cours ou qu’une grosse perte ne l’impacte trop, le jeune trader part toujours du même principe :Dès que je mets de l’argent, pour moi, c’est de l’argent perdu dans ma tête, je ne l’ai pas. Même ce que j’ai actuellement sur mes wallets, – Ndlr. sorte de porte-monnaie numérique. si demain je le perds, ce n’est pas grave parce que cet argent finalement je ne l’ai jamais eu dans les mains.” À force d’y consacrer autant de temps, Louis a même fini par changer de métier. Aujourd’hui, il travaille toujours dans le développement, mais sur la blockchain et fait du trading.

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Quand les cours jouent avec les nerfs

Aujourd’hui auditeur financier, Martin* se lance dans les cryptos alors qu’il est encore étudiant. En février 2018, le jeune homme décide de sauter le pas sur les conseils d’un ami : “J’avais là l’embarras du choix : Bitcoin, Ethereum, Ripple… Et c’est sur ce dernier que j’ai lancé mon dévolu, car “c’est la monnaie du futur”. Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre, en voyant les profits générés par mon ami et d’autres tradeurs amateurs, je me voyais déjà comme le Loup de Wall Street mais bien loin de penser finir Loup de la Place Kléber.” Alors sans hésiter, Martin fait comme il le dit “All-in” et mise toutes ses économies sur le Ripple, soit à peu près 800 euros. Et surprise, la première semaine lui donne raison, puisqu’il s’en sort avec 20% de bénéfice fictif. “Je me disais “pourquoi pas attendre un peu, j’ai le flair, ça va augmenter”, raconte-t-il.

Mais dès le lendemain, c’est l’hécatombe. La valeur du Ripple perd 30% : La courbe s’inversait et descendait plus vite que la bière que je m’étais enfilé la veille.Alors pendant des mois, puis des années, Martin patiente avec espoir, mais sans jamais parvenir à retrouver la valeur initiale de son investissement. Angoissé, il ne décroche plus de son application de suivi : “Un peu comme une histoire d’amour dont on n’arrive pas à se défaire.” précise-t-il avec humour. Près de trois ans plus tard le 1er avril 2021, le Strasbourgeois se décide finalement à revendre tout son portefeuille dans le but de récupérer 75% de sa mise de départ pour “terminer cette histoire, qui en a trop duré.

Coup de théâtre : le cours du Ripple s’envole seulement une semaine plus tard. Aïe.Si j’avais tout gardé une semaine de plus, j’aurai finalement eu la mise triplée dont je me réjouissais tant, ce 02 février 2018.-Ndlr. soit 3000 euros” regrette le concerné. Aujourd’hui, malgré cette première expérience, Martin n’a pas abandonné les cryptos pour autant, mais il compte bien éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier à l’avenir.




*Le prénom a été modifié.

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