Japon, Argentine, Inde, Liban… Avec son festival Arsmondo, en quelques accords et une programmation toujours raccord, l’Opéra national du Rhin (OnR) nous fait voyager chaque printemps depuis cinq ans dans des contrées toujours plus lointaines et des cultures du bout du monde, sans quitter Strasbourg.

Pour cette cinquième édition, plutôt que de s’arrêter à une frontière, à une terre, il élargit son horizon, et s’intéresse à un peuple pour qui le monde est une maison : celui des Gens du voyage. Rarement mise à l’honneur sur des scènes institutionnelles, la culture tsigane relève de beaucoup de mystères, de fantasmes et de clichés.

Pour nous donner à voir sa richesse et nous faire découvrir sa pluralité, le festival lui consacre trois semaines : du 11 mars au 3 avril, l’OnR s’associe avec douze partenaires pour nous proposer plus d’une trentaine d’événements, dont de nombreux sont gratuits. Courrez-y !


Le goût du voyage

Au travers d’Arsmondo, l’OnR cherche chaque année à ouvrir sa programmation à de nouveaux publics, de nouvelles pratiques, d’offrir « une fenêtre ouverte sur le monde »… Si le festival s’attachait jusque-là à faire découvrir des cultures attachées à un seul pays – comme c’était le cas depuis 2018 –, il souhaite désormais évoluer vers des cultures qui dépassent et transcendent les frontières.

Une recherche d’interdisciplinarité, de multiculturalisme et de métissage, à laquelle la culture tsigane se prête on-ne-peut-mieux. On connaît le flamenco, le jazz manouche – le seul jazz né en dehors des États-Unis –, mais les influences de cette culture sur les autres sont multiples. L’Alsace étant depuis toujours une terre de passage, consacrer un festival au peuple tsigane était finalement une évidence.

« Nous les connaissons depuis toujours, mais que savons-nous d’eux ? Insaisissables et pourtant familiers, les Tsiganes forment une communauté à part entière parmi toutes celles qui constituent le continent européen . Depuis plusieurs siècles, ils peuplent nos récits, nos romans, peintures, films et opéras. Nous les croisons aussi dans la rue […]… Et pourtant ils continuent d’apparaître comme des figures de l’altérité, souffrant d’une image floue à force de caricatures ». En quelques mots, Alain Perroux, directeur général de l’OnR, raconte tout le paradoxe autour de ce peuple aux mille visages, aux mille noms. Qu’ils soient « Gitans », « Roms », « Manouches », ils fascinent et troublent.

© Jeannette Gregori

Encadrée par des partenaires tels que la LICRA Bas-Rhin (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme), cette édition tentera de lever le voile sur la communauté, tout en respectant ses acteurs. Les Tsiganes et les Roms étant des populations particulièrement touchées par l’ostracisme en Europe, l’association bas-rhinoise (qui mène depuis cinquante ans des actions militantes, pédagogiques et juridiques pour lutter contre les discriminations) a volontiers apporté son aide. Il s’agit-là de sortir du cliché, de la méconnaissance et du fantasme. En ces temps troublés de discours xénophobes et politiques nationalistes, quoi de mieux que l’art pour partir à la rencontre de l’autre ?

À l’affiche ? Plus d’une trentaine d’événements, dont de nombreux rendez-vous gratuits, répartis entre Strasbourg, Mulhouse et Colmar. Un festival qui se veut varié et accessible.

À (re)lire : À la rencontre des Manouches de Strasbourg : une série photo pleine d’humanité


En avant, la musique !

On y retrouvera l’essence de l’OnR, avec le spectacle lyrique et chorégraphique mis en scène par Daniel Fish. Il réunira les deux œuvres de Manuel de Falla et Leoš Janáček, que sont L’Amour Sorcier et Journal d’un disparu, toutes deux mettant en scène « la figure de la gitane, amoureuse libre et passionnée, forcément mystérieuse et un peu magicienne ». Et puis, évidemment des concerts : un récital de flamenco avec la cantaora mondialement reconnue Rocío Márquez, des Chants bohémiens du Romantisme avec les Chœurs de l’OnR, des lectures, des spectacles de danse… Ainsi que du jazz manouche sur la scène de l’opéra. Une belle invitation en collaboration avec l’espace culturel Django Reinhardt.

La cantaora Rocío Márquez © J.Salas

Partenaire de longue date de l’OnR, il était en effet tout naturel pour l’équipe de Django de se rapprocher de cette programmation d’Arsmondo. Situé au Polygone, au nord du Neuhof, où réside une large communauté Manouche, le lieu est « un projet artistique et culturel doublé d’un projet social et territorial » qui agit depuis 2010 au sein de ce quartier multiculturel. Le samedi 19 mars, les deux salles se réunissent pour une journée exceptionnelle. Pour se mettre en bouche : Jazz manouche en fête, un bœuf géant et gratuit, mettant en scène des élèves guitaristes de dix-sept écoles de musique strasbourgeoises accompagnés par le Trio Amati Schmitt. Ensuite : Du Polygone à la place Broglie, un concert-hommage aux amoureux du jazz, où de grands noms et virtuoses du genre s’inviteront sur la scène de l’opéra, à l’instar de Francko Mehrstein.


Des expositions gratuites : une caravane et de la photo

Illustrant cette édition d’Arsmondo, une photo de la jeune Maria, une Fille du vent, à jamais immortalisée par la photographe strasbourgeoise Jeannette Gregori – qui exposera ses œuvres tout au long du festival. Avec Sur les chemins de vie des Tsiganes, elle nous entraîne sur plus de dix années de rencontres, à travers « un regard certes documentaire, mais aussi humaniste et artistique ». Partie d’une vision « idéalisée » de la communauté, elle explique s’être rapidement « fait la promesse que [son] appareil photo ne servirait ni à dégrader leur image, ni à biaiser l’information sur leurs conditions de vie », les suivant ainsi dans leurs quotidiens, leurs pèlerinages et traditions… Une expo à découvrir absolument au Lieu d’Europe.

« Fille du vent » © Jeannette Gregori



En parallèle, la HEAR (Haute-école des Arts du Rhin) prêtera son jardin à la caravane du plasticien Romuald Jandolo. Issu d’une famille de circassiens et habitué à la vie nomade, l’artiste rendra hommage à ses origines avec cette caravane qui tient lieu d’autobiographie familiale. Une sorte de musée mobile montrant les coulisses et l’intimité de ce monde de spectacle dans lequel il a grandi.

La caravane de Romuald Jandolo exposée à la HEAR © Romuald Jandolo


Tsigane et cinéma : un cycle dédié à l’Odyssée et autres projections

Cinéphiles, vous ne serez pas non plus déçus. Arsmondo s’invite à nouveau dans la salle de l’Odyssée avec le cycle Les Tsiganes au miroir du grand écran. Avec six films programmés – dont cinq suivis de rencontre-débat –, il laissera à voir la formidable variété des regards par et sur cette culture qui transcende les âges et les frontières. On peut citer Gadjo dilo (1997) avec Romain Duris, et Geronimo (2014) de Tony Gatlif, ou Le temps des gitans d’Emir Kusturica (1989).

Autres rendez-vous immanquables : les projections-rencontres à l’Auditorium du MAMCS, et davantage encore celles autour du cinéma de Jean-Charles Hue qui viendra présenter ses deux films, inclassables pépites, entre docu et réalité. Si vous n’avez pas encore vus La BM du Seigneur (2010) ou son – encensé à Cannes à sa sortie – Mange tes Morts : tu ne diras point (2014), foncez-y. En plus, ce sera gratuit.


Des conférences et des ateliers pour aller plus loin

Pour rythmer ces trois semaines et aller plus loin, Arsmondo s’entourera de partenaires, artistes, et associations qui animeront plusieurs conférences autour de la musique, de la bande-dessinée, des Roms en Europe… S’il est difficile de citer tous les événements organisés tant ils sont nombreux, notons toutefois la rencontre avec le poète et circassien Alexandre Romanès. Auteur de quatre recueils de poésie après une vie d’acrobate, de dresseur de fauves et de directeur de cirque, il viendra défendre et raconter sa culture avec verve et passion.

Conférence « Les roms par la bande dessinée » avec Kkrist Mirror © Kkrist Mirror

Pour les plus jeunes, rendez-vous le dimanche 3 avril pour une belle Journée des Enfants. Il y en aura pour tous les âges (de 4 à 15 ans), avec des ateliers d’initiation à la danse flamenco, à la guitare manouche, aux arts plastiques avec de la peinture sur castagnettes, ainsi que des moments de calme pour entendre des contes issus d’une culture qui se vit, depuis toujours, à l’oral.

Parfois, il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour partir ailleurs. Avec le festival Arsmondo Tsigane, le voyage dure même trois semaines : venez qu’il vous emmène !


Festival Arsmondo Tsigane
avec l’Opéra national du Rhin

Du vendredi 11 mars au dimanche 3 avril
Dans 11 lieux à Strasbourg et en Alsace

La programmation complète


© OnR / Opéra national du Rhin

*Article soutenu mais non relu par l’Opéra National du Rhin.

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