Vous vous êtes déjà demandé pourquoi il y avait autant de rues-du-marché-quelque chose à Strasbourg ? Pourquoi certaines artères ont des dates en guise d’intitulé ? Nous aussi, on s’est posé la question. Alors on est allé gratter sous les pavés pour trouver la petite histoire derrière les noms des rues les plus emblématiques de la capitale européenne. Aujourd’hui, petit détour par la place Marie-Leszcynska !




À Strasbourg, elle se situe entre le quai Charles Frey et le quai Saint-Nicolas, juste en face de la Petite France mais de l’autre côté de l’Ill. Du moins, pour qui sait la voir. Dans l’ombre imposante du lycée René Cassin – à la façade reconnaissable entre toutes de ce côté de la Grande île – la place Marie-Leszcynska ressemble, disons-le, à un trottoir un peu plus large qu’un autre. Mais pas vraiment à un square où l’on pourrait s’asseoir pour regarder couler la rivière.

Cette toute petite place porte toutefois un grand nom : celui d’une aristocrate polonaise devenue reine de France grâce à un mariage célébré dans la cathédrale de Strasbourg en 1725. Ce qui pourrait ressembler de prime abord à un conte de fées avait toutefois mal commencé pour la jeune femme. Son père, Stanislas Leszcynska, est placé sur le trône de Pologne par les armées suédoises de son protecteur, Charles XII, en 1704, avant d’être destitué 5 ans plus tard suite à une défaite militaire. La famille part en exil et finit par s’installer à Wissembourg en 1719. Elle vit dans le dénuement par rapport aux standards de l’aristocratie à l’époque.

La place Marie-Leszcynska © A.Me / Pokaa


Il faut marier le jeune Louis XV

Stanislas Leszcynska n’étant plus roi, sa fille n’est plus princesse. Et le nom de cette vieille noblesse polonaise aurait pu tomber dans l’oubli sans l’intervention de celui qui deviendra très vite le Premier ministre du roi de France : Louis IV Henri de Bourbon-Condé – ça fait long sur une carte de visite. Ce dernier se fait en effet du souci pour son souverain : le jeune Louis XV semble avoir une santé fragile, et s’il venait à mourir sans héritier, le trône pourrait revenir au rival du ministre, le duc d’Orléans.

Marie Leszczyńska en manteau de sacre par Louis Tocqué. Musée des châteaux de Versailles et de Trianon (1740).

Âgé de 15 ans, le roi est alors fiancé à une princesse espagnole de… 6 ans. Le duc de Bourbon convainc donc le souverain et ses ministres de rompre les fiançailles pour permettre au monarque d’épouser une femme à même de lui donner un enfant rapidement. Le roi accepte finalement une union avec Marie Leszcynska, nom glissé par le duc de Bourbon qui envisageait, à l’origine, de la prendre pour épouse.

La jeune femme a sept ans de plus que son futur époux, et aucun titre ou alliance à apporter à la couronne de France. Autant dire que la cour du roi voit cette union d’un mauvais œil. On parle même de mésalliance. Cela n’empêche pas le jeune Louis XV d’envoyer à Strasbourg le duc d’Orléans pour organiser son mariage.


Un trésor dans les archives de la Ville

Le 15 août 1725, Marie Leszcynska est mariée par procuration au roi de France dans la cathédrale de Strasbourg. C’est le cardinal de Rohan, par ailleurs grand aumônier de France, qui célèbre cette union. Le duc d’Orléans représente Louis XV qui est resté à Versailles. Les deux époux ne se rencontreront que le 4 septembre, à Fontainebleau, au terme d’un long périple en carrosse pour la jeune reine. De leur union naîtront dix enfants.

Aujourd’hui, l’acte du mariage de Louis XV et de la reine Marie Leszcynska est encore conservé aux archives de la ville de Strasbourg. C’est le seul document de ce type figurant dans la collection des registres paroissiaux strasbourgeois. La preuve que sous les pavés strasbourgeois se cachent parfois des fragments de l’Histoire de France sous l’Ancien régime.

1 commentaire

  1. je vous suggère la lecture du magnifique livre « Il faut marier Maria, MadameLouisXV, princesse de Wissembourg » ! Editions Bourg Blanc à Schiltigheim. https://editionsbourgblanc.com/produit/il-faut-marier-maria/

    « Qu’elle est belle la princesse ! Ce magnifique livre plonge dans la magie intemporelle des jolies princesses venues d’ailleurs… et ces mariages royaux qui font, toujours de nos jours, tant rêver ! Maria Leszczynska est la petite princesse polonaise qui a épousé Louis XV, et lui a fait, “sur commande”, dix enfants, pour donner un héritier à la Couronne de France. Mais c’est aussi une histoire d’amour sincère, fruit de péripéties extraordinaires !

    Ce livre est un récit qui puise dans de nombreux documents d’époque et des archives locales parfois inédites. C’est aussi un livre d’images étonnantes, d’une rare sophistication, où les personnages historiques se mêlent à des danseurs, des musiciens et des comédiens…

    Les deux auteurs Irena Tatiboit et Ambroise Perrin, artiste chorégraphe et journaliste romancier, entraînent le lecteur dans la vie quotidienne au XVIIIème siècle pour suivre l’insolite aventure de cette jeune fille polyglotte, érudite, fascinante, et soumise, car c’était le destin de toutes les femmes, à l’autorité de son père, le Roi Stanislas, sur les routes d’Europe, puis à celle de son époux, le descendant du Roi Soleil, à Versailles.

    Des recherches originales en Alsace, à Wissembourg, Marienthal, Strasbourg, et à Versailles, en Lorraine, dans le Duché de Zweibrucken, en Allemagne, en Pologne permettent d’inscrire ce périple dans un contexte résolument européen; et puis, un peu comme dans un hardi roman, Il faut marier Maria, Madame Louis XV, Princesse de Wissembourg, trace le feuilleton des interrogations tellement contemporaines de la jeunesse et de l’assimilation.

    Un récit original du mariage exceptionnel de la princesse polonaise Maria Leszczynska et de Louis XV, le conte de fée de la petite étrangère qui épouse le roi de France : Irena Tatiboit et Ambroise Perrin nous entraînent, au cœur du XVIIIème siècle, dans une histoire merveilleusement contemporaine.

    Il faut marier Maria, Madame Louis XV, Princesse de Wissembourg a obtenu le Prix spécial du Jury du livre alsatique au Salon du livre à Marlenheim le 14 avril 2012. »

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