Créée par deux frères en 2019, l’association strasbourgeoise Tess Lab accompagne et soutient des dizaines de jeunes dans la valorisation de leur potentiel et de leurs compétences.


Il y a cette citation qui ne passe pas inaperçue : « Relever un jeune homme, c’est sauver une génération ». Ces mots de l’Abbé Fouque, instigateur du catholicisme social au début du 20ème siècle, c’est Azedine El Hadouchi qui les a choisis pour définir l’état d’esprit de Tess Lab. Le Strasbourgeois de 43 ans complète la citation et ajoute : « Chaque jeune mérite qu’on révèle son potentiel ». Depuis 2019, lui et son frère Hakim accompagnent des jeunes dans la prise de confiance et de conscience en leurs potentiels et leurs capacités à trouver ou retrouver un emploi, mais aussi à construire un parcours scolaire et professionnel.

Les deux frères sont partis d’une simple observation. Dans les quartiers populaires, un jeune sur deux, entre 18 et 25 ans, est au chômage. Une fois le constat posé, il y a cette autre réalité, que les chiffres ne traduisent pas : l’autocensure, la perte de confiance en soi et la difficulté à se projeter vers l’avenir. L’identité de Tess Lab (même si ce n’est pas la seule), c’est d’avoir su s’adapter à un monde du travail en perpétuel mouvement en mettant l’accent sur les soft skills. Un concept anglo-saxon qui définit les compétences et les qualités utiles en entreprise, mais pas seulement : capacité d’adaptation, pensée critique, imaginer des solutions. « Notre vision est de remettre en question les représentations sur les individus et sur les territoires, notamment les quartiers populaires. Comment ? En mettant le focus sur les ressources, les forces de l’individu et du territoire, car pour nous le pouvoir d’apprendre amène au pouvoir d’agir. Nous exécutons cette vision par la création de deux programmes : Tess Lab, mais aussi B-You », détaille Hakim El Hadouchi.

Azeddine et Hakim El Hadouchi / Document remis


Tout est possible, rien n’est figé

Le jeu de mot Tess Lab n’est pas anodin. Tess est le verlan de « cité », mais Tess c’est surtout « transmettre l’excellence à travers les soft skills ». « Lab » désigne la manière dont ces compétences sont transmises. « On essaie de créer ce qu’on aurait aimé avoir à leurs âges », explique Azedine qui finit actuellement un master en psychologie du travail. Lui et Hakim ont grandi à Hautepierre, où les chiffres tutoient les constats d’urgence. Dans ce quartier, classé QPV (quartier prioritaire de la ville), un jeune sur deux a moins de 25 ans et le taux de chômage avoisine les 40%.

C’est dans le quartier où ils ont grandi que l’association s’est implantée, mais les actions de Tess Lab se déroulent partout ailleurs. À travers des conférences, des masterclass et des ateliers ponctuels, les jeunes sont amenés à découvrir le potentiel des uns, des autres, mais surtout celui qui sommeille en eux. Avec toujours cette idée : tout est possible, rien n’est figé. Depuis deux ans, près de 70 jeunes sont passés par Tess Lab. Hakim précise :  « Il s’agit d’être un accélérateur pour les jeunes, pas une béquille. C’est trouver du positif dans ce qu’ils font et avoir un regard positif sur soi-même ». À 34 ans, le plus jeune des frangins est titulaire d’un master en ingénierie pédagogique et travaille pour la collectivité européenne d’Alsace. « Notre but, c’est de réfléchir à partir des marges, à un changement plus global de société », poursuit-il.


Travailler la prise de parole

Lors des ateliers, les promos composées d’une vingtaine de participants, identifient les points forts de chaque jeune. Parler de soi et parler de soi en public. Accepter que les autres parlent de soi, mais aussi repérer les mots parasites, articuler, maîtriser sa timidité. Anas, 18 ans, a pu identifier chez lui ses forces : universalisme, spiritualité et intelligence sociale. Yasmine, même âge, a pu détecter chez elle la résilience, le sens du travail et l’autodiscipline. Sofiane, 22 ans, se positionne sur des qualités comme la gratitude, l’optimisme et l’empathie.

En octobre 2020, les jeunes ont pu rencontrer Moussa Zaghdoud, vice-président exécutif chez Alcatel-Lucent et fondateur de Rainbow, une plateforme de visioconférence. Lui a grandi dans le quartier du Marais, à Bischheim. « La rencontre avait lieu au théâtre de Hautepierre. Parmi les jeunes qui habitent le quartier, certains n’avaient jamais mis les pieds dans ce lieu », se souvient Hakim. Ces rencontres avec des professionnels servent aussi l’idée de se constituer le sacro-saint réseau et les contacts.

Séance d’échange et d’entraînement / Document remis


Valoriser le leadership féminin

Outre Tess Lab, Azedine et Hakim développent avec la troisième co-fondatrice, le programme B.You Academy, qui travaille sur la question du leadership féminin. Dirigée par Salima, 34 ans, docteure en physique-chimie et entrepreneure, l’association strasbourgeoise accompagne et forme des jeunes filles de 15 à 25 ans.

Finalement, Tess Lab ne remplacerait-elle pas l’école ? Hakim corrige : « Quand l’école est finie, c’est une deuxième école qui s’ouvre. Nous ne sommes pas éducateurs dans notre démarche. On pose des cadres d’engagement. On s’intéresse à enrichir le parcours des jeunes ». On repense à la citation du début : « chaque jeune mérite qu’on révèle son potentiel ».

Tess Lab lance bientôt sa nouvelle promo 2022 / Document remis


Ophélie Gobinet

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here