Fondé en 1872 dans le nord de l’Alsace, le Club vosgien compte aujourd’hui 128 associations locales qui veillent sur plus de 20 000 kilomètres de sentiers dans l’est de la France. Le balisage des itinéraires de randonnées fait partie de leurs missions. Reportage.


Sur le parking à l’entrée de Wintzenbach, petit village du nord de la plaine rhénane, trois hommes discutent devant le coffre d’une camionnette remplie d’outils et de caisses. Référent itinéraires pédestres au sein de Club vosgien, Roger Wassmer a donné rendez-vous à Gérard Beil et Daniel Schuster pour une après-midi dédiée à l’entretien du balisage des sentiers de randonnées du coin. Les deux hommes ont endossé cette année le rôle de veilleurs. Ils ont pour mission d’arpenter l’ensemble des sentiers d’un secteur pour faire remonter d’éventuels problèmes : embuches, marquage détruit ou abîmé, travaux forestiers…

Dans les mains de Roger Wassmer, un guide du balisage vosgien. Les rectangles pleins sont des GR, les cetangles barrés de blancs amènent à un GR ou en sont des variantes, les losanges sont des itinéraires plus courts que les GR, les anneaux, des boucles réalisables en une demi-journée et les disques, des boucles réalisables en une journée ou plus. © A.Me / Pokaa


La ronde commence au pied d’un poteau, juste devant la salle des fêtes du village. Un anneau rouge sur fond blanc indique le départ d’un itinéraire de randonnée. Une boucle réalisable en une demi-journée. La plaquette sur laquelle il figure indique la direction à suivre, mais le trio vérifie qu’un autre signe vient confirmer le premier. « Notre balisage suit le principe DRC, explique Roger Wassmer. Direction, rappel, confirmation. À partir du premier signe, il y a un rappel à 10 mètres, puis une confirmation à 30 mètres. Ensuite, nous essayons de poser des balises tous les 300 mètres environ. » Ce système est commun à l’ensemble des itinéraires entretenus par le Club vosgien, en Alsace, en Moselle, en Meurthe-et-Moselle, dans les Vosges et sur le territoire de Belfort.

À gauche, un érable qui servira bientôt de support au balisage d’un itinéraire de randonnée.
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En tant que référent itinéraires pédestres, Roger Wassmer possède un carnet avec toutes les balises possibles, à coller directement sur les plaquettes. © A.Me / Pokaa


Une institution vieille de près de 150 ans

L’histoire de l’association est à la fois ancienne, et alsacienne. En 1864, la Schwarzwaldverein – association de la Forêt Noire en français – est créée en Allemagne. Il s’agit de la toute première organisation touristique de randonnée en Europe, et cette initiative inspire le botaniste strasbourgeois et professeur à la faculté de pharmacie de Strasbourg Frédéric Kirschleger, qui manifeste l’envie de créer une structure similaire dans les Vosges. Son décès – en 1869 – et la guerre franco-allemande de 1870 empêchent le projet de se concrétiser. Ce n’est donc qu’en 1872 que le magistrat allemand installé à Saverne, Richard Stieve, relance l’idée d’une société vosgienne de randonnée. Le Vogesenclub voit le jour le 31 octobre de la même année. Deux mois plus tard, neuf associations – appelées sections – participent à l’assemblée constitutive qui se tient à Strasbourg. Le Club vosgien prend la forme d’une fédération de clubs locaux. Il adopte pour insigne une feuille de houx. Et dès ses débuts, il se donne pour mission de rendre le massif des Vosges accessible au plus grand nombre en balisant des sentiers de randonnées et en aménageant des refuges et des belvédères pour les promeneurs.

À l’occasion de son 25e anniversaire, le club crée l’itinéraire « traversée du massif des Vosges », balisé d’un rectangle rouge. De Wissembourg à Fesches-le-Chatel, il propose un périple de 430 kilomètres du nord au sud du massif. En 1946, cette randonnée est labellisée GR®5 et intègre un parcours qui relie la mer du Nord à la Méditerranée en passant par le Mont Blanc. Aujourd’hui encore, l’entretien du GR fait partie des missions du Club vosgien. « Ce sont même des sentiers prioritaires », détaille Roger Wassmer.

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Dans l’œil du baliseur

Quel que soit l’itinéraire dont ils s’occupent, les bénévoles sont attentifs à la visibilité du balisage. Dix mètres après le poteau marquant le départ du circuit de Witzenbach, le signe de rappel est bien visible. Trente mètres plus loin, la confirmation l’est aussi. Mais plutôt que de poursuivre sa route, Roger Wassmer s’arrête au niveau d’une intersection et se retourne. « Il faut toujours penser aux randonneurs qui empruntent l’itinéraire en sens inverse, explique t-il. Là par exemple, il faudrait ajouter une flèche pour indiquer de quel côté passe le sentier pour revenir au parking. » Reste à savoir où mettre la balise. Sur le pied du panneau de circulation tout proche ? Le buisson qui pousse à son pied risque de la cacher rapidement. Le choix se porte sur l’érable voisin, « engagé » sur le parcours, c’est à dire situé le long de ce dernier, au delà du croisement, et donc meilleur support pour recevoir le signe indicateur.

Un quart d’heure plus tard, les trois hommes garent la camionnette à deux-cent mètres du village, là où l’itinéraire quitte la route nationale pour emmener le long d’un champ de maïs. Il manque un balisage pour signaler la bifurcation. Le référent itinéraires pédestres se tourne vers les deux veilleurs en formation pour choisir l’emplacement du signal. Daniel Schuster opte pour un endroit en retrait du sentier, visible depuis la route. Suffisamment loin du sureau qui pousse sur le talus pour ne pas finir invisible. Gérard Beil donne le premier coup de pelle, et Roger Wassmer fixe la plaquette en aluminium sur le poteau avec des vis en inox, en prenant bien soin de l’arrondir pour plaquer les bords sur le bois. Objectif : éviter les prises. Diminuer les risques que quelque chose puisse s’y accrocher.

L’entretien du balisage a généralement lieu au printemps, avant la saison de randonnée, et à la fin de l’automne, « une fois que les travaux agricoles sont terminés », détaille Daniel Schuster. Il arrive en effet que les engins arrachent les poteaux indicateurs en bord de sentier. Quand bien même ces derniers sont normalement plantés à 50-60 cm de profondeur dans le sol. Il arrive également qu’un arbre, un buisson, ou tout un talus ait décidé de pousser devant une balise, la cachant au regard des randonneurs. C’est le cas, un peu plus loin sur le sentier. Roger Wassmer sort alors de la camionnette une petite tronçonneuse électrique : entretenir les sentiers, parfois, c’est aussi élaguer.

Daniel Schuster (à gauche) et Gérard Beil (à droite) sont veilleurs. Ils ont pour mission de parcourir l’ensemble des itinéraires de leur secteur au moins une fois par an. Mais ils sortent en moyenne deux fois par semaine, pour le plaisir. Fidèles à la devise du Club vosgien: Un jour de sentier, huit jours de santé.
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Les plaquettes et poteaux qui servent à baliser les chemins sont achetés ou fabriqués par les associations locales, et installés par leurs bénévoles. Roger Wassmer, Daniel Schuster et Gérard Beil font partie du Club vosgien de Wissembourg, qui compte 557 membres et s’occupe de 423 kilomètres d’itinéraires. Les cotisations des adhérents sont essentielles à l’entretien des sentiers. « Quand je croise des promeneurs, je leur propose toujours de rejoindre le Club, explique Roger Wassmer. L’adhésion varie un peu selon les clubs mais c’est de l’ordre d’une vingtaine d’euros. Pour qui aime profiter du réseau de sentiers, c’est une manière de nous soutenir. Et c’est aussi une forme de reconnaissance pour ce que nous faisons. »

En 2018, la Fédération du club vosgien dans son ensemble a consacré 67 000 heures à la maintenance de son réseau et dépensé 185 000 euros pour entretenir ses itinéraires, bancs et abris.

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