Dans la vallée de la Bruche, à une heure de Strasbourg en voiture, Christian Bruls propose des randonnées en compagnie de ses lamas. Des circuits avec vue, qui permettent de se ressourcer en apprenant mille et une choses sur ces fiers camélidés, grâce à leur propriétaire passionné. On a testé une de ces balades pour vous.


Blancherupt, la plus petite commune d’Alsace avec ses 42 habitants, a des allures de carte postale. Une petite bourgade charmante, blottie dans un vallon du massif vosgien. Des maisons blanches aux portes arrondies et des jardins proprets bordent des rues paisibles où il n’est pas rare de voir un chat profiter du soleil, allongé sur le bitume. Mais ce mercredi après-midi, quelques détails feraient froncer les sourcils à qui regarderait ce tableau bucolique.

À l’entrée du village, au pied d’un pré accroché à la montagne, deux Strasbourgeoises ouvrent des yeux ronds comme des soucoupes face à des lamas qui les toisent du haut de leur mètre 70. Il faut dire qu’au milieu de ce village typiquement alsacien, notre face-à-face avec une espèce originaire des Andes a quelque chose de dépaysant. Ou, pour reprendre les mots de ma partenaire de rando Coraline, de « complètement improbable. »


Quand lama fâché, lui ne pas faire ainsi

Mais pas le temps de se pincer pour y croire que Christian Bruls, notre guide pour l’après-midi, sort déjà de l’enclos en bordure de champ, une longe dans chaque main. Me voilà chargée de guider Lola, 15 ans, le port de tête altier et le regard fier. Coraline se voit confier Gazelle, sa fille à la robe crème, âgée de 3 ans. Bipèdes et camélidés se jaugent. Avec, pour les premiers, quelques planches de Tintin et le Temple du soleil en tête. « Ça crache vraiment un lama ? », finit par oser demander ma collègue. « Pas sur les humains, répond Christian en riant. Lorsque les femelles ne sont pas en chaleur, elles ne supportent pas d’avoir les mâles à proximité et crachent pour les garder à distance. »

Un peu rassurée, j’avance une main pour grattouiller la tête de Lola, sans trop savoir où la poser. « Vous pouvez leur caresser le coup et le dos mais ils n’aiment pas qu’on leur touche la tête, cela perturbe leur vision », explique le passionné d’animaux. C’est noté. Après les présentations d’usage, nous tirons finalement sur les longes pour nous mettre en route. Notre guide ouvre la voie flanqué d’Ischa et Sirius, ses deux bergers suisses au poil blanc. Nous sommes parties pour deux heures de balade, en direction d’un point de vue sur la vallée de la Bruche.

Lentement mais sûrement, notre petite équipe avance sur un sentier qui s’élève au-dessus du village. L’occasion pour Christian Bruls de saluer ses chèvres, puis de chercher son poney du regard dans un des champs. Ce grand ami des bêtes veille également sur six ânes, quatre paons, neuf chats et un cheval confié par l’association l’Arche de Noé. « J’ai toujours été passionné par les animaux, confie l’Alsacien originaire de l’est de la Belgique. J’en ai toujours eu. »


Lamas sensibles

Un premier lama est venu s’ajouter à la liste de ses protégés en 2007. Une jeune femelle baptisée Soni. « A la base, c’était pour entretenir mes talus », glisse t-il en souriant. Mais la bête s’ennuie vite d’être seule dans son champ, alors son maître adopte un mâle. Au gré des arrivées et des naissances, un petit troupeau se forme, dont Christian Bruls prend grand soin. Certains sont nourris au biberon quand leur mère n’est pas en mesure de les allaiter. D’autre, veillés à leur naissance, car fragiles et pas certains de vivre très longtemps. Dans son troupeau, Christian compte aussi des lamas qui ont été abandonnés par des particuliers.

En 2016, il fonde Charbo Loisirs pour proposer des balades avec ses animaux. « Je ne le fais pas pour faire des bénéfices. Ce n’est pas mon activité principale, je travaille dans la restauration à côté, explique-t-il. Mais cela me permet de financer l’entretien des lamas, d’acheter le fourrage et de retaper les enclos ou les écuries si besoin. » Chaque jour, Christian Bruls passe plus de 3 heures à s’occuper de ses bêtes, répartis dans différents prés du village. Certains, mis à disposition par ses voisins.

© Coraline Lafon / Pokaa

À force de passer du temps avec ses lamas, le Biatcherus – nom donné aux habitants de Blancherupt – a beaucoup appris sur cette espèce et partage volontiers ses connaissances avec les groupes qu’il accompagne. Alors que nous sommes toujours en pleine ascension, nos lamas s’arrêtent soudain les oreilles dressées sur la tête, le regard rivé au bas de la pente. « Elles ont sûrement entendu un renard ou une autre bête dans les fourrés, détaille notre guide. Ces animaux sont très sensibles à leur environnement et entendent ou voient des choses auxquelles nous ne prêtons pas forcément attention. » Ce sont également des animaux grégaires, explique notre guide intarissable. Ils vivent toute leur vie en famille. Ce qui explique pourquoi Gazelle et Lola s’attendent régulièrement. Et lorsqu’une femelle vient d’avoir un petit et veut aller manger, le plus jeune de ses petits déjà sevrés veille sur le nouveau-né.


Heureux comme un lama en forêt

Toujours aussi fières du haut de leur long cou, Lola et Gazelle se remettent finalement en route. Pour aller s’engouffrer dans un bosquet le long du sentier. Une envie de jouer à cache-cache ? Non, juste le plaisir de se gratter le dessous du ventre avec les buissons. Et celui d’attraper de quoi brouter au passage bien sûr. Lola se paye le luxe de prendre la pose derrière le feuillage. Sa mimique est franchement comique et je n’ai pas vraiment envie de tirer sur ma longe pour repartir. C’est Ischa, la gardienne des troupeaux de lamas en balade, qui la presse finalement.

Après 20 minutes de marche, la forêt laisse la place à une belle vue sur la vallée. Le vent bruisse dans les cimes et le pas des lamas est si léger qu’on l’entend à peine. Léger, mais un peu réticent. Nos camélidés sont moins fascinés par la beauté du paysage que par l’herbe grasse. Et il faut parfois tirer un peu sur la longe, en plus de tirer sur les jambes. Les lamas seraient-elles fatiguées ? Peu probable. Ces animaux adaptés à la montagne peuvent porter des charges pesant 35 kilos. Et il suffit que l’un des chiens passe un peu trop près de leurs jambes pour qu’elles se mettent soudain à gambader avec une légèreté qui fait envie.

Après une heure de marche, nous arrivons enfin au point culminant de la randonnée. Un petit banc nous attend à côté d’un coin d’herbe bien entretenu. Nous n’avons pas le temps de demander par qui que Lola et Gazelle y prennent leurs quartiers. « Je viens souvent ici. C’est un circuit court que je propose aux groupes avec des enfants, détaille Christian Bruls, à qui il est déjà arrivé de prévoir des parcours adaptés pour accompagner des enfants en situation de handicap.

Après une petite pause, nous voici sur le chemin du retour avec des lamas un peu plus rapides. Nous croisons quelques randonneurs surpris par la troupe. Partagés entre l’envie de caresser les lamas et la peur… qu’ils crachent bien entendu. Bonnes élèves attentives aux leçons de notre guide, nous expliquons doctement qu’elles sont adorables et qu’ils ne craignent rien. Avant de repartir, aussi fières que nos lamas.

Entre les pitreries de nos camélidés et les panoramas somptueux sur la vallée, nous rentrons au village sans avoir vu le temps passer. Christian Bruls remet Lola et Gazelle au pré en nous invitant à entrer. Trois lamas déboulent à toute berzingue du haut du champ pour venir saluer leur maître, tout sourire. Les plus jeunes du troupeau, qui compte actuellement 17 têtes.

Mais qu’y a-t-il donc chez ses camélidés – attachants il est vrai – qui plaît tant à ce Biatchérus ? « Je pense qu’ils pourraient donner des leçons de vie à bien des êtres humains, confie-t-il. Ils font preuve d’une entraide et d’une solidarité extraordinaire. Si un prédateur vient leur chercher des noises, ils se rassemblent, le coincent dans un coin en faisant un cercle autour de lui et lui donnent des coups avec leurs avants. » Lorsque lama fâché, mieux vaut ne pas le chercher.

Au moment de partir, nous n’avons plus assez de mains pour distribuer les grattouilles, entre les lamas, les chiens, et le chat qui vient de se joindre à la troupe. « A Blancherupt, il y a plus d’animaux que d’habitants ! » conclut Christian, un sourire aux lèvres.


Charbo Loisirs

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06.30.24.53.81
Promenades du mardi au dimanche, les après-midis.
18 euros pour une randonnée avec un lama, 8 euros pour les accompagnants

1 commentaire

  1. Merci pour ce partage de vos impressions pendant la balade, c’est super ! C’est chouette que vous ayez passé un bon moment et d’avoir trouvé cet endroit et cet hôte bienveillant. Ça me plairait aussi une balade avec ces animaux. 😊

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