Alexandre Leroux a 29 ans. Installé dans sa tiny house sur le terrain d’une ferme en maraîchage biologique à 45 minutes de Strasbourg, il vit avec le strict nécessaire. Ni plus, ni moins. Après trois ans de travail salarié en tant que graphiste dans un grand magasin de meubles, il a radicalement changé de vie. Rencontre.


« Je suis un être humain en transition douce vers la décroissance » répond-il quand on lui demande qui il est. Selon le dictionnaire, la décroissance est un projet politique remettant en cause la croissance économique. Mais pour Alexandre, « c’est à l’échelle individuelle que ça se passe : comment on peut tendre vers un mode de vie durable et sain, pour la planète et pour soi, » explique-t-il. Et de la conviction à l’action, il y a eu un déclic, et plusieurs années.

© Camille Balzinger


Le déclic de la cohérence

À l’issue de ses études, Alexandre trouve un emploi dans un fameux magasin de meuble en tant que graphiste, à Mulhouse. Titulaire d’un CDI, il commence à s’interroger sur le sens des choses qu’il fait. « Il y avait de petits moments de remise en question, mais j’aimais travailler avec mes collègues, » se souvient Alexandre. Cependant, une question perdure : quel est le sens de ce qu’il fait ? « J’avais une intuition qui me poussait à me documenter, à rechercher la cohérence entre mes actions et mes pensées, » raconte-t-il. Du sens pour lui, mais aussi pour le monde dans lequel il s’inscrit.

Le véritable déclic, c’est en partant en mission à Malmö, en Suède, qu’Alexandre l’a vécu. Dans ce nouveau contexte, coupé de ses habitudes et de son équilibre mulhousien, le jeune homme doit se créer de nouveaux repères. Logé à l’hôtel, il passe de longs moments seul. « J’ai eu beaucoup de temps pour nourrir ma réflexion » se souvient-il. S’ajoute à ces moments réflexifs une prise de conscience sur sa place au sein de l’entreprise pour laquelle il travaille. « En allant chaque jour au siège de la boîte, tu réalises que tu es une ressource humaine plus qu’un individu à part entière : j’étais un employé, et non plus Alexandre » explique-t-il. « Mes convictions étaient trop fortes, et je me sentais investi d’un devoir d’action » estime-t-il. C’est là, en 2018, qu’il décide de démissionner. « J’ai quand même fini ma mission, et ai annoncé ma décision en avance » précise-t-il.

Au centre de ses aspirations pour le futur, le désir de travailler la terre. « Je voulais faire mon alimentation, c’était un rêve et une envie » explique l’ancien graphiste. Le lendemain de sa démission effective, Alexandre commence le bénévolat dans une ferme, en woofing. « Je n’ai jamais regretté mon choix, » assure-t-il. Il est resté quelques mois au même endroit, a changé de ferme, est revenu dans la première. Alternant entre woofing, contrats courts, contrats longs, et position de saisonnier, il y trouve son équilibre. « Il y a eu des semaines au début où ce n’était pas facile » convient-il. Quelques difficultés d’adaptation, mais aucune assez forte pour le faire retourner à sa vie d’avant.



Vivre dans 18 mètres carrés, se déplacer à vélo, et travailler la terre

C’est en 2018 également qu’il va chercher sa Tiny House (littéralement petite maison) en Loire-Atlantique, après plusieurs mois de discussion avec l’entreprise Baluchon. À la recherche d’un terrain où la placer, il s’installe finalement chez le maraîcher chez qui il travaille alors. « Elle fait 18 mètres carrés, dans le style alsacien pour qu’elle s’inscrive bien dans le paysage » précise Alexandre. « Et je ne m’en lasse pas. » Chauffée au bois avec des mini-bûches, elle est reliée à l’eau au bâtiment principal de la ferme. Alexandre a creusé un trou à côté pour faire office de frigo. « Il y en avait un, mais je m’en servais plus comme d’une étagère » se souvient-il. À l’intérieur, la maison est équipée d’une cuisinière au gaz, d’une douche, de toilettes sèches et d’un robinet avec économiseur d’eau. « Ça suffit pour laver les légumes, mais ça prend un peu de temps pour remplir une gourde » conçoit le jeune homme. Sur ses quelques étagères s’empilent jeux de société, livres, et collection de figurines Pokémon – des souvenirs d’enfance.

Son installation à la ferme a été motivée par un autre désir : celui de s’inscrire dans une communauté. « Le propriétaire était partant, et on partageait la même vision du vivre-ensemble, » précise-t-il. « Je voulais participer à créer quelque chose » continue Alexandre. Il travaille un jour par semaine le mercredi, à la préparation des paniers de légumes, pour couvrir ses frais d’emplacement et ses charges mensuelles. « J’ai été salarié à la ferme, mais cela consistait en des tâches qui n’étaient pas forcément faites pour moi » raconte-t-il. Depuis, il aide aussi bénévolement chaque jour les travailleurs sur place.

Autre changement radical : Alexandre ne se déplace qu’à vélo ou en train. « Avoir une voiture me permettait d’aller où je voulais, et participait à un semblant de liberté » se souvient-il. « Mais l’impact écologique était trop grand. » Il se met alors à utiliser le vélo de plus en plus, jusqu’à s’en réjouir d’avance. « Un jour où j’avais hâte d’utiliser mon vélo, il pleuvait et j’ai été déçu. C’est là que j’ai mesuré le changement en moi » raconte Alexandre. Il se débarrasse alors de son auto. Un choix cohérent à son échelle, qui facilite d’autres choix allant dans le même sens. « En plus, je suis fier de me déplacer à la seule force de mon corps, par mes propres moyens » poursuit-il. Et cela motive sa transition.


Un équilibre subtil entre yoga, YouTube, et écriture de son livre

Parmi les étapes qu’Alexandre a franchies, il y a eu la rencontre avec la pratique du Yoga. « Je fais du Hatha Yoga, qui est pour moi le plus complet » précise le jeune homme. En 2017, alors qu’il travaille toujours comme graphiste, il prend quelques semaines de vacances et part se former dans un Ashram, en Inde. Un endroit où la vie en communauté concorde avec ses attentes, et où la pratique du yoga intensive lui apparaît cohérente. Certifié, il donne des cours à son retour, et co-fonde un studio à Schiltigheim. Mais la distance entre la philosophie qu’il a découvert en Inde et la pratique occidentale en studio a suscité un malaise. « Je ne pouvais pas donner le meilleur de moi-même dans ce format-là » raconte Alexandre. Il cesse alors d’enseigner. Mais à la ferme, il propose parfois des pratiques aux personnes avec lesquelles il habite.

Lors de sa mission en Suède, en 2018, le jeune homme décide qu’il veut partager ses réflexions – celles qui le mèneront à démissionner. C’est là qu’isolé du reste de sa vie, Alexandre lance sa chaîne YouTube. Elle compte aujourd’hui plus de 35 000 abonnés. « Au début, je voulais parler de sujets qui me plaisaient, » se souvient-il. Puis le thème de la décroissance est apparu comme une évidence. « Je discute des choix écologiques poussés qui sont les miens, je veux créer du lien, et de la motivation, » précise Alexandre. Il y poste régulièrement des vidéos allant de quelques minutes à une heure, et collabore parfois avec d’autre youtubeurs traitant de sujets similaires.

Son défi le plus récent a été celui d’écrire un livre. « J’y raconte ma transition des six dernières années » conclut-il. Ce dernier,  En transition douce vers la décroissance est disponible en librairie depuis le 9 Septembre. Publié aux éditions Ulmer, il s’adresse à toutes celles et ceux qui sont sensibles à la cause écologique, et en quête de sens. Autobiographique et pratique, il propose des exercices, des réflexions, et des pistes d’actions individuelles pour aller vers une décroissance heureuse et douce.

Camille Balzinger

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