À Strasbourg, il existe plusieurs bibliothèques de rue dans lesquelles les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois peuvent déposer les livres dont ils ne veulent plus. Une façon de privilégier la seconde main, d’éviter le gaspillage et de partager ses coups de cœur littéraire. Une belle initiative malheureusement parfois dévoyée par un business de revente.



Les cabanes à livre dans notre ville, c’est un système d’échange entre Strasbourgeoises et Strasbourgeois. Un moyen de donner des livres qu’on n’utilise plus, afin que d’autres puissent en profiter. Elles sont présentes à Rivetoile, à l’Orangerie, place des Orphelins ou encore rue du Jeu-des-Enfants. Difficile de s’imaginer qu’une initiative aussi solidaire, et anti-commerciale puisse donner naissance à un business de revente.

Pourtant, le 11 septembre dernier, une Strasbourgeoise a alerté sur le sujet, au sein du groupe Facebook Tousse Ensemble. Une publication qui a engendré de nombreux commentaires, entre consternation et propositions de solutions.

Post tousse ensemble cabane à livres
© Facebook – Tousse Ensemble


Un nouveau business sur le dos de la gratuité

« On fait un business pour tout et rien aujourd’hui, donc ça ne m’étonne pas. » C’est par ces mots que Selena Pous-Langlot, la Strasbourgeoise autrice du post, commente la situation. La jeune femme, grande donneuse de livres, avait déjà remarqué l’émergence de tels dispositifs : « Je savais qu’il y avait des revendeurs de livres parce que je côtoyais pas mal Emmaüs ou les églises protestantes dans les ventes de livres d’occasion. J’ai vu pas mal de revendeurs qui achetaient en gros et mettaient tous les livres dans leur sac. Je me disais, au moins ils achètent le livre et donnent de l’argent à une asso, quitte à le revendre. »

Néanmoins, il semblerait que ce type de commerce parallèle prenne désormais racine avec les cabanes à livres. Selena Pous-Langlot raconte son expérience avec celle de Rivetoile : « J’avais commencé à avoir des doutes à Rivetoile parce que j’en mettais souvent cinq ou six, voire dix à chaque fois. Dès que je revenais du cinéma, il n’y avait plus rien. » Ses doutes ont été confirmés le 10 septembre dernier, lorsqu’elle a simplement assisté à la scène : « J’ai mis deux livres dans la cabane. J’ai remarqué qu’un gars un peu louche qui regardait mon sac de livres avec insistance. Du coup, je me suis assise pendant 20 minutes et j’ai attendu. Le gars a fait un tour de la place devant le cinéma. Il s’est même caché derrière un buisson. Quand je suis partie, je l’ai vu prendre les bouquins. Et à ce moment-là, il a tout pris. »


Une situation absurde et presque décourageante

Avec ce commerce parallèle, la situation vire à l’absurde. « Ça m’énerve. À la base, c’est un partage gratuit : pour les lecteurs, ceux qui s’y intéressent et qui veulent en apprendre davantage. Là, le principe se retrouve totalement dévoyé avec ces personnes qui font du business sur une initiative solidaire. »

Finalement, il en résulte même une certaine forme de découragement : pourquoi donner, alors que cela ne servira pas aux Strasbourgeoises et aux Strasbourgeois concernés ? « Faire ça c’est nul, je trouve ça aberrant. C’est mon choix de proposer les livres gratuitement. Maintenant, quand j’ai un sac de livres, ça me soule et je n’ai plus envie de donner. Les livres ne sont jamais proposés réellement pour les gens, seulement pour un business. »


Des solutions existent

Sous le post de Selena Pous-Langlot, certains proposent des solutions pour éviter ce genre de business. Par exemple, écrire dans les livres sur la première page que le livre en question est un don à une boite à livres. Et que dès lors, il ne peut en aucun cas être vendu. Ou encore écrire sur les tranches des livres. Une solution qui existe et qui peut effectivement aider. Néanmoins, pour la jeune femme, cela reste une solution imparfaite : « Il y a effectivement des repreneurs qui ne prennent pas des livres griffonnés. C’est possible, mais ça ne veut pas dire que les gens n’essayeront pas de le vendre. »

En outre, le fait de griffonner des livres ou de les annoter, peut démotiver quelques-uns à se servir de ces ouvrages. « C’est dommage, pourquoi griffonner, annoter un livre ? Personnellement, je n’aime pas lorsque les ouvrages sont griffonnés. » Il semble donc bien difficile de lutter contre le détournement de cette initiative solidaire. Au grand regret de Selena Pous-Langlot, qui soupire : « C’est surtout super triste d’en arriver là. » 

Difficile à croire qu’on en vient à dénoncer aujourd’hui dans notre ville le détournement lucratif d’une initiative solidaire comme les cabanes à livres. Une réalité quelque peu déprimante, mais qui espérons le, n’impactera pas la générosité et la solidarité des Strasbourgeoises et des Strasbourgeois.

18 COMMENTAIRES

  1. La même chose existe chez emmaus : des brocanteurs sont là à chaque ouverture, achètent les meilleures pièces à bas prix chez emmaus pour les revendre ensuite.. pfff…

  2. Effectivement, pour ma part je note en rouge sur la page du titre + une seconde fois juste après les dernières lignes du livre : « Ce livre circule gratuitement dans les boîtes à livre. Ne peut être vendu ».
    Je privilégie les boîtes à livre plus confidentielles que celle devant le CinéCité, au sujet de laquelle il y a avait déjà eu un article dans les DNA concernant une dame qui regardait en direct sur internet, à partir du code-barre, quelle était sa valeur marchande. Il y en a une par exemple dans l’entrée de la Médiathèque de Lingolsheim.
    A partir de 50 livres, il est possible de contacter Recyclivre qui vient même les chercher (en véhicule électrique) pour une revente solidaire : https://www.recyclivre.com/
    Et enfin, plusieurs groupes Facebook de dons (Sharing Is Caring) permette de les donner en petit nombre.
    Continuons à lire et échanger !

  3. pourquoi êtes-vous offusqués qu’un pauvre gars revende des livres que vous donnez alors que vous ne vous offusquez pas quand c est recyclivre qui est une entreprise à but lucratif et qui se fait passer pour une association charitable et écologiste qui engrange des millions en détruisant les petites librairies.Allez voir la page facebook « bouquinistes en danger »

  4. je suis libraire et franchement je pense que la personne qui a inventé le concept de « cabane à livre” n’a absolument aucun respect pour les livres, les auteurs, les éditeurs et évidemment les libraires . Les médiathèques existent déjà pour qui ne peut ou ne veut pas acheter. Sinon un livre d’occasion sélectionné, choisi et trié par un professionnel coûte souvent moins d’une bière. C’est triste de voir que des gens qui disent s’intéresser aux livres ne comprennent pas que ce système banalise et dévalorise l’objet et son contenu .

    • Peut-on appeler voleur quelqu’un qui prend quelque chose de gratuit ?
      Vous organisez des récoltes de livres au profit de Recyclivre en mettant des locaux à sa disposition ,quand les médiathèques donnent gratuitement leur livres qui ont été payés par les contribuables à cette même entreprise au lieu d’organiser des ventes ouvertes à tous . Recyclivre fait un énorme chiffre d’affaire et détruit sans discernement des tonnes de livres avec l’aide des associations et des organismes humanitaires..
      Qui vole le plus ?

  5. Franchement y’a pire dans la vie. Vous pensez que les personnes qui reprennent les bouquins se font beaucoup d’argent? Les livres ne finissent pas a la poubelle c’est le plus important. Alors oui c’est pas le but premier qui est d’être de particulier a particulier mais si d’autres savent réintégrer dans un circuit ces livres bah why not.

    • T’as rien compris toi. Le circuit il existe déjà, ça s’appelle les boîtes à lire, les gens qui font dons de livres ne le font pas pour que des salopards se fassent du beurre dessus. Tu comprends le sens du mot don ? Non ? Lis des livres.

      • « Les gens ne le font pas pour que des salopards se fassent du beurre » et le reste de votre message à l’avenant monsieur. Vous êtes vulgaire dans tous les sens du terme.
        Mais vous êtes juste plus grossiers que le reste de la Cie ici.
        Les bonnes intentions ne sont qu’un paravent pour l’élitisme brutal finalement. Lisez d’autres livres pour apprendre à respecter autrui. Faudrait surtout surtout surtout pas que les types louches gagnent un peu d’argent sur votre dos n’est-ce pas ? Mais recyclivres en chemise avec Amazon, c’est pas des types louches. Ah ben non même que ça se voit parce qu’ils ont même une voiture électrique, c’est des gens biens comme nous et on peut leur faire gagner de l’argent sur notre dos, c’est dans l’ordre des choses.
        Et puis quand on donne faut bien revérifier qui va venir prendre hein, faut revenir surveiller ce qu’on a donné…..
        Cultureux en plastique recyclé.

  6. Moi personnellement j ai fais appel aux bouquinistes de la place kleber, ils se déplacent gratuitement et en plus ils rachètent vos livres bien au dessus du prix des rachats d internet exemple momox recycle livre etc..

  7. Les gens qui font ça doivent vraiment été en galère, ça a l’air d’être un « travail » bien ingrat. Vu le situation des libraires, j’ai du mal à croire que ceux ci en vivent vraiment.
    Plutôt que le consternation, c’est le pitié que pourrait ressentir cette dame.

  8. La n’est pas la question, les boîtes à livres sont là pour permettre à d’autres personnes de lire sans qu’elles soient obligées de les acheter ! Il y aura tjs pire comme situation. C’est le comportement qui est idiot, tout est bon pour faire de l’argent, même si c’est minime, c’est stupide !

  9. c’est quoi cette manie de mettre des boites à livres partout? il y a les médiathèques pour ça .
    Vous préférez que ce  » gars louche » fasse la Manche plutôt que de faire son petit business c’est ça?
    Les cabanes à livres ça sert à quoi au juste?
    à se donner bonne conscience pour certains et à vider sa poubelle pour d’autres.
    Malheur à celui qui bouffe dans ma poubelle

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