Denis recherche et collectionne les fossiles depuis plusieurs dizaines d’années. Cet habitant de Bischheim nous a ouvert les portes de ses garages abritant plusieurs tonnes de fossiles et nous a invités à remonter le temps de quelques centaines de millions d’années. 


Denis est un passionné. De ceux dont la passion occupe chaque instant de vie, chaque pensée, chaque recoin de la maison. Sur les murs et les étagères, les insectes et papillons encadrés côtoient les fossiles tout droit venus d’un autre temps. Être invité chez Denis, à Bischheim, c’est se plonger quelques millions d’années en arrière. Rien que ça. Quand j’étais petit j’adorais tout ce qui touchait à la nature et aux sciences de la vie. Plus tard je suis allé dans un collège de prêtres où il y avait une vitrine avec des fossiles pour le professeur de sciences naturelles. C’est comme ça que la maladie est venue, parce que c’est une maladie”, se rappelle Denis, aujourd’hui âgé de 64 ans. 

La maladie, comme il l’appelle, c’est une affection dévorante pour les fossiles, dont environ 25 tonnes, selon lui, sont accumulées dans trois garages entiers. Ses trouvailles vont du fossile de bactérie, à la dent de mammouth, en passant par la dent d’un T-Rex ou les plus traditionnelles ammonites.  

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Des milliers d’heures de travail

Une passion devenue un refuge qu’il n’a plus jamais quitté depuis l’enfance. “Je dis toujours que c’est un peu ma grotte, commente Denis, c’est là-dedans que j’aime vivre et m’enfermer.” Mais avant de nous en dire plus sur tous ces vestiges, un petit rappel de la part de Denis s’impose. “Un fossile c’est un animal – ou un végétal – qui a vécu dans les temps anciens et qui s’est retrouvé enseveli. Pour s’être conservé, l’animal doit avoir été enseveli dans des conditions particulières, tout de suite, comme lors d’un tsunami, l’explosion d’un volcan… Il s’est ensuite minéralisé dans les sédiments, puis il y a eu une compaction. Des millions d’années après, en ouvrant les roches, on trouve des fossiles”. La diversité ne manque pas : “Les fossiles vont des bactéries ayant vécu il y a plusieurs milliards d’années jusqu’au animaux et végétaux d’avant la préhistoire, à l’arrivée de l’homme. J’en ai de tous les étages, même des premières algues fossiles ”.

Ce qui plaît par-dessus tout au sexagénaire, c’est de chercher lui-même ces fossiles : “Ce que j’aime c’est la trouvaille, un peu comme Indiana Jones. J’ai ce besoin de chercher tout le temps. Je pars avec des amis dans des carrières. On va essentiellement en Allemagne parce qu’en France, il n’y a plus de carrières exploitables. La politique n’est pas la même. En Allemagne, en Suisse, en Belgique, vous payez 3 ou 4 euros et vous pouvez chercher dans la carrière”, raconte-t-il.  Mais pas question de compter sur la chance pour trouver ces trésors. “Il faut connaître la géologie, les  sédiments, la paléontologie, pour savoir où il y en a. Après, on peut trouver de nouveaux gisements, en observant. Je regarde les cailloux éboulés par les travaux et je cherche les différentes couches pour savoir où sont les fossiles. Ensuite on creuse avec la pelle et la pioche. On dort dans les voitures et on recommence le lendemain. Quand vous trouvez un fossile vous ne voyez que son reflet sur la plaque de roche.” Denis détache alors des blocs entiers dans la pierre et les ramène chez lui.  

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Dent de mammouth et vertèbre de dinosaure

Une fois rentré chez lui, de longues heures d’un travail minutieux l’attendent pour faire apparaître les fossiles figés dans la roche depuis des millions d’années. “Les fossiles, on ne les trouve pas comme ça tous propres, tous nets. Ce sont des milliers d’heures de travail c’est ce qui permet de sortir des pièces extraordinaires.” Chez lui, des dizaines pour ne pas dire des centaines de roches attendent de révéler tous leurs secrets. “Je n’aurai pas assez d’une vie pour tout préparer.” À son bureau, les yeux cachés derrière sa loupe, Denis gratte un morceau de roche, laissant se dévoiler un fossile ressemblant à une crevette. Autour de lui, plusieurs livres ouverts l’aident à savoir ce qu’il cherche et à ne pas prendre le risque d’altérer sa trouvaille. Outre le fossile en lui-même, c’est toute son histoire qui le captive.Ce qui est magnifique c’est qu’on trouvant certains fossiles on a toute l’histoire de l’animal : s’il a été mordu, si des animaux se sont incrustés dessus… Dans les empreintes on voit les gouttes de pluie sur la boue, les endroits où l’animal a marché.

© Mathilde Piaud pour Pokaa

À chaque nouvelle découverte le passionné étudie, se renseigne, recherche. Au fil des années, il n’a pas seulement accumulé les tonnes de roches mais aussi de larges connaissances. “Je suis autodidacte, j’ai des milliers de bouquins, j’en achète dès qu’il y a quelque chose que je ne connais pas. Petit à petit, ça m’a permis de connaître la géologie, le monde des animaux et des fossiles, de pouvoir faire des expos, écrire quelques livres pour l’association dont je faisais partie et même travailler avec des paléontologues”. 

Et parce que sa maison ne suffisait pas à abriter toutes ses découvertes, ce sont trois garages entiers que loue Denis pour y entreposer ses 25 tonnes de fossiles. Des dizaines d’étagères, de vitrines et de tiroirs permettent de conserver mais aussi de trier et répertorier ces vestiges. “J’aime beaucoup les bélemnites qui sont là”, “ça ce sont des ammonites, les plus courants avec leur forme en en spirale, il y en a de toutes les tailles”, “dans ce tiroir ce sont des huîtres fossiles et là des oursins”. Denis déambule parmi les allées, désignant ici où là une dent de mammouth ou une vertèbre de dinosaure. De temps à autre, une petite figurine posée à côté permet de deviner la bête de laquelle il provient. 

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Le rêve enfoui d’un musée

Denis parle avec engouement de chacune des pièces de cette immense collection, nostalgique de la période où le Covid ne l’empêchait pas de faire des expositions et d’aller à la rencontre d’autres passionnés.  « Ça permet de rencontrer les copains. Je vais en Espagne, en Italie, en Belgique, en Allemagne. Parfois je suis invité plus loin, comme aux États-Unis mais malheureusement, je suis claustrophobe, je ne peux pas prendre l’avion”,  Et sa compagne d’ajouter : “Avant, pour les expositions, ils prenaient des hôtels, maintenant ils dorment dans les voitures, parce qu’ils restent à parler jusqu’à 5h du matin”. 

© Mathilde Piaud pour Pokaa

Denis partage aussi son savoir avec des non-initiés, en allant par exemple dans les écoles. Il avait d’ailleurs, autrefois un projet : “J’ai surtout commencé à collectionner parce que je voulais ouvrir un musée de paléontologie à Strasbourg. Finalement, on m’a dit que la ville était jumelée avec des villes où il y avait déjà ce type de musées.” Alors Denis collectionne pour lui-même et pour les curieux qu’il croise sur son chemin. Offrant de temps à autres quelques pièces de sa collection aux jeunes (et moins jeunes) passionnés qui découvrent ce passé. 

Malgré cette passion débordante, l’homme aux multiples carrières -ayant travaillé aussi bien comme ostréiculteur qu’à l’université de Strasbourg – n’aurait pas aimé y consacrer sa vie professionnelle. “Je crois que je n’aurais pas eu la même passion en tant que professionnel, ce n’est pas la même chose de devoir le faire. Pour avoir des amis paléontologues  qui passent plus de temps dans leur bureau que sur le terrain par manque de finances, moi je peux chercher quand je veux.”

© Mathilde Piaud pour Pokaa

5 COMMENTAIRES

  1. Bonjour, j’aimerais beaucoup également contacter ce passionné (étant moi aussi passionné et collectionneur de fossiles), est-ce possible?
    Bien cordialement,

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