Faruk et Aymric, pompiers à la caserne de Lingolsheim, ont créé l’année dernière Dard des Villes. Leur objectif : intervenir le plus rapidement possible chez les Bas-Rhinois incommodés par des nids de guêpes, abeilles ou encore frelons. L’été, les interventions sont nombreuses mais ne se ressemblent pas pour autant. 


Après un bref passage à la caserne de Lingolsheim, ce jeudi après-midi ensoleillé, Faruk s’installe au volant de sa voiture blanche floquée d’une abeille casquée. En 2020, ce pompier volontaire a co-fondé Dard des Villes aux côtés d’Aymric, son chef d’équipe, sous-officier.

Les deux complices, déjà coéquipiers à la caserne mais aussi dans une usine de la Wantzenau, ont décidé de venir en aide aux Bas-Rhinois incommodés par des hyménoptères et notamment des abeilles, guêpes, bourdons et autres frelons. 

Avant, en tant que pompiers, on faisait beaucoup ce type d’intervention, ça pouvait aller jusqu’à 7 ou 8 dans une même soirée. Le Bas-Rhin était un des derniers départements où les pompiers le faisaient encore mais pendant qu’on est mobilisés pour ça, on ne peut pas intervenir sur autre chose. Désormais, des entreprises privées commencent à voir le jour”, explique Faruk. 

© Mathilde Piaud pour Pokaa

Faruk et Aymric, chacun installé comme micro-entrepreneur, font “de la destruction et de la régulation” : lorsqu’on le peut on va déplacer ou récupérer le nid ou l’essaim. Sinon on procède à sa destruction, détaille l’homme de 31 ans, en direction du quartier Hautepierre pour la première intervention de la journée. À peine arrivé sur les lieux, il ne lui faut que quelques secondes pour apercevoir le ballet incessant de dizaines de guêpes à l’une des fenêtres du premier étage. Elles se sont installées dans le coffre du volet il y  a quelques jours.

En 22 ans, c’est la première fois qu’on voit ça”, racontent les propriétaires, qui ont d’abord essayé de venir à bout du nid par leurs propres moyens. Un comportement courant selon Faruk, mais qui peut se révéler dangereux. “Je me suis fait piquer, j’ai dû aller chez le médecin”, témoigne l’habitant de l’appartement, en tendant sa main enflée. Une fois sa vareuse enfilée et le visage protégé, Faruk vaporise une petite quantité de poudre blanche, un biocide, dans l’orifice servant de porte d’entrée aux insectes. Dans un vrombissement raisonnant dans toute la chambre, les guêpes s’agitent et commencent à tomber de l’autre côté de la fenêtre.

© Mathilde Piaud pour Pokaa


“On est accueillis comme des héros”

Dans les coffres de volet, sous les toitures, dans les combles, dans un buisson… Ces insectes s’installent où bon leur semble et il est difficile d’agir par anticipation. C’est ta chance et toi. Si la guêpe a décidé de s’installer là, elle le fera.Même si certains lieux peuvent être particulièrement propices : “Les gens qui ont des maisons alsaciennes, à colombages, on leur dit qu’ils auront peut-être toujours des nids de guêpes”.

Pour faire face aux situations urgentes, Aymric et Faruk répondent à toute heure du jour ou de la nuit. “Cette semaine on est allés tard le soir chez des gens dont les guêpes avaient rongé le placo et étaient entrées dans la chambre de leur bébé.” Et d’ajouter : “On intervient rapidement pour supprimer le risque. Mais on ne prend pas de frais supplémentaires la nuit ou les week-ends. On essaie d’être rentables mais le but ce n’est pas de faire un business. Je crois qu’on a un certain sens du service qui vient de chez les pompiers. Ce que j’aime avec cette activité c’est qu’on rencontre des gens de tous milieux, de toutes les classes sociales.

© Mathilde Piaud pour Pokaa

Ce jour-là, Faruk a été appelé par Nicolas, un père de famille inquiet de voir des frelons faire des allers-retours auprès de ses fenêtres, alors qu’il en a la phobie. Souvent on est accueillis comme des héros, sourit Faruk. Le désinsectiseur inspecte, grimpe sous les combles, monte sur le toit, écoute les cloisons à l’aide d’un stéthoscope mais ne trouve aucune trace de nid. “ Je pourrais mettre du produit partout mais je ne sais même pas si il y a un nid et où il est, ça ne servirait à rien. Il n’y a pas de danger apparent. Rappelez moi à votre retour de vacances si besoin. S’il y a un nid, dans deux semaines il aura grossi.” Un déplacement que le professionnel ne fera donc pas payer. On aimerait avoir cette réputation d’être intègre, confie-t-il. 

Cet après-midi, le Lingolsheimois qui a grandi à Strasbourg, détruira deux autres nids de guêpes, l’un sous un toit, l’autre dans l’encadrement d’une fenêtre de chambre à coucher. “C’est cyclique, au printemps on a beaucoup d’essaims d’abeilles, puis en été des nids de guêpes et de frelons. ” 


“Les nids grandissent très vite”

Les deux collègues devenus amis, se relaient pour répondre aux appels des Bas-Rhinois et se retrouvent sur certaines interventions nécessitant d’être deux. “On se voit plus que nos femmes”, rigolent-ils alors qu’ils se retrouvent pour une intervention. Ce jour-là, c’est dans le buisson d’un quartier résidentiel de Lingolsheim que des guêpes ont commencé  à construire leur nid de papier mâché. La priorité d’Aymric et Faruk, c’est avant tout de veiller à mettre hors de danger les familles qui les appellent. “Les nids grandissent très vite, donc il faut intervenir rapidement. Ici par exemple, un enfant pourrait tomber dans le buisson, c’est dangereux”, constatent les deux professionnels. Et si l’intervention ne suffit pas à éradiquer la nuisance, ils reviennent quelques jours plus tard.

© Mathilde Piaud pour Pokaa

Malgré tout, quand ils le peuvent, les deux compères essaient d’éviter les destructions inutiles. “On fait attention à l’environnement, si le nid est dans la nature et ne dérange personne on essaie de ne pas y toucher. On a aussi reçu une formation pour utiliser au mieux les produits qu’on utilise et ne pas polluer inutilement et, quand on récupère les nids, on les fait recycler par une entreprise alsacienne. Et quand on peut, on déplace les essaims d’abeilles pour qu’elles reprennent leur vie ailleurs. Les seuls qui n’ont pas un rôle dans notre écosystème, ce sont les frelons asiatiques, introduits par erreur en 2004. Mais le Bas-Rhin est encore épargné”, témoigne Faruk, captivé par son travail. Tous ces insectes à rayures le passionnent.

© Mathilde Piaud pour Pokaa

Il raconte plein d’engouement comment fonctionne une ruche, naît une reine, se forme un essaim ou encore comment différencier les espèces, avec une envie aussi grande d’en apprendre toujours plus, que de partager ce qu’il sait. 

Le duo devrait encore avoir du travail pendant quelques mois, jusqu’à l’arrivée de l’hiver. Les nids que l’on trouve à la fin de la saison sont souvent très gros, parce qu’ils ont eu tout l’été pour se développer, constate Faruk, presque impatient d’y être. Ensuite, à l’arrivée du froid, les hyménoptères commenceront leur hibernation jusqu’aux premiers rayons de soleil du printemps. 

© Mathilde Piaud pour Pokaa

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