Plus de 1 500 agriculteurs de tout le Grand-Est ont convergé vers le Parlement européen de Strasbourg ce vendredi 30 avril, en bloquant la circulation avec leurs tracteurs. Appelés par le syndicat FNSEA, ils manifestaient suite à des négociations entre eurodéputés qui pourraient aboutir sur davantage de contraintes pour la production intensive de maïs. Reportage.


Ils sont 1 000 du Bas-Rhin, 350 du Haut-Rhin, 150 de Lorraine… quelques autres viennent de la Marne. Ce 30 avril, suite à l’appel de la FNSEA, syndicat agricole productiviste, le quartier du Wacken est envahi par plus de 1 500 tracteurs qui s’apprêtent à entourer le Parlement européen, en réaction aux premières ébauches de la nouvelle politique agricole commune (PAC), discutée actuellement par les eurodéputés.

Son budget, alimenté par les contribuables, représente 408,3 milliards d’euros distribués en subventions aux agriculteurs. Elle fixe aussi une réglementation. L’une d’entre elles est particulièrement visée par les producteurs de maïs, très présents en Alsace : sur une parcelle donnée, les paysans seront obligés de varier plus régulièrement les cultures pour continuer à toucher certaines subventions. Ils seront donc, si la mesure passe, contraints de produire moins de maïs, qui représente 40% de la surface agricole alsacienne aujourd’hui.

© Thibault Vetter

Les prix des productions « sont trop bas »

À 11h20, une grande file d’engins stagne rue Herrenschmidt. Gregory, Yannick, Mathieu et Christelle discutent devant leurs tracteurs, sous la pluie. Syndiqués aux Jeunes Agriculteurs, partenaire de la FNSEA, ils viennent du canton de Wasselonne. Pour Gregory, éleveur de vaches laitières à Nordheim, c’est de plus en plus compliqué de vivre malgré ses 55 à 60 heures de travail par semaine : « Ce qu’on produit ne nous rapporte pas d’argent à nous mais aux intermédiaires et aux supermarchés. Les prix baissent, surtout avec la concurrence de l’étranger. Si on empire encore les contraintes avec la PAC, ça va devenir insoutenable.« 

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Certains sont partis de chez eux à l’aube et rentreront tard le soir. Toute la journée, ils bloquent la circulation dans la région avec de nombreux convois. « Il n’y a que comme ça qu’on se fait entendre », lâche un manifestant, au volant, direction Place de Bordeaux. Des slogans sont affichés sur les pelles : « Plus vert, plus cher », ou « Notre maïs vous nourrit ». Un jeune agriculteur a accroché un faux homme pendu à son tracteur, et inscrit : « Aujourd’hui lui, demain moi ! ».

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Un cortège qui n’en finit pas

Lentement, vers midi, le cortège atteint les institutions européennes, gardées par un impressionnant dispositif policier constitué de barrières anti-émeutes et de fourgons. La pluie s’est arrêtée. Des klaxons de toutes sortes assourdissent les passants, mais l’ambiance est joviale.

La tête du convoi, entièrement fusionné, s’arrête allée de la Robertsau, à l’intersection avec le Boulevard de Dordogne. En tout, les tracteurs occupent, parfois sur 2, parfois sur 4 voies, l’allée de la Robertsau, l’avenue de l’Europe, l’allée des Droits de l’Homme, l’allée René Cassin, le pont Germain Muller, le Boulevard Pfimlin et le boulevard de Dresde jusqu’à l’arrêt de tram du Wacken.

La majorité des agriculteurs restent sur place et discutent pendant 2h30. Une partie, 250 environs, vont écouter les discours qui se tiennent devant le parlement. Sur une estrade surplombée de l’affichage « Pour une PAC protégeant nos paysans et notre souveraineté alimentaire », presque tous les responsables départementaux du Grand-Est de la FNSEA se succèdent, et défendent la compétitivité et l’agriculture productive.

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« C’est justement la FNSEA qui a toujours prôné la mondialisation de l’agriculture »

Dans un communiqué, la coordination rurale, autre syndicat agricole, estime justement que la FNSEA, « qui a toujours prôné l’exportation, accepté la mondialisation de l’agriculture, défendu l’agrobusiness », est responsable de la situation sociale actuelle des paysans. Et ironise : « Aujourd’hui, la même FNSEA souhaite répondre à l’enjeu de la souveraineté alimentaire ! »

D’ailleurs, le maïs produit en Alsace ne se mange pas directement. 75% sert à l’industrie pour diverses activités comme l’élaboration de sirop de glucose destiné aux produits transformés, ou la fabrication de bioplastique. Les 25% restants servent à l’alimentation du bétail, principalement les vaches laitières. En réaction à la manifestation de la FNSEA, Alsace Nature a également publié un communiqué : « Il faut sortir d’une PAC qui maintient des revenus agricoles insuffisants et instables en permettant la pression exercée par la guerre des prix irresponsable des distributeurs et des marchés mondiaux. Pour les règles agronomiques, l’idéal serait l’introduction de légumineuses plus que la stigmatisation du maïs, ainsi que la diversification des filières avec une bonne place à donner au soja qui est viable en Alsace. »

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La FNSEA entendue par la préfète et le président de la Région

Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, remercie les participants. Il affirme qu’une délégation a été reçue le matin même par la préfète du Bas-Rhin, et qu’une rencontre aura lieu l’après-midi avec Jean Rottner, président de la Région Grand-Est. Anne Sander, eurodéputée Les Républicains, Vincent Thiébaut député LREM bas-rhinois, François Schmitt, président de Groupama Grand-Est, ainsi que des dirigeants de sociétés comme le Comptoir Agricole et CAC, qui reçoivent le maïs et font les intermédiaires entre les agriculteurs et les industriels, prennent la parole.

Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. © Thibault Vetter

Les discours finissent un peu avant 15h. Pour Denis, agriculteur bas-rhinois, la réforme de la PAC est trop éloignée de ce que vivent les agriculteurs sur le terrain : « Les changements doivent s’opérer avec un accompagnement financier conséquent. Le maïs est très implanté dans le coin. 4 000 exploitants le cultivent en Alsace ». À 16h, le gigantesque convoi se remet en route. Pendant une heure, les tracteurs paradent dans Strasbourg avant de quitter progressivement la capitale alsacienne et de perturber la circulation sur l’autoroute A35 pendant la fin d’après-midi.

© Thibault Vetter

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