Si tu es ou as été étudiant en histoire de l’art / archéologie à Strasbourg, ou si tu es simplement curieux, tu as peut-être déjà foulé les sous-sols du Palais universitaire. Là-bas, se cache le mini-musée Adolf Michaelis, un lieu aussi étonnant que méconnu. En cette drôle d’époque où la culture ne fait plus partie des « essentiels », nous avons eu envie de vous emmener à la (re)découverte de cette incroyable collection de moulages qui se cache sous nos pieds.


Un musée historique

Pour comprendre les origines du musée, présentons d’abord celui à qui il doit son nom. Adolf Michaelis est un archéologue et un universitaire, qui a enseigné dans plusieurs universités allemandes de 1872 à 1900, dont la Kaiser Wilhelms-Universität que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de… Palais universitaire. Et oui, à cette époque, suite à la défaite de la France face à la Prusse, l’Alsace-Lorraine était annexée à l’Allemagne. Adolf Michaelis fut le premier titulaire de la chaire d’archéologie à Strasbourg et engendra la collection de moulages provenant de toute l’Europe, dont on vous parle aujourd’hui.

© Maria Fernandes

Les premières œuvres du musée Michaelis était exposées au premier étage du Palais U. La dizaine d’étudiants d’Adolf Michaelis de l’époque ont donc eu le privilège d’étudier au milieu d’un véritable musée vivant. On pouvait s’y promener, flânant entre les pièces égyptiennes et assyriennes, avant de découvrir dans les salles les phases importantes de l’histoire de la sculpture grecque (archaïque, classique et hellénistique) puis les œuvres romaines.

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Avec l’histoire de l’Alsace que l’on connaît et l’invasion allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, les moulages furent descendus du premier étage au rez-de-jardin du Palais U. Ce n’est que depuis une vingtaine d’années que les gypsothèques universitaires et musées des moulages nationaux comme le Louvre, laissent plus de place à l’étude des moulages. Ils deviennent finalement une œuvre d’art à part entière car si une sculpture peut être détruite par les aléas de l’Histoire, les moulages, eux, deviennent ainsi la preuve physique de l’existence de l’œuvre originale.

© Maria Fernandes
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Un lieu géré par des passionnées

Julien Quantin, l’actuel président de l’association Amis du Musée, qui gère le lieu, me raconte que l’association est née d’une exposition intitulée « Via la Grèce » en 2014, qui fut d’ailleurs la première expo sur les moulages du Palais U. Un an plus tard, l’aventure pouvait enfin commencer et tous concentraient leurs efforts sur une envie commune : remettre les lieux aux normes, faire des travaux dans les réserves afin d’ouvrir au public, partager ces trésors cachés sous les pieds du Palais U. L’association compte actuellement une trentaine de membres et est ouverte à tous. Sa mission est de préserver, de mettre en valeur les collections de l’institut d’archéologie classique, dont les œuvres du musée Michaelis.

Malheureusement, ce musée n’est pas labellisé « musée de la ville de Strasbourg » et n’a donc aucun soutien financier de la part de celle-ci. C’est un musée de l’université donc rattaché au Jardin des Sciences qui gère les différentes collections universitaires du musée de zoologie, de géologie et du jardin botanique. Le musée des moulages reçoit donc uniquement des subventions de l’université et de la faculté des sciences historiques ou encore de mécènes privés, mais pas de la Ville.

Parmi les membres de l’association, se trouve par exemple Gabriel Becker, égyptologue de formation et responsable du pôle inventaire, sur tout ce qui touche à l’Égypte. Il m’explique un peu la composition d’un moulage : la matière est le plâtre et le métal. Le bronze, le fer ou le bois sont utilisés pour la structure d’un moulage plein. Pour un moulage creux, des bandelettes de tissus avec du plâtre sont utilisés pour solidifier la sculpture ainsi que le bois et le métal pour la structure. Mr Sönmez Alemdar lui, est restaurateur et conservateur du musée des moulages de Tübingen. Il aide à la restauration des grandes œuvres.

© Maria Fernandes
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Mais tout l’honneur revient aussi aux bénévoles du musée qui gèrent eux-mêmes la restauration des œuvres, le nettoyage, re-mouler certaines parties abîmées, la création de nouveaux socles avec leurs savoir-faire, et cela, quotidiennement. Ils récupèrent tout ce qui peuvent leur être utile comme le bois, de vieilles vitrines d’exposition. C’est dans leur petit atelier de restauration que la magie opère et on sent vraiment leur amour pour la matière et l’Histoire. Julien m’affirme que « sans l’aide des bénévoles, le musée ne serait ouvert que pendant la Nuit des Musées et serait presque inconnu ».

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Des moulages à tous les étages

Lors de promenades dans le musée, vous croiserez des moulages d’œuvres originaux, qui viennent d’un peu partout dans le monde comme Le Caire, le British Museum ou encore le Louvre. Mon préféré est l’incroyable et titanesque moulage (haut relief) d’une partie du Grand Autel de Pergame qui date de l’époque hellénistique. On y trouve également la Victoire de Samothrace et tant d’autres.

Le musée est organisé chronologiquement en partant du fond vers l’entrée, mais au fur et à mesure des restaurations, certaines œuvres se sont insérées aléatoirement par manque de place. 

© Maria Fernandes

Dans une petite salle poussiéreuse se trouve aussi ce grand trésor constitué de plus de 20 000 plaques de verres en noir et blanc, ce sont des diapos. C’est Pascal qui est photographe scientifique au CNRS qui s’occupe de ces bijoux. Il m’explique que la photothèque a débuté dans les années 1880. À l’époque on ne voyageait pas aussi souvent que de nos jours, du coup les universités s’échangeaient des diapositives en plaque de verre. On peut y trouver tout le bassin méditerranéen d’Algérie, du Maroc et de la Mésopotamie. Des grandes villes de l’Empire grec et romain à jamais gravées dans le verre. Un trésor caché, qui mériterait d’être exposé et connu.

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Pascal s’occupe également de numériser chaque négatif, fait l’inventaire et me dit en rigolant « ici, c’est l’empire des araignées et de la poussière »Une mine d’or abandonnée, entretenue tant bien que mal par des passionnés mais toujours sans l’aide de la Ville qui aurait pourtant beaucoup à gagner à protéger ces vestiges de l’Histoire.



Le musée Adolf Michaelis dans l’avenir

« Il y a des gens qui travaillent depuis 30 ans, des professeurs et des directeurs qui ne savent même pas qu’il y a une collection de moulages ici » me confie Pascal, en parlant principalement du service universitaire qui gère la vie culturelle des étudiants. « C’est impressionnant » me dit-il, ébahi. Le musée fait effectivement partie intégral du bâtiment, l’histoire de la collection est intimement liée au palais universitaire.

Le but de l’association pour la suite n’est donc pas tant de trouver plus de financements, mais surtout de rendre la collection plus connue du public et plus médiatisée. Chercher constamment des solutions pour attirer du public est leur priorité, en faisant des cycles de conférences scientifique avec des professeurs. Ils organisent des soirées de temps en temps avec de la musique, des projections de lumières par exemple… Le home made est d’ailleurs ce qui fait le charme de ce musée, mais il est évident que la mise en valeur vient en second plan par manque de budget.

Ils se projettent dans l’avenir avec la vision d’un musée équipé de socles décents afin de protéger les œuvres, d’augmenter les textes explicatifs dans le musée. Au niveau de la médiation, ils souhaitent continuer d’accueillir encore plus de classes scolaires et de rester actifs sur toutes les plateformes sociales afin de continuer à faire vivre ces lieux remplis d’Histoire et de mystères. Dans tous les cas, nous espérons tous bientôt pouvoir à nouveau profiter du musée et de ses moulages si précieux, ou même de les découvrir sous un nouvel angle, loin du sous-sol du Palais U, mais au grand jours, aux yeux de tous.

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Pour découvrir le musée Aldolf Michaelis

Les Amis du Musée Adolf Michaelis
Le Facebook du musée
L’Instagram du musée

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© Maria Fernandes
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