Depuis 1985, l’association Solidarités Nouvelles face au chômage (SNC) met en relation des personnes sans-emploi et des bénévoles, pour les aider à surmonter l’isolement et les épauler dans leur recherche de travail. À Strasbourg, Juliette Roure et et Armelle Lions ont accompagné Julie Robert pendant trois mois. Elles témoignent.


En 2020, le nombre de chômeurs a bondi de 7,5 % en France, avec 265 400 inscrits supplémentaires par rapport à 2019, selon les chiffres de la Direction de l’animation de la recherche, des études et de la Statistique. Julie Robert, 35 ans, fait partie de celles et ceux à qui on a annoncé la suppression de leur emploi l’année dernière.

En juin 2020, cette Strasbourgeoise travaille dans une agence de voyage lorsqu’un plan social est annoncé au sein du groupe qui l’emploie. Son poste est concerné. Licenciement prévu au printemps 2021. « J’ai quasiment toujours travaillé. Alors au départ, ça a été un peu la panique », se souvient-elle. Le temps qu’elle réalise, deux mois se sont déjà écoulés lorsqu’elle contacte Solidarités Nouvelles face au chômage (SNC), grâce a une amie qui avait eu « un suivi extrêmement positif ».

L’antenne strasbourgeoise de l’association la met en relation avec Juliette Roure et Armelle Lions. Un binôme de bénévoles réunies pour l’occasion. La première a 31 ans, est en formation professionnelle pour devenir conseillère en insertion et donne de son temps pour SNC depuis un an. La seconde a 65 ans, travaille dans le conseil et la formation marketing, et fait partie de l’association depuis dix ans. Les trois femmes se rencontrent à trois ou quatre reprises, dans un café puis en visio, entre septembre et janvier. Elles échangent aussi par mail.


Du soutien moral

« Dans un premier temps, elles m’ont surtout apporté du soutien moral, confie Julie, qui se souvient avoir été « un peu perdue au départ ». Après quatorze années passer à travailler dans le domaine du tourisme, difficile de se projeter dans un après, explique-t-elle. Mais Julie raconte à ses accompagnatrices toutes les tâches qui lui ont été confiées au cour de sa carrière, les postes auxquels elle a été affectée, ces dernières lui font remarquer que toutes ces compétences acquises sont susceptibles de lui ouvrir un certain nombre de portes.

Au fil des échanges, Julie commence alors à réfléchir à un nouveau projet. Elle réalise un bilan de compétences, monte un dossier de création d’entreprise qu’elle soumet à ses accompagnatrices pour avis, et se lance dans une formation de huit mois pour faire du coaching professionnel en entreprise. Son accompagnement s’est terminé en janvier, son licenciement interviendra d’ici un ou deux mois, mais la voilà lancée.

Julie Robert.
© Document remis

Comme l’amie qui lui avait donné le contact de l’association, elle retient un souvenir particulièrement positif de son expérience avec SNC. « Ce qui m’a beaucoup touchée, c’est qu’il y ait des personnes bénévoles qui prennent autant de temps pour aider les autres. Elles étaient très disponibles : quand je leur écrivais j’avais une réponse rapidement. C’est important quand on est un nouveau demandeur d’emploi, perdu, avec plein de questions. Que de tels dispositifs existent, ce sont des choses dont on ne se rend pas forcément compte quand on est salarié. »


« Notre rôle, c’est de les aider à reprendre confiance en eux »

Toujours en lien avec Julie, Armelle et Juliette ont un autre regard sur leur engagement. « Nous sommes surtout là pour écouter, expose Juliette. On met tellement dans la tête des gens que la pire chose qui puisse leur arriver, c’est d’être au chômage, que lorsque ça arrive, ils sont souvent très découragés, persuadé qu’ils ne valent rien.«  « Notre rôle, dans un premier, c’est de les aider à reprendre confiance en eux, de les aider à prendre conscience de leur valeur, abonde Armelle. On fait juste caisse de résonance. » « C’est très modeste ce que l’on fait finalement », sourit Juliette.

Pour « restituer leur estime de soi » aux personnes accompagnées, les bénévoles misent sur une écoute active. « On les laisse parler d’eux, de leur parcours, de leurs doutes, poursuit Armelle. Écouter, c’est la méthode. Tout est dans la façon de recevoir ce que les personnes nous disent. » L’accompagnement vise aussi à rompre l’isolement. Car certaines des personnes faisant appel à SNC ont perdu leur emploi depuis longtemps parfois. « Le chômage, c’est une infamie sociale. C’est une exclusion qui arrive parfois dès l’annonce du licenciement », détaille encore Armelle.

De gauche à droite: Armelle Lions et Juliette Roure.
© A.Me / Pokaa

Les bénévoles épaulent également les personnes accompagnées dans leurs projets. « En appelant SNC, les personnes sont déjà dans une démarche active en général, explique Juliette. Nous pouvons apporter un regard sur leur recherche d’emploi, dire si le poste visé semble nous semble en adéquation avec les compétences. » Ce regard extérieur « fait du bien » selon elle. « C’est peut-être le fait que l’on ne soit pas une institution. Certains ont des préjugés, ils ont peur des administrations. » À force d’accompagnement des personnes en recherches d’emploi, les bénévoles possèdent quelques clés pour comprendre « la machine institutionnelle » et peuvent rassurer. La parole est aussi plus libre entre bénévoles et accompagnés qu’entre ces derniers et Pôle emploi.

« Je suis assez admirative du courage que les personnes déploient pour retrouver un travail », poursuit Juliette. « Lorsqu’elles nous contactent, elles sont prêtes à prendre le taureau par les cornes. C’est tout à fait à rebours du discours ambiant que l’on peut entendre sur le fait que les chômeurs seraient des faignants, réagit Armelle. Quand on discute régulièrement avec des personnes en recherche d’emploi, on sait que ce genre de propos ne colle pas du tout à la réalité. » « Chercher du boulot, c’est un gros travail, rajoute Juliette. C’est très prenant, très stressant. On a même parfois tendance à dire à des accompagnés de ne pas y passer plus de 35h par semaine », glisse-t-elle en souriant.

© Mathilde Piaud


Un numéro d’écoute mis en place au premier confinement

Ancienne responsable d’une antenne locale SNC en Bretagne, Armelle est aujourd’hui bénévole en Alsace et fait partie de l’équipe répondant au numéro vert mis en place par l’association au printemps dernier. Ceux qui le souhaitent peuvent composer le 0 805 034 844 pour parler de leur ressenti par rapport au chômage. Le numéro est gratuit, et l’appel, anonyme. « Le numéro est national, mais si les personnes souhaitent un accompagnement, on peut ensuite les rediriger vers les antennes locales », détaille Armelle. Au téléphone comme en binôme, la bénévole prête une oreille attentive à ceux qui vivent mal leur inactivité, leur recherche d’emploi, ou qui peinent à se remettre d’un burn out et donc à se lancer dans de nouveaux projets professionnels.

De l’écoute, toujours, qui apaise, et qui porte ses fruits à plus long termes. SNC dénombre 60% de sorties positives en fin d’accompagnement sur les dix dernières années, et 2 300 bénévoles. Julie Robert se laisse le temps de développer sa nouvelle activité. Mais elle a déjà en tête de faire partie du nombre.

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Numéro vert Solidarités Nouvelles face au chômage : 0 805 034 844
Du lundi au vendredi, de 9h30 à 18h

Le site web

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