En 2023, il sera possible de faire le plein de sa voiture en hydrogène vert à Strasbourg. Deux entreprises alsaciennes ont en effet signé une convention de collaboration pour produire ce gaz à haute valeur énergétique à partir de bois local. Baptisé R-Hynoca, ce projet prévoit l’installation d’une unité de production et d’une station service plaine des bouchers. Elles permettront de produire et distribuer 700 kilos de ce carburant nouvelle génération chaque jour.


Il est le carburant des fusées, il sera peut-être bientôt celui de nombreuses voitures strasbourgeoises. L’hydrogène, ou H2, est un gaz à haute valeur énergétique. Un kilo de ce carburant contient autant d’énergie que 7,2 kilos d’essence et sa combustion ne dégage pas de carbone, mais de la vapeur d’eau. Sa production en revanche, se fait souvent par transformation de gaz naturel – ce qui libère du CO2 – ou par électrolyse – ce qui utilise de l’électricité pour briser les molécules d’eau et libérer les atomes d’hydrogène.


Une première mondiale

À Strasbourg toutefois, trois entreprises ont mis en commun leurs savoir-faire pour créer un nouveau mode de production d’hydrogène. Start-up basée dans la Marne, Haffner Energy a développé un procédé qui permet de créer de l’hydrogène à partir de biomasse. Cette dernière est d’abord chauffée à plus de 400 degrés pour produire un gaz de synthèse d’un côté, et un solide carboné appelé biochar de l’autre. C’est la thermolyse. Ce gaz est ensuite chauffé à plus de 1200 degrés pour produire un hypergaz, riche en hydrogène. Cette étape est appelée vapocraquage, et permet de détruire les goudrons, les huiles, et de briser les grosses molécules produites pendant la thermolyse. Le gaz est ensuite purifié pour obtenir l’hydrogène.

Développé par Haffner Energy, ce système de production d’hydrogène transforme de la biomasse en gaz.
Document remis © R-GDS

Il sera distribué sur le site de R-GDS (Réseau Gaz naturel de Strasbourg), dont la filiale énergies renouvelables, ENR-GDS, est également partie prenante du projet. Cette station-service pourra voir le jour grâce à une technologie développée cette fois par l’entreprise haguenovienne Eifhytec : un compresseur thermique silencieux, qui utilisera une partie de la chaleur dégagée pendant la thermolyse pour liquéfier l’hydrogène. Il s’agit là encore d’une innovation, les compresseurs à hydrogène étant d’ordinaire mécaniques – et bruyants.

Ce procédé de fabrication se veut neutre en carbone. La biomasse qui sera utilisée pour alimenter le projet R-Hynoca sera constituée de déchets de bois liés à l’activité des scieries ou à l’exploitation forestière dans un périmètre de 50 à 100 kilomètres autour de Strasbourg. Le biochar produit lors de thermolyse sera également réutilisé pour enrichir des terres agricoles.

Perspective du projet R-Hynoca dans son ensemble.
Document remis © Stéphane Castets


Un plein pour 30 bus ou 150 voitures chaque jour

Le projet est en cours d’installation, les phases de test devraient débuter à la fin de l’année. Si tout se passe bien, R-Hynoca devrait produire environ 700 kilos d’hydrogène vert chaque jour en 2023. De quoi alimenter 30 bus, ou 150 voitures individuelles. Il pourrait permettre de développer des transports à zéro émission carbone, à l’heure où l’Eurométropole de Strasbourg cherche à diminuer les émissions de particules fines en projetant la fin de la circulation des véhicules diesel sur son territoire.

Mais R-Hynoca est avant tout un projet test qui pourrait permettre un développement à échelle industrielle de cette nouvelle technologie. Avec, pour enjeux, une production d’hydrogène plus propre. Sans CO2 rejeté dans l’atmosphère.

Cet outil de production a été livré à la Meinau le 17 février.
Document remis © R-GDS

3 COMMENTAIRES

  1. Quelle quantité de bois faut-il acheminer vers la station pour produire quotidiennement ces 700 kg d’H2 ? Quelle est la nature des résidus de cette production, en quelle quantité et qu’en fait-on ?

    Des questions importantes ne sont pas abordées dans ce papier qui en l’état, ressemble plutôt à un publireportage pour le projet RGDS R-Hynoca Haffner Energy.

    PS : 3 litres d’essence ne pèsent pas 7,2 kilos !

  2. En avant propos je tiens à préciser que je ne suis ni « anti quoique ce soit »  ni «  pro quoique ce soit » mais seulement un vieil ingénieur à la retraite qui a la seule prétention de bien connaître les principes fondamentaux de la thermodynamique… sur terre en tout cas.
    Quels que soient les articles que je lis en ce moment ils oublient hélas de préciser que l’hydrogène (comme l’électricité d’ailleurs) ne sont pas des sources d’énergies disponibles que terre. Il faut les fabriquer à 100%. Ce sont des vecteurs de transport ou de stockage de l’énergie. C’est tout! Un autre principe c’est qu’il faudra toujours plus d’énergie pour les fabriquer que ce qui sera disponible à la sortie du processus.
    Alors personnellement ce qui m’intéresse avant tout c’est qu’elle est la source primaire utilisée pour cette fabrication? Le bois? le charbon? le pétrole ou le gaz? le nucléaire? le solaire? l’hydraulique?
    Et vous imaginez bien les différences de rejets de CO2 en fonction de la méthode utilisée.
    Je pense que beaucoup de choses vont encore évoluer dans un futur proche au niveau des batteries ou de la production d’hydrogène mais pour les grandes lois de la thermodynamique… il va falloir attendre encore un peu !

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