Le week-end dernier, il a fait beau, il a fait chaud, les quais ont été pris d’assaut. Les Strasbourgeoises et Strasbourgeois ont profité du temps presque estival pour se retrouver et profiter, l’espace d’un instant, d’un sentiment de liberté (presque) retrouvé. Néanmoins, on a pu le voir, ces moments de convivialité, visibles dans toute la France, ont provoqué des réactions négatives dans les médias et sur les réseaux sociaux. Plutôt que de se demander s’il ne fallait pas interdire l’accès au quai, les retrouvailles ensoleillées du week-end dernier nous a fait nous pencher sur la problématique des terrasses. Parce qu’il faut bien commencer à penser à l’après Covid et à la réouverture pour une profession qui a sacrément morflé cette année.


Une profession qui a besoin de visibilité

Avant même d’évoquer le sujet des terrasses, qui est l’un de ceux qui reviennent inlassablement sur la scène du débat public, ce dont ont le plus besoins les professionnels de la restauration, c’est de visibilité, comme me le confie Jacques Chomentowski, vice-président du Groupement des Hôteliers Restaurants et Débitants du Bas-Rhin (UMIH 67), secteur Strasbourg, joint par téléphone : « Le premier besoin, c’est d’avoir de la clarté et une date. Ça dépend de l’État et pour l’instant on n’en a pas. »

En second temps, il préconise une réouverture très rapide des restaurants le midi pour tout le monde, comme c’est actuellement fait avec les ouvriers du BTP dans certains restaurants : « À midi, les conditions sanitaires sont tout à fait respectées, on ne fait pas la fête, on cherche à se nourrir. Ça aurait le mérite de remettre les machines en marche et de faire travailler les gens. Le tout avec des aides progressives : si un restaurant fait par exemple 30 % de son chiffre d’affaires, l’aide serait de 70 %. Le tout, tant qu’on est sous condition d’urgence sanitaire. »

© Samuel Compion / Pokaa


Un accord sur les terrasses élargies qui était là l’année dernière

Enfin, bien évidemment, arrive le sujet des terrasses, comme l’évoque Jacques Chomentowski : « Dans le malheur y a le bonheur, c’est-à-dire les établissements qui ont de belles terrasses et/ou la possibilité de les élargir. Tant qu’on est sous urgence sanitaire, j’attends de la ville de nous donner la possibilité d’exercer sur nos terrasses de manière élargie, dans les mêmes conditions que l’année dernière. »

Concrètement, que contenait cet accord ? C’est Pierre Ozenne, adjoint à la maire en charge des espaces publics, joint par téléphone, qui s’occupe de répondre à la question : « L’année dernière ce qui s’est passé, c’est que l’UMIH avait proposé une charte où les restaurateurs et tenanciers s’assuraient à assurer la distanciation physique sur leur terrasse. Et la Ville permettait, sur du déclaratif et uniquement sur du déclaratif, de respecter la distanciation sociale. » Une initiative qu’a beaucoup apprécié Jacques Chomentowski : « L’accord a été contracté avec la précédente municipalité et a été respecté par la municipalité actuelle. Les services ont fait un travail remarquable l’année dernière. »

© Samuel Compion / Pokaa


Le problème du respect de l’espace public

Le problème, c’est qu’au bout d’un moment, certains ont commencé à profiter de la situation et du manque de contrôle, pour jouer selon leurs règles, comme le signale Pierre Ozenne : « Quand nous sommes arrivés, on a remarqué que cette charte était de moins en moins respectée. D’un seul coup on a vu des tenanciers acheter du matériel pour étendre leurs terrasses. On a donc vu des débordements, avec par exemple un camion de pompier qui a mis 45 minutes à remonter la Grand’Rue. Enfin, on n’a jamais recensé autant de plaintes des habitants concernant le bruit. »

Ce sont ces manquements au respect de l’espace public l’année dernière qui représentent le point sensible de toute cette question des terrasses, et c’est pour le moment là où ça coince avec la municipalité actuelle. Jacques Chomentowski ajoute : « Des discussions que j’ai eues avec la Ville c’est qu’ils ne voulaient plus de ça. Mais pour moi c’est une obligation. Ils m’ont dit que certains n’avaient pas joué le jeu, mais c’était à la Ville de les sanctionner. »


Quelles solutions ?

Comment donc, dans ce débat qui ne manque jamais de devenir politique, trouver un équilibre entre respect de l’espace public et permettre aux professionnels de restauration de continuer à travailler dans les meilleures conditions ? Déjà, la Ville travaille sur une réponse « structurée et adaptée », selon les mots de Pierre Ozenne. Plus concrètement, l’élu précise : « On va lancer dans les prochains jours une phase de concertation avec la profession, mais également avec d’autres acteurs concernés par l’usage de l’espace public. Dans le but de travailler sur quelles sont les possibilités et limites des extensions de terrasse sur lesquelles il est important d’apporter une réponse éclairée, par rapport à celles et ceux qui n’ont pas de terrasses mais qui ont besoin de solution pour pouvoir travailler. »

Et malgré leurs apparentes différences, il semblerait bien que l’UMIH et la Ville aient quelques idées en commun, et notamment celle d’un dispositif qui assurerait le respect sur l’élargissement des terrasses. Des idées qui seront probablement évoquées lors d’une réunion prévue le 15 mars prochain entre notamment la Ville et l’UMIH. Pour le moment, Pierre Ozenne détaille l’idée de la Ville : « On souhaite un dispositif qui puisse assurer le contrôle : l’idée serait d’aboutir à quelque chose qui demande des contrôles, avec une graduation des avertissements. Créer dans le cadre de cette concertation un groupe multipartite par rapport à l’usage de l’espace public qui pourrait traiter les différents cas pour ajuster le tir au fur et à mesure. » 

Une solution semblable à celle que propose Jacques Chomentowski : « La profession est responsable, on sait que la ville ne peut pas tout faire. On sait qu’il faut un juste milieu avec les voisins. J’ai proposé à la ville des modalités de sanction pour qu’on réussisse à trouver un deal où, si des gens ne jouent pas le jeu de distancier les clients, ils aient un avertissement, une amende puis une fermeture administrative. Ceux qui ont été indélicats avec les règles, c’est cela qu’ils faut sanctionner, pas toute une profession. » Avant d’ajouter : « Ce serait bien que le travail se fasse en tripartite avec la profession, la Ville et la préfecture, qui sont responsables du sanitaire. » Une position qui n’est pas encore confirmée par l’exécutif, comme le précise Pierre Ozenne : « Il est envisagé que la préfecture soit dans le dispositif mais je ne préjuge pas de la position de la préfecture. »

© Pokaa


Et s’il n’y avait pas de terrasses élargies cet été ?

S’il ne fait pas de doutes qu’il y aura un compromis de trouvé entre les différents acteurs sur la question des terrasses, il faut néanmoins envisager la probabilité que des solutions ne soient pas trouvées. Ce n’est pas ce que souhaite Jacques Chomentowski : « Je veux qu’on trouve des solutions, pour que tout se passe dans le bon ordre. » Avant d’ajouter : « Si on ne trouve pas de solutions ça sera le désordre, et on ne veut pas de désordre, c’est dans l’intérêt de personne. Une profession, si quand on ouvre on ne nous aide pas économiquement, on n’est pas à l’abri que des gens sortent des terrasses comme ils veulent. »

© Coraline Lafon / Pokaa

Du côté de la Ville, la porte n’est pas fermée, comme le précise Pierre Ozenne : « On a conscience que la profession devra être en situation de rassurer la clientèle pour pouvoir travailler. On a aussi conscience qu’il y a un besoin d’être en extérieur, surtout avec la belle saison. On ne ferme donc pas le porte mais on ne veut pas retrouver les situations conflictuelles de l’année dernière, clairement. » L’élu ajoute enfin que le détail de toutes les mesures prises sera précisé par la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian dans quelques jours. Une affaire qu’il faudra suivre de très très près.

Y aura-t-il des terrasses élargies cette année à la réouverture des restaurants puis des bars ? Il semble difficile de concevoir que ce ne soit pas le cas, d’une manière ou d’une autre. Mais le week-end dernier a déjà pu servir d’exemple par rapport à quoi ressemblerait Strasbourg sans terrasses. Malgré les promesses d’intensification des contrôles ce week-end, annoncées par la préfecture, on ne peut pas foncièrement empêcher les gens de se réunir quand il fait beau et chaud. Les terrasses pourraient alors représenter un endroit où structurer et encadrer les rassemblements, dans un meilleur respect des gestes barrières. Et probablement de l’espace public. Il ne reste donc qu’à trouver les bonnes solutions. Pour que, à défaut d’avoir des terrasses élargies, Strasbourg ne devienne une terrasse élargie.

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