Le printemps arrive, et pas vraiment sur la pointe des pieds au regard de la météo radieuse de ces dernières semaines. L’occasion de partir en balade du côté d’Orbey, dans un coin des Vosges populaire, mais sans pareil.


Il faut compter une heure et demie environ pour parcourir en voiture les cent kilomètres qui séparent Strasbourg du Col du Wettstein. Mais c’est un pèlerinage que je ne manquerais pour rien au monde. Chaque année, en me garant à 890 mètres d’altitude, c’est la même joie de gamine à qui l’on aurait promis la plage !

Une route à traverser et le sentier s’ouvre au milieu des bois. La première partie de la randonnée est relativement plate, mais grisante. À gauche, au début, une très belle vue sur la vallée. Puis, après la ferme auberge Musmiss, le relief se dessine à droite. Le bruit des voitures et motos dans la vallée laisse place aux chants du vent et des oiseaux.

Au bout d’une heure de marche plutôt calme – ce qui est appréciable pour se mettre en jambes sans trop souffrir – le circuit débouche sur les bords du lac vert, à 1063 mètres d’altitude. Le plus beau des lacs du coin, selon un classement totalement subjectif établi par moi-même. C’est l’endroit idéal pour une première halte. Histoire de casser la graine – noisettes, amandes, ou noix de cajou – et dévisser le couvercle de la thermos de café. Je suis toujours tentée de rester plus longtemps que nécessaire. Ses eaux émeraudes sont magnifiques, grâce aux reflets des pins environnants. Mais c’est l’heure de grimper.

Le Gazon du Faing © Paul Radisson


Les dernières neiges sur les hauteurs

Au bout du lac commence en effet la seconde partie du parcours : l’ascension vers le Gazon du Faing. Direction le GR5, la route des crêtes. En mars / avril, il n’est pas rare qu’un peu de neige tienne encore sur les hauteurs. Neige que je découvre en général en arrivant, ahanante, fatiguée, les jambes coupées par l’effort. Il faut en effet 45 minutes environ pour venir à bout des quelques lacets sous les arbres puis de la fin de cette montée à découvert. Mais la vue en vaut la peine, surtout les jours de beau temps. Du relief à perte de vue. J’ai l’impression d’être sur le toit de l’Alsace. Ce n’est pas complètement fantasmé : à ce moment-là, je crapahute à près de 1292 mètres d’altitude. Il y a toujours du vent. Toujours de promeneurs. Et c’est beau. Toujours. Pour qui n’est pas frileux, c’est l’endroit idéal pour déjeuner.

Le gazon du Faing © Destination Vosges

C’est le moment de trainer un peu des pieds pour profiter le plus longtemps possible du point le plus haut de cette randonnée. Car quatre kilomètres plus tard, il faut déjà redescendre vers le lac des truites, ou lac Forlet. Le sentier est pierreux, mieux vaut donc prendre son temps plutôt que de prendre le risque de se retrouver le nez par terre à cause d’un caillou farceur. Ce qui ne m’empêche pas, à chaque fois, de plaindre ceux qui montent au Gazon par cette route là, particulièrement raide.

Trois quarts d’heure plus tard, à pas de tortue, j’arrive au bord du lac. Tout en longueur, avec le bruit de l’eau qui ruisselle d’un peu partout vers l’étang. C’est le moment de reprendre une lampée de café. Et de quitter l’itinéraire de ma randonnée tel qu’indiqué sur visorando pour faire un crochet par le Lac noir. Inutile de regarder la carte, à partir de ce moment, cette direction est indiquée sur les panneaux à chaque intersection. Il reste encore une bonne heure de marche. Mais c’est le moment d’en profiter.

Le lac Forlet © wikimédia


Un crochet par le Lac Noir

D’abord, il faut à nouveau grimper. Même si le Lac noir n’est qu’à 935 mètres d’altitude, contre 1074 pour celui des truites. Grimper pour mieux descendre, descendre pour remonter, le b-a-ba d’une journée dans les Vosges. Mais après 20 minutes d’ascension le sentier s’aplanit à nouveau. Après quelques kilomètres dans le calme du massif, le bruit de l’eau sortant de la station hydroélectrique du Lac Noir se fait entendre au loin.

La descente en direction du lac est assez rapide, même si, encore une fois, un peu pierreuse. Les marches sont inégales et il est facile de ne pas faire attention à l’endroit où l’on met les pieds après une journée de marche. Prudence donc.

Le lac noir © Emma Schneider / Pokaa

Après 20 minutes de descente, je peux enfin admirer le lac. Le soleil de la fin de la journée tape sur la surface sombre des eaux. Ce sont les pins alentours qui lui donnent cette couleur.

Arrive enfin la toute fin du parcours, presque plate. Avec une jolie vue sur quelques hameaux en hauteur. Il faut maintenant compter une demi-heure environ – plus ou moins selon la fatigue – pour revenir à la voiture. Sur le chemin, un petit banc installé en bord de route est l’endroit idéal pour qui n’est pas pressé de filer sur l’A35 en direction de Strasbourg – particulièrement le dimanche soir, à la veille d’une nouvelle semaine de métro-boulot-dodo. C’est ma petite pause poésie – grâce à un recueil glissé dans le sac au cas où. Ce petit quart d’heure volé sur les toits des Vosges fait l’effet d’une gourmandise grâce à quelques carillons accrochés à une branche, tintant dans le vent.

Le dernier kilomètre trace à travers bois. Retour au col, dernières sensations du vent dans le cheveux, sur le visage. Polaire sur les épaules pour se réchauffer. Dernier regard vers la vallée, et à l’année prochaine.

3 COMMENTAIRES

  1. Très bel article! La photo ‘Le gazon du Faing © Destination Vosges » fait penser au décor du Rohan du Seigneur des Anneaux 🙂
    Un peu loin de Strasbourg a vélo, mais il y a peut être un chemin agréable pour y aller?

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